IBTS

Historique des campagnes IBTS

Les campagnes à la mer réalisées dans le cadre du programme "International Bottom Trawl Survey" ont pour objectif premier le calcul annuel des indices d’abondance des principales espèces de poissons commerciaux exploitées en mer du Nord. Le caractère répétitif de ces campagnes s’impose par le fait que ces indices, et notamment les indices de recrutement, sont essentiels à l’élaboration de l’avis scientifique sur les principaux stocks concernés. Ils représentent en effet la seule information qui soit indépendante des modalités fluctuantes de la pêche. Les analyses conduites sont donc déterminantes pour la définition des mesures annuelles de gestion durable des ressources halieutiques décidées dans le cadre de la Politique Commune des Pêches, notamment pour la fixation des contingentements de capture (TAC et quotas) et des mesures techniques.

Les premières campagnes à la mer mises en place par les Pays-Bas en 1960 et 1961 avaient pour objectif d'étudier la distribution et l'abondance des juvéniles de hareng en mer du Nord, afin d'établir les relations entre les zones de nourriceries et la population adulte. De nombreux pays se sont rapidement associés à ce programme et le groupe de travail IYHS (International Young Herring Survey) a été créé pour analyser les résultats obtenus.

Il s'est très vite avéré que ces campagnes pouvaient fournir des indices d'abondance, non seulement pour le hareng, mais également pour les gadidés. Ainsi, l'échantillonnage, d'abord limité au sud et au centre de la mer du Nord, s'est étendu à partir de 1974 à l'ensemble du bassin ainsi qu'au Skagerrak et au Kattegat. Un second groupe "Gadidés - groupe d'âge I" a alors été formé en 1976 et ces campagnes ont été renommées IYFS (International Young Fish Survey) puisque le hareng n'était plus la seule espèce concernée. En 1984, les deux groupes (hareng et gadidés) ont fusionné afin d'assurer une meilleure coordination des campagnes et d'établir un premier manuel destiné à standardiser les méthodes de travail.

Parallèlement, de nombreux pays ont progressivement mis en place d'autres programmes d'estimation directe d'abondance à différentes périodes de l'année, non seulement en mer du Nord, mais aussi dans l'ouest-Ecosse, en mer Celtique, en mer d'Irlande, en Manche et dans le Golfe de Gascogne. Le groupe de travail IYFS, renommé IBTS (International Bottom Trawl Survey) a donc proposé au début des années 90 de standardiser les méthodes de prélèvement, de coordonner l'ensemble de ces campagnes afin d'éviter les redondances et d'optimiser les travaux en intégrant la totalité des résultats obtenus dans une même base de données. Ainsi depuis 1996, toutes les campagnes d'évaluation réalisées dans ces zones sont coordonnées directement par le CIEM (Conseil International pour l'Exploration de la Mer).

Campagne IBTS sur le N/O Thalassa

En mer du Nord, la France participe au programme IBTS depuis 1976 et organise chaque année une campagne au premier trimestre. Les principaux travaux de la campagne (chalutage de fond et échantillonnage au filet à larves) font partie intégrante du programme international ; cependant, d’autres opérations  sont menées en parallèle afin d'intégrer la gestion des pêches dans une approche écosystémique, telles que : 

- Echantillonnage des œufs de poissons (pompage en continu à l’aide du « Continuous Underway Fish Egg Sampling ». Cet échantillonnage permet d’étudier la répartition des œufs de  poissons, afin d’approfondir les connaissances sur les habitats de ponte des espèces importantes en mer du Nord et en Manche.

- Etude du peuplement benthique. A cause des effets intensifs de l’activité de la pêche, les écosystèmes benthiques subissent une altération importante. Cette faune forme cependant un compartiment écologique qui représente de nombreuses similarités avec celui des poissons démersaux auquel il est lié. Pour estimer les peuplements benthiques en mer du Nord pendant les campagnes IBTS, un échantillonnage est donc réalisé à chaque trait depuis 2008.

- Etude des larves en mer du Nord. La distribution spatiale des jeunes stades pélagiques des poissons (l’ichtyoplancton) est souvent mal connue bien que ces stades de développement constituent une phase critique du cycle de vie des populations, sensible aux conditions hydrologiques et trophiques. De cette phase dépend fortement le succès du recrutement sur lequel repose l’exploitation d’un grand nombre d’espèce. L’analyse des échantillons collectés à l’aide du filet à larves durant les campagnes IBTS permet de comprendre les processus affectant la survie et le transport de l’icthyoplancton jusqu’aux zones de nourriceries.

- Etude des compartiments hydrologiques, phytoplanctoniques et zooplanctoniques. Depuis 2008, en plus de la température et de la salinité, d’autres paramètres hydrologiques (sels nutritifs, oxygène, pH, …) et biologiques (chlorophylle a, phyto- et zooplancton) sont  également collectés afin de mieux caractériser les conditions environnementales hivernales de la zone prospectée.

- Enregistrements des données acoustiques pour l'amélioration du calcul des indices d'abondance. Ils sont utilisés dans le cadre d’études spécifiques pour caractériser les bancs d’espèces pélagiques telles que  le hareng ou le sprat. Depuis 2007, l'utilisation du sondeur multi faisceau en Manche permet d'étudier les concentrations de hareng présentes dans cette zone à l'époque de la campagne.

- Observation des oiseaux et des mammifères marins. Durant la première partie de campagne qui se déroule en Manche, cette étude a démarré en 2008 en association avec Pelagis (Centre National des Mammifères marins de La Rochelle). Le protocole a été adapté à la campagne et les observations se font de jour, durant les transits entre chaque chalutage.