Réponse de la macrofaune benthique subtidale à l’élévation de la température de l’eau dans une zone de transition biogéographique : la Manche occidentale

A l’échelle de l’Atlantique Nord‐Est, la Manche se situe à un carrefour biogéographique entre les provinces boréale et lusitanienne. Ainsi, de nombreuses espèces y sont en limite d’aire de distribution. Une étude a été entreprise pour évaluer les effets du changement climatique récent sur la distribution de la macrofaune benthique subtidale, peu étudiée à ce jour, en se basant sur la comparaison de données collectées à l’échelle de la Manche (plus de 200 stations) lors une période froide (i.e. années 1960‐70) et lors d’une période chaude (i.e. 2012 et 2014) dans les sédiments grossiers circalittoraux. L’étude de la structure des assemblages inféodés à cet habitat a mis en évidence deux grandes communautés benthiques : la communauté des sédiments grossiers sablo‐graveleux et celle des cailloutis et graviers. L’analyse de l’évolution des températures de fond au cours des 30 dernières années a montré l’hétérogénéité spatiale du réchauffement, variant de 0,07 à 0,54°C par décennie d’ouest en est. Ce réchauffement ne se s’est pas traduit par d’importants déplacements de l’aire de distribution des espèces : alors que les isothermes de fond relatifs aux températures minimales et maximales se sont déplacés de 2,5 et 3,2 km vers l’est, le centre de distribution de la plupart des espèces n’a migré que de moins de 1 km vers l’est. En revanche on observe une forte diminution des occurrences des espèces d’eaux froides et une forte augmentation de celles des espèces d’eaux chaudes. Ces résultats suggèrent que les changements climatiques en cours pourraient entraîner une diminution de la biodiversité benthique aux limites de l'aire de répartition.