Etude RISCO

RISques COnchylicoles en baie de Quiberon

L’étude « Risco » a permis d’éclairer trois risques principaux auxquels est exposée la conchyliculture en baie, qui viennent de faire l’objet de trois rapports détaillés :

Première partie / Le risque de mortalité du naissain d'huître creuse Crassostrea gigas

L’étude « Risco », labellisée Pôle Mer et financée par la Région Bretagne, mobilise à la fois des socio-économistes, des biologistes et des professionnels. Elle vise à comprendre et gérer les facteurs de mortalités massives d’huîtres creuses (Crassostrea gigas) enregistrées par les concessionnaires de baie de Quiberon (France, 56), à partir de 2006 sur les huîtres adultes et 2008 sur le naissain. Le protocole engagé en 2010, avec un volet expérimental basé sur le suivi mensuel de lots d’huîtres en 15 stations et des analyses pathologiques, a permis d’éclairer notamment le risque épizootique sur le naissain. Une spatialisation très marquée de ce risque a été mise en évidence, avec une zone à l’ouest relativement épargnée et une zone au centre et à l’est très affectée. Les analyses virales mettent clairement en évidence la responsabilité du virus OsHV-1 dans ces mortalités. Les huîtres élevées au sol, moins poussantes, seraient aussi moins sensibles à la mortalité virale que les huîtres élevées en surélévation. L’existence d’une zone quasi-indemne de contamination et de mortalité à cette échelle est inédite parmi les secteurs ostréicoles français, depuis 2008. Pour interpréter cette distribution spatiale de la contamination et des mortalités, un modèle épidémiologique a été testé : il s’appuie sur une émission de virus à partir des stocks de naissain estimés en 2010 (estran et eau profonde), une dispersion par les courants, et une inactivation du virus en fonction du rayonnement solaire. Avec le taux d’abattement viral retenu, les simulations suggèrent que la contamination serait majoritairement endogène à la baie (à partir de semis de naissain en place, contaminés). Les recommandations qui en découlent sont notamment d’introduire en  baie du naissain non contaminé et de diminuer les densités de naissain.

Deuxième partie / Le risque de prédation sur l'huître creuse Crassostrea gigas

L’étude « Risco » s’attache aux causes possibles de mortalités massives d’huîtres creuses, de toutes classes d’âge, enregistrées par les concessionnaires de baie de Quiberon (France, 56), à partir de 2006. Le protocole engagé en 2010, avec son volet expérimental fondé sur le suivi mensuel de 15 lots d’huîtres et son volet d’imagerie in situ par sonar et vidéo, permet d’éclairer en particulier le risque lié aux prédateurs. Une spatialisation très marquée de ce risque est mise en évidence, avec une zone à l’ouest relativement épargnée, une zone à l’est très affectée par les étoiles de mer (A. rubens, M. glacialis) et une zone intermédiaire à forte prédation de bigorneaux perceurs (O. erinacea, P. inornata). Entre ces deux groupes, la prédation est réalisée pour les ¾ par les étoiles de mer et pour ¼ par les bigorneaux. Les pertes maximales ont lieu au printemps (recrudescence d’étoiles de mer) et en été (efficacité maximale de prédation). La prédation par dorades, devenue très préoccupante ces dernières années,  n’a pas pu être estimée. L’analyse met aussi en évidence l’importance des mesures d’entretien des parcs pour limiter l’incidence des prédateurs. Pour autant, la prédation n’est sans doute pas le facteur principal des mortalités de 2006, une piste environnementale basée sur le risque d’hypoxie étant explorée par ailleurs.

Troisième partie / Le risque d'hypoxie pour l'huître creuse Crassostrea gigas

L’étude « Risco », labellisée par le Pôle Mer et financée par la région Bretagne, a révélé un facteur insoupçonné d’altération des résultats d’élevage ostréicole en baie de Quiberon (France, 56): l’hypoxie. Elle a ainsi fourni une explication convaincante des mortalités anormales observées sur les huîtres adultes l’été 2006. Le modèle biogéochimique appliqué sur la période 2000-2006 a mis en évidence plusieurs épisodes d’hypoxie d’intensité variable selon les années, mais très géolocalisés. Parmi eux, celui de 2006 s’est avéré exceptionnel, tant par son emprise spatiale que par son intensité. L’hypoxie de 2006 résulte de la conjonction rare de plusieurs phénomènes : (a) un upwelling local généré par des vents de nord-ouest en période de morte-eau ; (b) des eaux côtières anormalement chaudes ; (c) probablement un fort bloom estival de phytoplancton. Du fait de la stratification induite, la consommation d’oxygène au niveau du fond excède alors son renouvellement. Le secteur profond et envasé, à l’est de la zone concédée, est particulièrement affecté en raison de la géomorphologie de la baie de Quiberon. L’analyse du fonctionnement hydrodynamique à l’échelle du Mor Bras montre par ailleurs qu’il n’y a pas d’importation d’eau hypoxique depuis la baie de Vilaine, ceci quel que soit le régime de vent et de marée. La diminution de la teneur en oxygène dissous apparaît responsable de ralentissements de croissance des huîtres même en année peu hypoxique (comme 2010). C’est probablement le facteur explicatif des déficits de croissance marqués chez les huîtres au sol (par rapport aux huîtres en surélévation). En situation d’hypoxie extrême (année 2006),  les huîtres des deux classes d’âge subissent des mortalités. Les huîtres d’un an paraissent plus affectées par le déficit d’oxygène, tant en croissance qu’en mortalité (étude 2010). Cette étude permet d’évaluer le risque d’hypoxie (sa probabilité d’occurrence, sa répartition géographique) et d’orienter les mesures préventives applicables en conchyliculture telles que la répartition des stocks en élevage ou l’entretien des parcs. L’incidence sur les peuplements naturels et les ressources exploitées, peut également être mieux prise en compte, à l’échelle du Mor Bras. Plus généralement, une meilleure connaissance des effets de l’hypoxie fournit des arguments en faveur du contrôle de l’eutrophisation (limitation des apports en nutriments par les bassins versants…).