Le ROCCH en Finistère

En matière de chimie, les panaches contaminants peuvent être larges et concerner plusieurs zones de production classées. Les évolutions des niveaux de concentration en contaminants chimiques sont assez lentes et les teneurs mesurées varient peu d'une année sur l'autre dans les conditions habituelles du milieu marin (hors contaminations accidentelles). En revanche, à contamination constante du milieu, les concentrations en polluants chimiques dans les coquillages varient de façon importante en fonction des saisons (en fait, en fonction de leur cycle physiologique et reproductif). Par exemple, cette variation peut atteindre un facteur 2 à 4 entre l'hiver et l'été pour le cadmium dans les huîtres. Les concentrations varient également, dans les mêmes conditions de milieu, d’une espèce de coquillage à une autre (cadmium deux à trois fois plus concentrés dans les huîtres que dans les moules). La surveillance des niveaux de contaminants chimiques prendra donc en compte ces deux dimensions saison et espèce – dépendantes.

Les cinétiques de contamination/décontamination des coquillages par les contaminants chimiques étant lentes (de l'ordre de plusieurs mois), il est primordial de s'assurer que le temps de séjour des coquillages sur le site de prélèvement soit suffisant pour refléter le niveau de contamination de la zone.

Les prélèvements de coquillages s’effectuent sur des points pérennes, dont les coordonnées sont précisément connues et répertoriées. Ces points sont jugés représentatifs de la contamination dans les zones de production classées. Après 40 ans de surveillance du milieu marin, l'expérience du ROCCH montre que des points situés hors de la zone conchylicole peuvent être représentatifs de la qualité chimique de cette zone et des zones voisines.

L’espèce de coquillage prélevée est définie pour chaque point de prélèvement.

Stratégie d’échantillonnage

Le choix des points et des espèces suivies a été revu nationalement en 2016. Pour de nouvelles zones conchylicoles, le suivi repose sur la réalisation préalable d’une étude sanitaire.

Les suivis sont réalisés pour les zones conchylicoles exploitées professionnellement, dans la mesure du possible dans l’espèce exploitée. Lorsque plusieurs espèces sont exploitées, le suivi ROCCH s’appuie sur celle dont les concentrations en contaminants sont du même ordre de grandeur que celles de l’espèce exploitée ou d’un ordre de grandeur supérieur. En particulier pour les zones d’exploitation de bivalves fouisseurs, le suivi peut être réalisé à partir de moules ou d’huîtres qui présentent des niveaux de concentration généralement supérieurs à ceux des bivalves fouisseurs.

Surveillance régulière

La stratégie de surveillance régulière repose sur un échantillonnage réalisé à fréquence déterminée. La fréquence de base du suivi est annuelle ; elle peut être allégée à triennale pour les sites et les espèces qui présentent des teneurs en contaminants chimiques très basses, très éloignées des seuils sanitaires et dans des secteurs où les apports contaminants sont faibles. C’est le cas en particulier des bivalves fouisseurs.

Pour les contaminants chimiques organiques, pour des questions de budget, la mesure de tous les contaminants organiques d’intérêt sanitaire n’est réalisée que sur une partie des points. Dans les zones connues pour des niveaux assez élevés de ces teneurs, la fréquence de suivi est annuelle. Ceci concerne 1 zone en rade de Brest dans l’embouchure de l’Elorn.

Parmi les autres stations échantillonnées annuellement, les analyses des composés organiques sont réalisées sur une base triennale, dont une avec deux espèces de coquillages suivies. Il s’agit des zones Rossermeur.

La période de prélèvement est le mois de février qui présente généralement les maximas annuels des concentrations en contaminants chimiques.

 Analyses

L’évaluation de la contamination est basée sur la recherche de contaminants chimiques réglementés dans la chair égouttée des coquillages.

Les analyses sont réalisées dans le cadre de l’agrément du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation pour les analyses chimiques des mollusques bivalves.

L’évaluation du niveau de contamination chimique d’une zone est basée sur les concentrations, mesurées en février, des contaminants présentés dans le Tableau 1. Sur certains points suivis à la fois pour l’évaluation de la qualité sanitaire et celle de la qualité environnementale, on pourra utiliser les résultats de mesure de certains contaminants organiques suivis pour la qualité environnementale pour compléter l’évaluation sanitaire.

La méthode d'interprétation des données diffère entre, d'un côté, les métaux, les PCB non DL et les HAP, et, de l'autre, les dioxines et PCB de type dioxine (PCB DL). Pour les premiers, les concentrations maximales estimées comme « sans conteste », donc diminuées de l’incertitude élargie de sa mesure, sont simplement comparées aux seuils réglementaires. Pour les seconds, un coefficient multiplicateur appelé facteur d'équivalent toxique (TEF), fixé par l'OMS en fonction de la toxicité de la molécule, est appliqué à la concentration de chaque substance avant d'en faire la somme (TEQ ou équivalent toxique de l'échantillon). C'est ce TEQ, lui aussi estimé comme « sans conteste », qui doit être comparé aux seuils réglementaires pour estimer la qualité chimique des zones conchylicoles (voir tableaux ci-dessous). Toutes les concentrations et TEQ sont exprimées par rapport au poids frais de chair de mollusque égouttée.

Liste des contaminants chimiques sur lesquels est basé le classement des zones conchylicoles (Règlement (CE) n° 1881/2006 modifié par le règlement (CE) n° 1259/2011). - * Au sens du règlement (CE) n° 1259/2011

Seuils réglementaires des contaminants chimiques pour le classement des zones conchylicoles (Règlement (CE) n°1881/2006,, modifié par les règlements (CE) n°835/2011 et (CE) n°1259/2011)

Seuils réglementaires des contaminants chimiques pour le classement des zones conchylicoles (Règlement (CE) n°1881/2006,, modifié par les règlements (CE) n°835/2011 et (CE) n°1259/2011)

 

Surveillance en 2018

Pour le ROCCH sanitaire, avec 11 points de prélèvements réguliers dont 2 points pour 2 espèces, et 1 point avec suivi des contaminants organiques, complété en 2018 par 5 points d’étude en rade de Brest (dont 1 avec deux échantillons correspondants à des moules d’âges différents), 19 prélèvements ont été réalisés. Ont été obtenus, 99 résultats pour les contaminants chimiques, dont 39 pour les contaminants organiques.

Bilan de la qualité chimique en 2018

Globalement, les niveaux de concentrations enregistrées récemment dans la chair de mollusque sont largement au-dessous des seuils sanitaires. A l’exception des moules de la rade de Brest pour lesquelles, des teneurs en plomb proches à largement supérieures au seuil sanitaire ont été constatées, les teneurs enregistrées sur les autres espèces de la rade restent en-deçà du seuil sanitaire.