Mnemiopsis leidyi en Manche et Mer du Nord : distribution, conséquences et perspectives

Le cténophore américain Mnemiopsis leidyi  a été récemment classé parmi les 100 espèces marines les plus invasives au monde par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Certainement transporté depuis les côtes atlantiques de l’Amérique du nord dans les eaux de ballasts de navires de commerce, M. leidyi est apparu en Europe du Nord en 2005 (Norvège et Mer Baltique), puis s’est répandu le long des côtes danoises, allemandes, hollandaises et belges en suivant la circulation hydrodynamique ou par transport maritime à nouveau. Le long des eaux côtières françaises du nord, les informations sur M. leidyi étaient limitées aux observations de plongeurs récréatifs. Elles ont néanmoins permis de signaler les premières observations de M. leidyi dans le port du Havre en 2005, et d’identifier une nouvelle voie d’entrée possible de M. leidyi dans la Mer du Nord via la Manche. Les travaux menés dans le cadre des campagnes écosystémiques de pêche en Manche et Mer du Nord par l’Ifremer ont permis de suivre l’évolution interannuelle de la distribution de cette espèce depuis 2009 en hiver au sud de la Mer du Nord et depuis 2014 en automne en Baie de Seine (figure 1). Ces observations nous ont permis de construire un modèle pour estimer l’habitat potentiel de M. leidyi et d’identifier la zone la plus probable d’apparition de cette espèce sur les côtes anglaises (Norfolk-Suffolk), qui sera confirmée en 2014 grâce à la mise en place d’un réseau de surveillance basé sur la détection de l’ADN de M. leidyi dans l’environnement (eDNA). Ces dernières années, l’augmentation des abondances et de la fréquence d’observation alerte sur la nécessité de déterminer quels seront les impacts socio-écologiques de la prolifération de M. leidyi en Manche et Mer du Nord qui est l’une des zones de pêche les plus productives du monde.