Aplysies

Depuis trois ans, nous recevons régulièrement des mails d'internautes décrivant des animaux étranges évoluant dans l'eau, reposant dans des mares ou échoués sur la grève.
Leurs descriptions ainsi que des observations nous ont permis de les identifier. Il s'agit d'aplysies encore appelées "lièvres de mer".

Un peu de biologie

Ce sont des mollusques de la classe des gastéropodes, opisthobranches, famille des Aplysiidae, dont le poids peut atteindre plusieurs centaines de grammes chez certaines espèces.

L'aplysie possède un pied large sur lequel elle rampe en s'orientant à l'aide de ses différents éléments sensoriels. Ceux-ci sont constitués d'une paire d'yeux situés à la base de tentacules olfactifs appelés rhinophores, faisant penser à des "oreilles" de lièvre - d'où son nom - et sont complétés par une paire de tentacules buccaux à rôle tactile et gustatif.

Le plus visible lorsqu'une aplysie nage sont les expansions latérales dépendant du pied, les parapodes, qui permettent les déplacements en pleine eau. Au sol, ces parapodes se replient au-dessus du manteau qui, pour de nombreuses espèces, cache une coquille réduite.

L'aplysie respire à l'aide d'une branchie, unique, cachée elle aussi sous le manteau. Elle est herbivore et broute différentes espèces d'algues fixées sur le substrat ainsi que des cyanobactéries.

Attaquée, elle rejette un liquide coloré, pourpre et blanc chez la plupart des espèces possédant 2 glandes productives différenciées. Ce liquide a un effet répulsif pour certains animaux aquatiques, d'où le nom de "pisse-vinaigre", également donné.

cas particulier : chez une espèce, il y aurait un élément imitant ce qu'aime manger la langouste prédatrice et, pendant que celle-ci est trompée, l'aplysie se sauve (phago-imitation). En savoir plus.

L'aplysie est hermaphrodite et se reproduit à la côte, selon un comportement particulier d'accouplement en chaîne de plusieurs individus. Par la suite, elle dépose des tortillons d'oeufs agglutinés par de la gelée, à l'allure d'amas de spaghettis.

La couleur des pontes et la période de reproduction est variable selon les espèces et selon l'évolution du développement des oeufs. Ceux-ci donneront des larves veligères qui, après quelques mois de vie planctonique, se métamorphoseront en jeunes adultes.

Les échouages d'aplysies, sont, semble-t-il, assez fréquents et, a priori, pourraient être favorisés à certaines périodes par les conditions météorologiques pour des animaux physiologiquement fragilisés ou arrivés en fin de vie. Le phénomène nous a été signalé à plusieurs reprises au cours des automnes et hivers derniers sur les côtes de Belle-Île et de Groix et dans le secteur de Damgan et de l'embouchure de Pénerf.

La détermination devient alors difficile. Les animaux changent rapidement de couleur en passant par une phase blanchâtre, puis se décomposent. En savoir plus

Quelques espèces

Parmi les espèces d'Aplysies répertoriées en France, 3 sont assez fréquemment signalées du fait de leur taille conséquente. Leur détermination n'est pas évidente, la couleur étant éminemment variable (fiches de présentation). Photo d'archives

  • Aplysia punctata qui peut atteindre 15 à 20 cm selon les auteurs.
    Sa teinte donne plus l'impression d'un veinage où blanc et foncé sont imbriqués (le foncé pouvant être vert, brun, rouge ou noir). Les parapodes sont jointifs assez haut en arrière. Elle se reproduit en mai, période à laquelle on peut la rencontrer dans la partie supérieure de l'infra-littoral où sont les algues qu'elle consomme.
  • Aplysia depilans qui peut atteindre 15-20 cm voire jusqu'à 20-30 cm.
    Plutôt brune ou brun-vert à tâches blanches plus ou moins grandes - les parapodes sont également jointifs assez haut en arrière.
  • Aplysia fasciata qui peut atteindre 30 à 40 cm.
    Elle présente de larges parapodes non soudés en arrière et présentant une bordure rouge-pourpre dans la lumière... Elle peut nager en pleine eau et parfois en surface. Elle se reproduirait en octobre.

En 2005 Aplysia fasciata a souvent été rencontrée nageant en pleine eau.

En 2006, l'espèce dominante était Aplysia punctata.

En 2007, il s'agissait le plus souvent d'Aplysia depilans.

Aire de répartition

Les 2 premières espèces existent depuis longtemps en Bretagne et sont citées dans l'inventaire 1951 de la faune et de la flore de Roscoff. L'espèce fasciata semble d'apparition plus récente sur la côte Nord bretonne (Inventaire 2000).

Plus au Nord l'espèce punctata est citée comme très commune à Guernesey en 1999 et sur les côtes de l'Angleterre alors que l'espèce depilans est signalée comme nouvelle à Guernesey en 1999 par Horton.
Quant à l'espèce fasciata, elle est citée comme très rare visiteuse dans les îles britanniques, mais est souvent rencontrée dans le bassin d'Arcachon.

L'évolution de la répartition et de la fréquence d'apparition de ces espèces est intéressante à suivre et peut s'appuyer sur le suivi de notre réseau Rebent ainsi que sur la vigilance des gardes animateurs des réserves naturelles de Bretagne.

Un animal d'intérêt scientifique

Certaines substances bioactives extraites des aplysies font l'objet d'études pharmacologiques. En savoir plus.

L'aplysie est utilisée comme animal de laboratoire dans les études sur la transmission neuronale en raison de son nombre limité de neurones (10 000 contre 15 milliards chez l'humain) et le maintien de leurs propriétés in vitro - cf. prix international 1998 de l'Académie des Sciences de Turin (Castelluci) et prix Nobel de médecine en décembre 2000 (Carlsson, Greengard et Kandel). En savoir plus

Autres élément de Bibliographie

En ligne

Une source quasi inépuisable d'information, puisque alimentée régulièrement, est le site internet du Sea Slug Forum. Ce site australien est toutefois plus orienté vers les espèces exotiques.
Sea slug forum
mais on trouve parmi ses fiches d'information les 3 espèces décrites ici :
Aplysia punctata
Aplysia depilans
Aplysia fasciata

Livres :

Thompson T.E., Brown G.H., 1984, Biologie of opisthobranchs molluscs : vol. II, éd. Ray Society, U.K., 229 p.

Thompson T.E., 1988, Molluscs : Benthic opisthobranchs, éd. Linnean Society of London, U.K., 356 p.