L'influence des rivières au niveau des estuaires - le projet SEARSÉ

Le programme Searsé "Signature des eaux des rivières et des estuaires dans le sud-ouest de la Nouvelle-Calédonie" a démarré en 2018, dans le cadre du programme "Au fil de l'eau" du Cresica. C'est une étude sur la qualité des eaux le long d'un parcours continu de la terre à la mer, c'est-à-dire depuis le bassin de collecte des eaux de rivières (bassin versant) jusqu'au récif.  L'objectif est de savoir si les activités humaines qui ont lieu sur terre (agriculture, incendies, pollutions..) ont un impact en mer, jusqu'où et dans quelles circonstances. Après trois années d’acquisition et d’analyses chimiques des eaux dans les embouchures de quatre rivières du Grand Nouméa, les scientifiques ont identifié des marqueurs pertinents, spécifiques à chaque bassin versant. Ils ont par ailleurs constaté que, lors d’épisodes pluvieux intenses, les rivières déversaient leur contenu très loin et exerçaient une influence jusqu’au récif pendant plusieurs jours.

Les questions initiales de recherche

À leur arrivée dans le lagon, les rivières déversent d’importantes masses d’eau et de matières qui sont, généralement, bénéfiques à de nombreux organismes marins. Toutefois, les activités humaines comme la mine, l’agriculture, l’urbanisation et les incendies exercent une pression de plus en plus forte sur les bassins versants, les rivières et le littoral. Plusieurs questions se posent donc :

  • Quelle est la qualité de l’eau aux embouchures et quel est l’impact des pressions humaines terrestres ?
  • Que deviennent les eaux de rivières dans le lagon ?
  • Quels sont les risques pour les écosystèmes du lagon en cas d’apports terrestres excessifs ?

Le projet Searsé est une des composantes du projet PRESENCE.

Quatre rivières à la loupe

Pour obtenir ces résultats, les scientifiques du programme Searsé ont prélevé près de 230 échantillons d’eau à l’embouchure de quatre rivières : la Dumbéa, la Tontouta, la rivière des Pirogues et la Coulée, pendant un an et tous les 15 jours. Lors du cyclone Hola (début mars 2018), ils ont collecté des échantillons tous les jours pendant une semaine puis ont analysé au laboratoire 40 paramètres physico-chimiques, chimiques et biologiques : température, salinité, pH, oxygène dissous, nutriments, matières minérales et organiques, métaux…. Afin de suivre la trace du trajet des eaux de rivières dans le lagon, les scientifiques ont utilisé des bouées dérivantes (pendant et hors période de pluie), collecté régulièrement des échantillons d’eau et analysé l’ADN environnemental, un outil pour l'analyse de la biodiversité.

Des résultats inédits sur la qualité des eaux de rivière

Après trois années d’étude, les principaux résultats du programme Searsé sont les suivants :

  • À l’embouchure, l’eau des rivières a globalement toujours la même composition chimique. Toutefois, il y a des changements notables lors d’événements climatiques particuliers. L’eau de rivière subit, en effet, des changements intenses et furtifs lors des cyclones ou des dépressions tropicales. Elle a aussi une composition chimique différente en saison fraîche et en saison chaude.
  • Chaque rivière a une identité chimique unique liée à la nature géologique et biologique du bassin versant qu’elle traverse. En effet, chaque bassin versant possède un sol, un sous-sol et une biodiversité qui lui sont propres. Lorsqu’il pleut, les reliefs sont érodés et la rivière s’enrichit d’une multitude de matières minérales et organiques.
  • La nature et l’intensité des activités humaines présentes sur les bassins versants ont une influence sur la qualité des eaux. La Coulée est une rivière dégradée à cause des grands incendies de la montagne des Sources (2005, 2019), de la forte urbanisation et l’importante activité agricole du bassin du Mont-Dore.
  • L’arrivée de l’eau de la rivière dans le lagon exerce une influence sur les courants marins de la baie. Lors des crues, cette influence s’étend jusqu’au récif et peut durer 24 à 48 h. Les populations de bactéries et de phytoplanctons du lagon évoluent avec les apports qui viennent du bassin versant.

Le transfert vers la société

Les gestionnaires de l’environnement s’informent régulièrement sur la qualité des eaux dont ils ont la charge. En cas de dysfonctionnement longue durée liés à de probables pollutions ou dégradation, certains souhaitent mettre en place des plans de gestion qui visent à restaurer les écosystèmes les plus dégradés ou maintenir un bon état écologique et chimique des rivières et de leurs bassins versants. Le programme de recherche Searsé apporte un appui aux politiques publiques à plusieurs niveaux :

  • en améliorant les connaissances sur les embouchures de rivières, qui sont des écosystèmes aquatiques relativement méconnus en Nouvelle-Calédonie,
  • en définissant des indicateurs pertinents,
  • en mettant au point des protocoles d’analyses et des outils d’observation adaptés au contexte local, afin que les gestionnaires puissent prendre des décisions éclairées.

Projet de recherche SEARSÉ — Signature des eaux des rivières et des estuaires dans le sud-ouest de la Nouvelle-Calédonie