Les Nominés et Lauréats de l'édition 2011

Les lauréats des 3èmes Trophées Ifremer ont reçu, ce mardi 20 décembre, à Paris, leur Trophée des mains de l'ensemble du jury et de Jean-Yves Perrot. La soirée était animée par Laurence Ostolaza, journaliste à France 2.

Lors de cette troisième édition des Trophées Ifremer, 34 dossiers ont été proposés. Le jury de sélection s'était réuni le 19 octobre pour sélectionner les lauréats et les nominés des Trophées Ifremer 2011.

Les résultats ont été promulgués et les lauréats récompensés lors de la cérémonie de remise des Trophées, qui s'est tenue ce mardi 20 décembre, au 8 Valois (Paris). La cérémonie était animée par Laurence Ostolaza, journaliste à France 2.

  • Trophée de l’Innovation scientifique, technique ou technologique

Les nominés sont : "De nouveaux enrobages pour la perliculture", "Les échantilloneurs passifs" et "Un nouveau procédé d’extraction de la chitine de carapaces de crustacés".

Le lauréat est : "De nouveaux enrobages pour la perliculture", menée par le Laboratoire de Biotechnologies marines (Centre Bretagne), l'Unité de Recherche « Unité Biologie des Organismes Marins Exploités » (Montpellier) et le Laboratoire « Écosystème Perlicole » (Centre du Pacifique). 

En perliculture, la greffe consiste en une opération chirurgicale au cours de laquelle le greffon, un morceau du manteau de l’huître donneuse, est inséré dans la poche perlière de l’huître receveuse en combinaison avec une bille de nacre, le nucléus. Une fois insérée dans l’huître receveuse, le greffon se multiplie et forme le sac perlier qui englobe le nucléus. Le sac perlier dépose ensuite durant environ 15 mois des couches de nacre autour du nucléus, résultant en la production d’une perle.

Des mortalités et des rejets de nucléus se produisent en général pendant les 45 jours suivant l’acte de greffe, et touchent, en Polynésie française, 20 à 40% des huîtres greffées. Ces taux importants de mortalité et de rejets post-greffes sont principalement dus au développement d’une réaction inflammatoire, à l’absence de cicatrisation rapide des tissus incisés et à la contamination par des bactéries pathogènes. Dans ce but, les fabricants de nucléus déposent à la surface du noyau de nacre un enrobage de nature synthétique, qui contient des antibiotiques aujourd’hui interdits en aquaculture du fait de leur impact sur l’environnement.

Dans ce contexte, afin de substituer les enrobages classiquement utilisés, les équipes scientifiques de l’Ifremer (Brest, Montpellier et Tahiti) ont proposé une approche innovante issue des biotechnologies marines utilisant les propriétés filmogènes, chélatrices et parfois anti-inflammatoire de biopolymères issus de ressources renouvelables (exopolysaccharides-EPS- et polyhydroxyalcanoates-PHAs synthétisés par des bactéries marines en conditions contrôlées de stress), combinées à l’activité anti-infectieuse de peptides antimicrobiens.

La seconde phase du projet a permis de démontrer sa faisabilité industrielle - notamment au niveau de l’enrobage - via une collaboration avec une société polynésienne installée sur l’île de Tahiti. Enfin, avec l’aide du service de la Perliculture de la Polynésie, l’opération de greffe a été réalisée sur plus de 6000 nuclei. Après 40 jours de greffe, les premières analyses et observations montrent des résultats très encourageants avec des taux de rejet et de mortalité équivalents ou inférieurs à ceux observés avec des revêtements synthétiques.

> En savoir plus : http://wwz.ifremer.fr/cop 

  • Trophée de la Médiation scientifique

Les nominés sont : "Les Journées Portes Ouvertes au Centre Méditerranée", "La communication autour du projet européen ESONET-NoE" et "La mise en avant du SIH Pêche en Martinique".

Le lauréat est : La communication autour du projet européen ESONET-NoE, portée par l'équipe projet Ifremer OFMP (Observatoires Fond de Mer Pluridisciplinaire), en partenariat avec Océanopolis. 

