Etude Baie de Quiberon

Projet Risco 2010-2013
Etude des risques conchylicoles : application aux mortalités d’huîtres en baie de Quiberon

Contexte

La baie de Quiberon (France, Bretagne Sud) est un secteur ostréicole important (potentiel de production de 15 000 tonnes par an) caractérisé par une double activité (captage d’huîtres plates Ostrea edulis, et grossissement d’huîtres creuses, Crassostrea gigas) et par un mode de production original : élevage au sol, en zone subtidale (fig. 1). Des mortalités anormales d’huîtres creuses affectent les huîtres adultes depuis 2006, principalement dans le secteur profond et envasé, ainsi que le naissain depuis 2008 (crise nationale). Un projet de recherche appliquée piloté par le Comité Régional de la Conchyliculture (CRC de Bretagne Sud) a bénéficié d’une labellisation par le Pôle Mer de compétitivité (dispositif national) et d’un financement du Conseil Régional de Bretagne. Ce programme a été mené en partenariat entre secteur professionnel (CRC-Bretagne Sud, CER-France-56) et organismes de recherche (Ifremer, Université de Bretagne Sud, Université de Nantes). Un tel partenariat a permis de développer une approche pluridisciplinaire associant les connaissances empiriques des professionnels de la conchyliculture et différentes expertises en socio-économie, biologie et environnement, dans l’objectif de mieux comprendre et gérer ces risques conchylicoles.

Objectifs

Les objectifs du projet étaient d’identifier les facteurs responsables de ces mortalités, d’analyser les mécanismes en jeu (rôle des facteurs naturels et anthropiques, processus, conditions favorisantes…), d’évaluer les conséquences socio-économiques (incluant les outils de couverture du risque) et de proposer des pratiques individuelles et des mesures collectives visant à mieux gérer et contrôler ces risques.

Mise en œuvre

La mise en œuvre du volet biologique dont était chargé l’Ifremer reposait sur :

(1) l’acquisition des paramètres environnementaux caractéristiques de la baie de Quiberon : campagne de bathymétrie et d’imagerie du fond par sonar et vidéo pour la cartographie morpho-sédimentaire, enregistrement des paramètres physico-chimiques des masses d’eaux, compilation et analyse d’images satellitales de température, turbidité, chlorophylle…

(2) l’évaluation, réalisée en 2010, des croissances et mortalités, sur les deux classes d’âge, grâce à un dispositif expérimental en 15 stations suivies mensuellement. En parallèle, l’évaluation de l’écotoxicité des masses d’eaux (test de malformation embryo-larvaire sur larves d’huîtres) est en cours.

(3) la mise en œuvre de modèles numériques de courants pour comprendre le fonctionnement hydrodynamique de l’écosystème et corroborer les répartitions spatiales et temporelles des mortalités observées (2011),

(4) la simulation de la production primaire et des croissances induites, par des modèles biologiques (2012)…

Résultats

Les causes principales des mortalités de l’année 2010 ont pu être identifiées : l’herpès-virus OsHV-1 pour le naissain, les étoiles de mer, bigorneaux perceurs et dorades (prédateurs principaux de l’huître) pour les adultes (fig.2). Cependant, la prolifération de ces prédateurs n’est probablement pas la cause des mortalités massives survenues en 2006 mais plutôt la conséquence du désengagement des concessionnaires après cet épisode. En effet, l’année 2006 se distingue par des conditions météorologiques exceptionnelles (été et automne anormalement chauds et peu ventés). Les modèles hydrodynamiques (validés par des mesure physico-chimiques) montrent que ces conditions ont pu générer des stratifications thermiques importantes à l’origine d’hypoxies, notamment dans la partie profonde et envasée de la baie (fig.3). Une toxicité de l’eau de mer d’origine terrigène a par ailleurs été mise en évidence par les tests de mortalité embryo-larvaire au cours des années 2011 et 2012. L’identification et la spatialisation des causes de mortalité a permis de proposer des pratiques culturales préventives dont la faisabilité et la rentabilité ont été évaluées. Par ailleurs, un SIG des paramètres d’environnement et des risques associés a été mis à disposition des éleveurs et des gestionnaires.

Perspectives

Ce projet Risco a permis d’améliorer considérablement la connaissance des conditions et performances d’élevage en baie de Quiberon. En particulier, la mise en évidence de facteurs limitants pour la croissance et la survie, aux divers stades d’élevage, en lien direct avec l’hydrographie et ses conséquences sur la qualité de l’eau ou du sédiment représente une avancée originale. Ainsi, les mesures de gestion concernant non seulement les risques de mortalité (prédateurs, agents infectieux, dystrophie…) mais plus largement les stratégies d’élevage et la régulation de l’activité (techniques, densités, stocks en élevage) ont pu être fondées sur les processus au sein de l’écosystème. Les outils et modèles développés ont vocation à être utilisés dans d’autres problématiques telles que l’évaluation des impacts terrigènes, les phycotoxines, la diversification aquacole, l’épidémiologie (projet en cours).