Décomposition du processus de tropicalisation des communautés

La communauté ichtyologique de la Mer du Nord est sujette à une réorganisation progressive de sa structure depuis plusieurs décennies. Cette réorganisation, appelée ‘tropicalisation’, est définie par une hausse de la dominance des espèces à préférence thermique élevée et par voie de conséquence par une hausse de la préférence thermique moyenne des communautés. A échelle planétaire, ce phénomène est maintenant bien connu mais de nombreuses incertitudes subsistent quant aux processus sous-jacents à la tropicalisation. En effet, une hausse de la dominance des espèces à préférence thermique élevée peut aussi être le résultat d’une baisse de l’abondance chez les espèces à préférence thermique faible. Ainsi, en Mer du Nord, les données issues de la campagne IBTS (International Bottom Trawl Survey) ont été utilisées afin d’affiner notre connaissance de ce phénomène de tropicalisation. La tropicalisation des communautés de poissons de la Mer du Nord a été clairement mise en évidence puisque parmi les 152 communautés étudiées, 150 d’entre elles étaient caractérisées par une tropicalisation. Parmi ces 150 communautés, certaines étaient principalement caractérisées par une baisse des abondances chez les espèces à préférence thermique faible (‘déboréalisation’, en bleu sur la Figure 1) et d’autres étaient principalement caractérisées par une hausse des abondances chez les espèces à préférence thermique plus élevée (en rouge sur la Figure 1). Comme indiqué sur la figure 1, les zones marquées de rouge au nord ont elles aussi été caractérisées par cette ‘arrivée’ d’espèces à préférence thermique élevée, ce qui semble cohérent du fait que le nord de la Mer du Nord est une zone de déversement d’eaux plus chaudes provenant de l’océan Atlantique (Fig. 1). A l’inverse, la zone bleue, semble s’être appauvrie en espèces préférant les eaux froides, ce qui constitue là aussi un symptôme typique du réchauffement climatique.