Dans le cadre du projet européen ESONET-NoE, plusieurs initiatives de communication grand public ont été entreprises, notamment la réalisation de deux films courts de vulgarisation, en partenariat avec Océanopolis. Le premier film « L'océan sous surveillance » présente l’objectif des observatoires fond de mer pour répondre aux besoins scientifiques de plusieurs disciplines marines (océanographie, changement global, sismologie, bio-géochimie, écologie, géosciences…) et sociétaux. Le second film « Deep sea observatories, internet in the ocean » montre la préparation scientifique et technique de ces observatoires ainsi que leur déploiement sur site et leur fonctionnement. Pour ce deuxième film, la contribution Ifremer est majoritaire, via ses équipes scientifiques, techniques et de communication ainsi que de par les images du robot téléopéré Victor 6000. Les images de ces vidéos sont issues de plusieurs campagnes océanographiques de l’Ifremer et lors d’essais en bassin ou de préparation en atelier. Ces films ont pour vocation d’atteindre plusieurs types de public : les scientifiques, le grand public, les décideurs, les étudiants.

Les deux films sont en ligne sur le site Internet d’ESONET et ont été diffusés en Assemblée Générale ESONET devant une centaine de personnes en décembre 2010. Ils ont été distribués dans plusieurs congrès (DVD) ainsi qu’aux 54 partenaires (14 pays) d’ESONET pour rediffusion et redistribution nationale et internationale.

> Pour visionner « L’océan sous surveillance » : http://www.esonet-noe.org/Gallery/Movies/ESONET-presente-l-Ocean-sous-surveillance 

> Pour visionner « Deep sea observatories, internet in the ocean » : http://www.esonet-noe.org/Gallery/Movies/Deep-sea-observatories-internet-in-the-ocean 

> En savoir plus sur ESONET : http://wwz.ifremer.fr/webtv/Thema/Fonds-oceaniques/ESONET 

  • Trophée de la Réalisation scientifique

Les nominés sont : "MARS 3D", "Le Groupement de recherche européen (GDR) AquaDEB", "La campagne à la mer « Svalbard 2011 »" et "Le projet européen ESONET-NoE".

Le lauréat est le Groupement de recherche européen (GDR) AquaDEB, présenté par l'Unité de Recherche « Physiologie Fonctionnelle des Organismes Marins » (Centre Bretagne) en partenariat avec les 14 partenaires français, néerlandais, portugais et norvégiens . 

Le Groupement de Recherche européen AquaDEB (2007-2010) avait pour objectif d’étudier la sensibilité d’espèces aquatiques clés du point de vue aquacole, halieutique ou écologique (huître, moule, sole, anchois) à la variabilité environnementale d’origine naturelle ou anthropique, et de comparer les réponses physiologiques de ces espèces à différentes échelles biologiques (individu, population, écosystème) et temporelles (cycle de vie, dynamique de population, évolution). AquaDEB a utilisé un outil théorique commun, le modèle des budgets d'énergie dynamique (DEB), pour analyser la stratégie de répartition de l’énergie entre différentes fonctions vitales (croissance, reproduction, maintenance).

Pour différents scénarios de perturbations environnementales (exploitation, pollution, changement climatique), la théorie et le modèle DEB ont permis de prévoir les répercussions sur la croissance, la reproduction et la survie des individus, et de préciser les stratégies de survie et d’expansion des populations selon les espèces.

Avec 14 partenaires académiques et universitaires français, néerlandais, portugais et norvégiens (les universités de Brest, Caen, Lille 1, Nantes, et Méditerranée, l'IRD, l'INRA et la société Bio-Littoral en France, le NIOZ, Wageningen IMARES et l'université Libre VU d'Amsterdam aux Pays-Bas, l'IST au Portugal, l'IMR et l'université de Bergen en Norvège), AquaDEB a fonctionné comme un réseau de recherche et de formation impliquant au total 20 doctorants et post-doctorants. Le bilan global d’AquaDEB fait état de 53 publications publiées dans des revues scientifiques de rang A, de 15 thèses soutenues (dont 5 en co-tutelle), et de l’organisation d’un symposium en 2009 (85 participants, 13 pays représentés).

