REMORA-RESCO-ECOSCOPA : retour sur 24 années d’observations conchylicoles

En tant que discipline, l’écologie historique marine (MHE) se consacre à l’étude des relations entre l’évolution sur le long-terme des fonctionnalités biologiques des systèmes et des communautés en relation avec celle de descripteurs externes de paramètres de l’environnement tels que les conditions météorologiques ou les activités humaines. Ces travaux visent à améliorer notre connaissance de la variabilité « naturelle » qui prévaut au sein des systèmes étudiés, mais également à identifier d’éventuels points de rupture induits par les modifications récentes de notre environnement.

Ces études reposent toutefois sur l’analyse de séries d’observation déjà constituées au regard d’objectifs spécifiques (telles que les séries d’observation halieutique), en général sans rapport avec la MHE. Dans le cas des réseaux d’observations ostréicoles (REMORA, RESCO & ECOSCOPA), opérés par Ifremer depuis le début des années 1990, l’intention initiale visait ainsi à caractériser les performances d’élevage de l’huître creuse C. gigas par secteur, dans une optique de gestion des productions. Bien au-delà de cet objectif, les séries constituées depuis lors permettent aujourd’hui d’envisager l’étude de l’évolution sur le long-terme des écosystèmes conchylicoles et des populations de bivalves qu’ils hébergent.

Le travail présenté ici a donc consisté à produire des indicateurs standardisés à partir des données brutes issues des réseaux d’observation opérés dans 13 secteurs ostréicoles pendant la période 1993-2017. L’évolution de la croissance et des proportions de mortalité a ainsi été modélisée en fonction du temps sur une base annuelle afin de circonvenir aux problèmes liés à des décalages dans les plages ou les fréquences d’observations. Les métadonnées associées ont également été renseignées, afin de diffuser l’ensemble à la communauté scientifique.

Les premières analyses révèlent en effet une forte variabilité inter-annuelle et inter-sites de la survie et de la croissance. La survie semble d’abord affectée par des variations inter-annuelles qui traduisent la succession d’épisodes de mortalité coïncidant avec l’épizootie qui affecte les stocks de naissain depuis 2008 (Figure). Contrairement à la survie, la croissance des huîtres semble nettement plus dépendante des conditions locales. Ces premiers résultats encouragent fortement à poursuivre les investigations : les prochains travaux seront ainsi dédiés à l’analyse conjointe de ces données et de séries descriptives des paramètres de l’environnement.