2. Les captures brutes enregistrées

Les captures brutes enregistrées à l’occasion des trois campagnes de chalutage réalisées en 2019 sont données par les tableaux téléchargeables ci-dessous. Les échantillonnages ayant débuté dès 2016 en Loire et 2017 en Seine, les données acquises à l’occasion de ces campagnes préparatoires sont également fournies.

Le classement des espèces dans ces trois tableaux est réalisé en fonction de leur occurrence moyenne de capture, c’est-à-dire la fréquence avec laquelle l’espèce est capturée, ou, en pourcentage, le nombre de traits au cours desquels l’espèce est capturée par rapport au nombre total de traits réalisés dans chacun des estuaires. Plus cette occurrence est élevée, et plus l’espèce colonise l’ensemble de l’estuaire, plus elle en est une des espèces principales.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Si l’on ne retient que les 10 espèces les plus fréquentes dans chacun des estuaires, on obtient le classement suivant :

                                                                                                                                          

Quatre espèces apparaissent systématiquement parmi les 10 espèces les plus fréquentes au sein des trois estuaires. Il s’agit du bar européen (Dicentrarchus labrax), de la sole commune (Solea solea), de la crevette grise (Crangon crangon) et du petit calmar alloteuthis.

 Notons que le  gobie buhotte (Pomatoschistus minutus) peut cependant entrer dans ce classement des espèces que l’on qualifie parfois de « constantes » car il figure à la onzième place en termes d’occurrence en estuaire de Seine (36,5% d’occurrence moyenne sur les années 2017-2019 ; 8ème place en Loire et 4ème en Gironde) où sa capture a atteint 2379 individus en 2019 (Cf. tableau captures totales NourDem Seine).

Bar européen adulte à gauche, et capture de juvéniles de bar à droite à l’occasion de la campagne Bargip nourricerie dans l’estuaire de l’Aulne en rade de Brest en 2016 ; A l’issue du trait de chalut, tous les poissons capturés sont conservés vivants dans des bacs remplis d’eau, puis mesurés et pesés avant d’être remis à l’eau

Le bar est donc l’espèce présentant les occurrences les plus élevées en Seine et en Loire, mais n’arrive qu’en 7ème position en Gironde. En 2019, ses captures ont atteint 8364 individus en Seine, 8173 en Loire et 1264 en Gironde, ce qui en fait également l’une des espèces les plus abondantes au sein des trois estuaires.

Les captures de soles sont également fréquentes et importantes : 7013 individus capturés en Seine en 2019, 5154 en Loire et 586 en Gironde.

Crevette grise

La crevette grise (Crangon crangon) est fréquente dans les estuaires où elle fait l’objet d’une exploitation professionnelle au moyen de chaluts spécifiques. Il est à noter que notre chalut d’échantillonnage scientifique est bien moins performant pour la capture de ces crevettes que ne le sont les chaluts professionnels spécialement développés à cet effet, et que nos données de capture ou d’abondance sont par conséquent à relativiser : avec les données que nous produisons pour cette espèce, seules sont à prendre en  compte les variations d’une année sur l’autre, mais pas les valeurs absolues produites qui sont très vraisemblablement largement sous-estimées.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Alloteuthis adultesLe petit calmar alloteuthis, également fréquent et abondant dans les trois estuaires, est une espèce plutôt pélagique (vit entre deux eaux, sans contact avec le fond) et est considérée comme une espèce fourrage, consommée par de nombreux poissons prédateurs (bars, maigres, maquereaux…)

 

Le sprat (Sprattus sprattus) et le flet (Platichthys flesus) n’entrent dans le classement des 10 espèces le plus fréquentes que dans les deux estuaires les plus au nord (Seine et Loire), même si quelques captures sont enregistrées en Gironde (15 flets et 947 sprats en 2019 ; Cf. tableau Captures totales NourDem Gironde).

Flet au centre, avec un mulet porc à gauche et une écrevisse à droite, capturés ensemble lors du trait le plus amont réalisé au cours de la campagne NourDem Loire 2017

Au contraire, l’anchois (Engraulis encrasicolus) n’apparait comme espèce fréquente que dans les deux estuaires les plus sud (Loire et Gironde ; capture de 10 anchois uniquement en Seine en 2019 ; Cf. tableau Captures totales Nourdem Seine).

L’éperlan (Osmerus eperlanus) qui est fréquent en Seine (occurrence 59% en 2019, pour une capture de 9382 individus) l’est également en Loire où il arrive en 11ème position avec 35% d’occurrence moyenne sur la période 2016-2019. Ses captures semblent par contre indiquer une baisse de ses effectifs en Loire depuis le début du suivi NourDem en 2016, avec un minimum atteint en 2019 (584 individus). Nous n’avons capturé aucun spécimen de cette espèce lors de la campagne en Gironde, et Lobry J. et Castelnaud G. (2015) indiquent qu’elle n’a plus été échantillonnée dans l’estuaire après 2005, qu’elle est sensible aux variations de température (aux élévations plus précisément), et estiment qu’elle a totalement disparu de la Gironde aujourd’hui. Pour les deux auteurs, l’estuaire de la Loire représenterait de nos jours la limite sud de l’aire de répartition de cette espèce. Il est donc important de pouvoir suivre l’évolution de l’abondance de cette espèce sentinelle dans le cadre des évaluations de l’impact du réchauffement climatique.

Cette augmentation de la température de l’eau dans l’estuaire de la Gironde est bien mise en évidence par les suivis conduits pour le compte d’EDF et de sa centrale nucléaire du Blayais par l’Ifremer et l’IRSTEA  (projet IGA). Les suivis piscicoles menés dans le cadre de ce projet montrent également une « marinisation » de l’estuaire et des espèces piscicoles qu’il abrite, marinisation qui proviendrait de la baisse des débits des fleuves principaux (Garonne et Dordogne), et qui se traduit donc par l’augmentation de l’abondance d’espèces marines par rapport aux espèces amphihalines (pouvant vivre en eau douce et en eau de mer) et dulçaquicoles (espèces d’eau douce).

C’est par exemple le cas du maigre qui apparait comme étant l’espèce la plus fréquente de notre échantillonnage en Gironde (occurrence de 71%), et l’une des plus abondantes (2634 individus capturés). Au cours des campagnes NourDem menées auparavant en Loire, seuls 4 individus de cette espèce  été capturés, 2 adultes de plus de 15 kg et 2 juvéniles de 30 à 35 cm. En Gironde, ce sont essentiellement des juvéniles qui ont été capturés lors de la campagne 2019, confirmant bien le rôle de nourricerie de cet estuaire pour cette espèce. A noter qu’aucune capture de maigre n’a été enregistrée lors de nos suivis en Seine depuis 2017.