Les résultats majeurs d’AquaDEB portent notamment sur :

  • l’estimation des paramètres DEB pour différentes espèces par le biais de deux approches complémentaires faisant toutes deux appels à des données de la littérature, l’une reposant sur des expériences ciblées (écophysiologie, suivis de croissance), l’autre basée sur une approche statistique ;
  • la variabilité des données biologiques pour expliquer la survie des individus, leurs réponses à des variations de la nourriture (quantité, qualité) ou de la température ;
  • les atouts du modèle DEB vis-à-vis d’autres approches ;
  • le devenir et les effets de contaminants (organiques, métalliques, pesticides) sur plusieurs espèces (sole, merlu, poisson zèbre, limnée) selon les stades de développement, l’histoire évolutive, la réponse multi-générationnelle au stress, l’état nutritionnel des individus ;
  • la transposition des effets observés à l’échelle des individus au niveau des populations et des écosystèmes, avec des applications en aquaculture et en halieutique notamment.

> En savoir plus : http://www.ifremer.fr/aquadeb/fr/ 

  • Trophée de la Réalisation scientifique "Avenir"

Le jury a également décidé de récompenser une réalisation scientifique prometteuse, à fort potentiel pour l’avenir. Réalisée en 2011, les principaux résultats sont attendus dans les prochaines années et auront une véritable portée scientifique sur une zone géographique ou sur un thème fondamental, permettant de répondre aux grands défis de demain.

Le lauréat La campagne à la mer « Svalbard 2011 », portée par le Laboratoire "Géophysique et Géodynamique" (Centre Bretagne), le service « Développements de Systèmes Mécaniques Instrumentaux » (Centre Bretagne) et le service « Systèmes Électroniques Électriques Embarqué » de l'unité Systèmes Sous-Marins (Centre Méditerranée). 

Cette campagne scientifique associant le NOC (National Oceanography Centre - Southampton) et l’Ifremer, a été menée sur le brise-glace James Clark Ross en lien avec le projet européen AOEM (Arctic Ocean Esonet Mission). Elle avait pour objectif une meilleure compréhension de l’évolution des hydrates de méthane en zone Arctique ainsi que les interactions avec l’océan et l’atmosphère. En effet, d’immenses quantités de méthane sont piégées dans les sédiments des fonds marins. Stables sous certaines conditions de température et de pression, les hydrates de méthane sont aussi une source de gaz à effet de serre s’ils venaient à se déstabiliser, sous l’effet par exemple d’un possible réchauffement climatique.

Des études géophysiques et acoustiques de deux systèmes « Hydrate », menées par des équipes de l‘Ifremer, ont été réalisées en associant des techniques novatrices d’imagerie sismique très haute résolution et des techniques de détection acoustique de panaches de gaz. Les résultats de cette campagne seront utilisés dans le but (1) de tester l’hypothèse d’émission de gaz associée à une dissociation des hydrates de méthane engendrée par le réchauffement climatique et (2) de fournir des éléments sur le phénomène de dégazage naturel que l’on observe dans la zone.

La participation de l’Ifremer lors de cette campagne avait pour premier volet la réalisation de profils sismiques très haute résolution grâce à l’outil de sismique remorqué SYSIF (SYStème Sismique Fond de mer) développé par l’Institut. Cet outil, unique en Europe, est un engin remorqué à une centaine de mètres du plancher océanique permettant de sonder les premières centaines de mètres de sédiments marins et d’identifier les hydrates de gaz et le gaz libre. Le second volet impliquant l’Ifremer portait sur la détection acoustique effectuée par le module autonome BOB (Bubbles OBservatory module). Cet outil permet l’identification et le suivi temporel de sorties de fluides se manifestant sous forme de bulles. Le bilan définitif de cette campagne sera dressé dans quelques mois après le traitement, l’interprétation et la synthèse de l’ensemble des données collectées.

