Participation à la conférence GDR Phycotox - GIS Cyano 2015

Les mécanismes d’accumulation et de détoxification de la Coquille Saint Jacques, Pecten maximus, dans le Mor braz 
N. Cochennec-Laureau, M. Retho, JP Allenou, J. Chauvin, E. Fleury 
Ifremer – Laboratoire Environnement Ressources du Morbihan - Pays de Loire
Analyser le fonctionnement des écosystèmes marins côtiers et ainsi mieux comprendre le développement des efflorescences toxiques représente aujourd’hui un enjeu national. En effet, les micro-algues ne réagissent pas de manière univoque aux modifications de l’environnement (changements globaux, apports anthropiques) et leur émergence dans les écosystèmes côtiers soulève de nombreuses questions.
Les fermetures de commercialisation des coquilles Saint Jacques, Pecten maximus, pour des contaminations liées aux efflorescences toxiques de Pseudo nitzschia spp. sont de plus en plus nombreuses dans le Mor Braz (Bretagne Sud). Les pêches ont été ainsi interdites pendant plus de 2 ans (2010-2012) à cause d’une contamination exceptionnelle des coquilles en avril 2010 liée à des efflorescences de P. nitzschia australis. Les impacts économiques pour cette filière sont importants et soulignent leur vulnérabilité.
Une étude expérimentale a été menée de juin 2013 à août 2014 afin de mieux décrire les processus physiologiques d’accumulation et de détoxification des coquilles Saint jacques en milieu naturel. Un lot expérimental de juvéniles de coquilles (produit en écloserie) et un lot d’adultes sauvages ont été suivis au cours d’un épisode toxique à P. nitzschia spp. en baie de Quiberon. Les cinétiques d’accumulation et de détoxification ont été suivies en parallèle de la recherche de lésions cytologiques et tissulaires de la glande digestive, du manteau, des branchies et du muscle.
Dès juillet, les juvéniles et les adultes ont été contaminés par l’acide domoïque à des concentrations respectivement de 30 et 35 mg/kg chair. La comparaison de la cinétique de détoxification montre que les coquilles adultes mettent plus de temps (environ 60 jours de plus) pour retrouver la concentration fixée du seuil sanitaire de 20 mg/Kg chair. De nombreuses lésions tissulaires et cellulaires ont été observées majoritairement au niveau de la glande digestive des juvéniles et des adultes contaminés. Des infections par des rickettsies ont été diagnostiquées, associées à des altérations des lames branchiales. Un indice pathologique (IP), représentatif de l’étendue et de la sévérité de l’ensemble des lésions tissulaires d’un individu a été calculé. Chez les juvéniles, IP diminue dès le début de la détoxification. En revanche, chez les coquilles adultes, il reste très important, quelle que soit la période, avant, pendant l’accumulation d’AD et après la détoxification. Ces résultats montrent, pour la première fois, que l’accumulation d’AD entraîne, dans les tissus de la glande digestive, des lésions plus ou moins importantes. Ces lésions qui persistent chez les coquilles adultes au cours du temps, probablement liées à la récurrence des accumulations par l’AD, pourraient entraîner des pertes totales ou partielles des activités métaboliques de la glande digestive. Ces résultats suggèrent que l’irréversibilité des lésions observées pourrait être à l’origine de la lenteur de la détoxification des coquilles Saint Jacques adultes.

Voir le powerpoint de présentation de Pseudocoq 2015