Modalités et limites de la surveillance

Les modalités de la surveillance et les actions possibles sont conditionnées en grande partie par les caractéristiques du milieu et des animaux.

Un milieu ouvert

Le milieu marin est un milieu ouvert où la circulation des nutriments, contaminants et organismes est plus rapide et plus aisée qu’en milieu aérien. Les animaux qui vivent dans ce milieu sont donc plus facilement en contact avec des éléments pathogènes, que ce soit de manière directe si l’agent pathogène est directement véhiculé par l’eau ou de manière indirecte par le biais de vecteurs (animaux ou nourriture contaminés).

Des animaux sentinelles

Les mollusques marins sont des invertébrés avec un corps mou, protégé ou non par une coquille calcaire. Parmi ces mollusques, les bivalves filtreurs, comme les moules ou les huîtres, sont des animaux particulièrement intéressants comme sentinelles de l'environnement: ils filtrent une grande quantité d'eau pour se nourrir et vivent dans des environnements très changeants (zone de balancement des marées). Ils sont ainsi en contact avec et accumulent de nombreux microbes et molécules (pour en savoir plus: ici et ).

D'autre part, les bivalves ont un système immunitaire particulier au regard de ce que l'on retrouve chez les Vertébrés. Ils ne produisent pas d’anticorps: ils utilisent seulement des mécanismes de phagocytose et de production d’enzymes de dégradation et de réactifs oxygénés, générés par les hémocytes, cellules que l’on retrouve dans leur hémolymphe et divers tissus.

Il résulte de ces particularités que les bivalves sont particulièrement résistants mais qu’il n’est, a priori, pas possible de les vacciner pour les protéger contre un agent pathogène puisqu’ils ne développent pas de « mémoire » d’un antigène rencontré.

Une surveillance multiple

La surveillance, même si elle s’intéresse à tous les mollusques marins, se concentre essentiellement sur les animaux élevés ou ramassés par des pêcheurs professionnels dans des gisements naturels, les autres animaux étant moins souvent observés de manière suivie. Le réseau REPAMO regarde les agents infectieux mais il existe de nombreux autres agents pouvant se révéler pathogènes (contaminants chimiques, facteurs environnementaux, déterminismes génétiques...). L'apparition d'une maladie dans une population tient souvent la réunion de plusieurs de ces agents. D'autres réseaux de l'Ifremer s'intéressent à ces autres aspects (REPHY, ROCCH, REMI, ECOSCOPA, MYTILOBS...).

Des élevages en milieu naturel

L’élevage de bivalves (sauf dans le cas des écloseries, établissements qui font naître des animaux) se fait directement dans le milieu sauvage, pleine mer ou estran, c’est-à-dire en milieu ouvert et les animaux sont donc soumis à des facteurs environnementaux (température, salinité, présence de contaminants, d’agents pathogènes…) qu’il est difficile ou impossible de contrôler. Ils doivent de plus résister au stress lié aux fortes concentrations propres aux élevages et aux nombreux transferts et manipulations auxquels ils sont soumis. Il est difficile de traiter un élevage malade lorsque celui-ci est en milieu ouvert, du fait des quantités nécessaires et surtout de la dispersion des produits dans le milieu et de la pollution engendrée.

Des limites à l’efficacité de la surveillance

Les limites sont liées à plusieurs éléments :

-          milieu maritime (ouvert, très dispersif, nombreux agents pathogènes, beaucoup de circulation humaine)

-          animaux (pas de possibilité de vaccination ou de traitement, seuls les animaux d'intérêt économiques sont réellement suivis)

-          conditions d’élevage (grandes concentrations, beaucoup de manipulations et de transferts)

Les actions possibles

Tout ceci fait qu’il est difficile de mettre en œuvre une politique zoosanitaire aussi efficace qu’en milieu terrestre avec une vaccination ou un traitement des animaux et un confinement. Toutefois, des leviers d'action restent disponibles pour améliorer la santé des populations de mollusques marins:

- la détection et l’identification précoce des infections (rôle du REPAMO)

- une restriction des transferts d’animaux pour limiter la dissémination de la maladie qui se fait beaucoup par ce biais (rôle de l’autorité compétente)

- la sélection de populations plus résistantes (rôle des chercheurs, des écloseries et des éleveurs)

- des conditions d’élevage moins génératrices de stress comme avoir des densités moindres, moins de manipulations (rôle des éleveurs).