  • Trophée de Thèse

Les nominés sont :  Marylise Duperthuy (Effecteurs moléculaires de l'association Crassostrea gigas / Vibrio splendidus : rôle de la porine OmpU dans les mécanismes de résistance et d'échappement à la réponse immunitaire de l'hôte), Cécile Konn (Origin of organic compounds in fluids from ultramafic-hosted hydrothermal vents of the Mid-Atlantic Ridge), Christophe Loots (Contrôles de la distribution spatiale de l’habitat de reproduction chez les populations de poissons - Approche multi-modèles appliquée à la plie et au merlan de Mer du Nord et à l’anchois du Golfe de Gascogne) et Benjamin Morga (Etude des interactions hôte-parasite chez l’huître plate, Ostrea edulis, et son parasite Bonamia ostreae) .

Le lauréat est Benjamin Morga pour sa thèse : "Etude des interactions hôte-parasite chez l’huître plate, Ostrea edulis, et son parasite Bonamia ostreae), menée sous la direction de Tristan Renault et d’Isabelle Arzul, au laboratoire de Génétique et Pathologie de La Tremblade

L’histoire de l’ostréiculture française met en évidence la fragilité de cette filière de production face aux maladies infectieuses. Ainsi, la production d’huître plate, Ostrea edulis, a fortement diminué suite à l’apparition de deux maladies parasitaires dont la bonamiose. Les moyens de lutte contre la bonamiose sont relativement restreints. Ils sont essentiellement basés sur la surveillance de la santé des huîtres afin de limiter la dissémination et la propagation de la maladie. Cependant l’utilisation de modèles prédictifs de l’évolution de la maladie en zone infectée permettrait d’optimiser la gestion des stocks et minimiser l’impact du parasite. De plus, le développement d’animaux résistants à l’infection pourrait aider à relancer cette production.

Dans le contexte actuel du phénomène de surmortalités des jeunes huîtres creuses en France, la diversifiation des espèces de coquillages exploitées apparaît comme une voie nécessitant d'être explorée, tout particulièrement au travers du développement de la production de l'huître plate. L’objectif principal du travail de thèse proposé est de comprendre les interactions entre l’huître plate Ostrea edulis et le parasite Bonamia ostreae, et, plus particulièrement les bases moléculaires de la résistance au parasite. Ce travail est le premier à étudier la réponse des hémocytes d’huîtres plates à une infection par le parasite Bonamia ostreae au niveau cellulaire et moléculaire.

  • Trophée "Prix spécial du jury"

Le lauréat du Prix spécial du Jury 2011 est Christophe Loots, pour sa thèse « Contrôles de la distribution spatiale de l’habitat de reproduction chez les populations de poissons - Approche multi-modèles appliquée à la plie et au merlan de Mer du Nord et à l’anchois du Golfe de Gascogne ».  

Christophe Loots a mené sa thèse au Centre Ifremer Manche-Mer du Nord, sous la co-direction de Philippe Kouby (Université Pierre et Marie Curie), Sandrine Vaz (Ifremer) et Benjamin Planque (Institute of Marine Research, Norvège).

Une approche multi-modèles a été développée afin d’identifier les facteurs contrôlant la distribution spatiale des adultes reproducteurs pour la plie et le merlan de Mer du Nord et pour l’anchois du Golfe de Gascogne. Cette approche révèle (1) l’influence de l’environnement sur l’occupation des zones de reproduction et (2) le degré d’abondance avec lequel ces zones sont occupées est déterminé par des facteurs internes à la population. La persistance dans le temps de la structuration spatiale de la reproduction est facilitée par un attachement des individus à leur site de reproduction. Celui-ci est plus fort pour des bentho-démersaux comme la plie et le merlan que pour un pélagique comme l’anchois.

Christophe Loots est aujourd'hui chercheur en Écologie des Habitats Marins, spécialisé en ichtyologie et ichtyoplancton, au Centre Ifremer Manche – Mer du Nord.