EVER - Etude de la Variabilité dans l'Ecologie du Recrutement de l'huître plate en baie de Quiberon

L'huître plate, Ostrea edulis, espèce indigène des côtes européennes, est cultivée depuis la fin du XIXème siècle. Les deux épizooties successives qui ont touché cette espèce dans les années 60-70 (Marteiliose) puis les années 80 (Bonamiose), ont fait chuter la production française de 15-20 000 tonnes. Marteilia refringens, fortement présent sur l'estran, a cantonné les activités de captage et d'élevage à l'eau profonde. Ainsi, la baie de Quiberon, par sa configuration géographique et les conditions climatiques qui y règnent, s'est imposée comme le principal site français de captage naturel pour l'huître plate. Aujourd'hui, ce secteur fournit la quasi-totalité de la production française.

L'analyse des données temporelles sur la reproduction de l’huître plate en baie de Quiberon depuis 1976 (e.g. Guyon, 2011) dans la baie de Quiberon montre une grande variabilité dans le captage, avec de très mauvais résultats observés de 2007 à 2012 (Figure 1). Ce phénomène a eu pour conséquence une diminution de la production française d’huîtres plates à moins de 1000 tonnes, fragilisant ainsi les entreprises qui en dépendent et limitant les volontés de diversification vers cette espèce.

En parallèle, la baie de Quiberon, touchée à la fois par des épisodes de mortalités d’huîtres creuses depuis 2006 et l’épizootie à herpès virus en 2008, a vu sa production d’huîtres creuses chuter ces dernières années de 15 000 à 5 000 tonnes. L’activité d’élevage y est fortement réduite puisqu’en 2010, on ne recensait plus qu’une dizaine d’exploitants contre 83 en 2006. La Baie de Quiberon se montre donc doublement fragilisée.

C'est dans ce contexte de crise aiguë qu’une réflexion sur la sécurisation de la production de naissains d’huîtres plates est actuellement engagée par les ostréiculteurs et le Comité Régional de la Conchyliculture de Bretagne sud. Ainsi depuis trois ans, les ostréiculteurs se sont organisés pour densifier le stock des bancs naturels en semant des géniteurs issus de Granville (70 tonnes de 2011 à 2013). En parallèle, le CRC Bretagne Sud a sollicité l’Ifremer pour conduire une étude visant à expliquer la baisse du recrutement chez cette espèce afin d’envisager des solutions zootechniques pour y remédier.

Pour tenter de comprendre et d’expliquer cette variabilité du recrutement, plusieurs actions ont été mises en oeuvre dans EVER :

  • l’analyse des séries temporelles (maturation des géniteurs, abondance larvaire et captage) acquises en baie de Quiberon depuis 1976 par réseau de suivi de la reproduction de l’huître plate ;
  • l’étude de l’évolution des stocks de géniteurs en baie de Quiberon entre 2000 et 2013 ;
  • une étude in‐situ visant à étudier la variabilité spatiale et temporelle du captage en baie de Quiberon (6 campagnes durant l’été 2014) ;
  • le développement d’un modèle hydrodynamique de dispersion larvaire pour étudier l’influence des régimes de vent et de la température sur le recrutement.

CONCLUSION et PERSPECTIVES

Les résultats de cette étude ont permis d’apporter des premiers éléments explicatifs concernant la variabilité et notamment la baisse du recrutement de l’huître plate en baie de Quiberon.
Il apparaît qu’une part significative de la variabilité du recrutement de l’huître plate en baie de Quiberon puisse être attribuée à la baisse des stocks d’huîtres adultes présents en baie de Quiberon ainsi qu'à la variabilité des régimes climatiques qui régissent notamment le régime de vent et la température de l’eau. Ainsi, des mesures de gestion devraient rapidement être mises en place pour redynamiser les bancs et le recrutement.
A présent, comme dans tout projet, certaines réflexions méritent d’être approfondies et de nouvelles questions ont été soulevées si bien que les perspectives de recherche sont nombreuses. Elles viseraient notamment à mieux comprendre la relation entre les stocks, les larves et le recrutement ; à améliorer le modèle de dispersion larvaire et à approfondir les connaissances sur le comportement de ponte et d’émission des larves.

Lire la synthèse du projet EVER :