Agriculture

Généralités

Considérée comme l'une des régions les plus défavorisées au sortir de la guerre pour des raisons inhérentes à la pression démographique importante, à la faiblesse des emplois industriels et à son enclavement, la Bretagne a su se hisser à la première place des régions agricoles et agroalimentaires en France au cours des trente glorieuses (1950 - 1980). Ce défi a pu se réaliser grâce à la création d'une agriculture et d'une agro-industrie puissantes et dynamiques, initiées par les mouvements syndicalistes et coopératifs qui ont su mobiliser le monde paysan vers une démarche collective de progrès technique et économique. Cet essor fulgurant de l'agriculture, véritable pétrole vert régional, a bénéficié indéniablement d 'un terreau favorable lié à un contexte de croissance économique, à une volonté politique affirmée et à la mise en place du marché commun agricole à l'échelle européenne. Pour répondre aux besoins de la population, les exploitants agricoles intensifient leur mode de production par une spécialisation animale affirmée et la création des élevages hors sol, une mécanisation galopante et une croissance spectaculaire des rendements. Cette évolution d'une agriculture de subsistance vers une agriculture productiviste ou agroculture , qualifiée de " modèle agricole breton " a permis le maintien sur le territoire d'une population rurale importante par la création d'emplois d'actifs agricoles et des emplois agro-industriels représentant une part importante des emplois salariaux.

Les communes du bassin versant du Bélon n'ont pas échappé au phénomène et cette mutation du monde agricole s'est accompagnée au fil des ans de profonds changements au sein des structures d'exploitation. C'est ainsi que sur le territoire étudié la densité des exploitations agricoles est passée de 1.96 en 1979 à 0.85 en 2000, éliminant ainsi 260 exploitations du paysage rural. Cette densité moyenne de 0.85, plus faible que la moyenne régionale et départementale traduit une concentration des exploitations agricoles, corroborées par les surfaces agricoles utilisées moyennes qui s'élèvent à 66 hectares (ha) sur le bassin versant contre seulement 45 ha dans le Finistère et 46 ha en Bretagne. La densité d'exploitation moyenne ne doit cependant pas masquer des disparités communales entre Moëlan sur mer et Baye d'une part à faible vocation agricole et Bannalec et le Trévoux d'autre plus fortement impliqués dans ce secteur primaire (carte 1). Dans le même temps, ces évolutions se sont accompagnées par un changement du statut des exploitations agricoles, Initialement gérées par des exploitants individuels ( 83.6 % des exploitations finistériennes en 1988). Ce mode de gestion a fait place aux formes sociétaires tels les Groupements Agricoles d'Exploitation en Commun (GAEC) et surtout les Exploitations Agricoles à Responsabilités Limitées (EARL) dont la proportion est passée de 0.35 % en 1988 à 16.1 % en 2000 sur le territoire finistérien.

 

Cette tendance à la concentration des exploitations devrait s'accélérer au cours des prochaines années en raison des contraintes environnementales fortes qui pèsent sur la profession, financièrement insurmontables pour les petites et moyennes exploitations dans un contexte économique difficile de certaines filières (lait, viande bovine, volaille).

Productions végétales

La surface agricole sur le bassin versant occupe 56.9% du territoire, pourcentage sensiblement identique au Département (55.8 %), à la région (58.4%) et légèrement supérieur à l'échelon national (51.2%). On enregistre cependant depuis des années un recul de ces surfaces agricoles, plus accentué d'une manière générale sur les communes littorales. La SAU sur les communes étudiées a ainsi régressé de 10.4% entre 1979 et 2000, abandonnant 1591 hectares de surface agricole. Cette diminution durable de la superficie agricole trouve son explication dans l'emprise de plus en plus forte de l'urbanisation à laquelle s'ajoute l'abandon des terres les moins productives des exploitations. Cette évolution des surfaces s'est traduite par des modifications marquées dans l'utilisation du sol, les prairies permanentes privilégiées traditionnellement faisant place aux prairies temporaires et surtout au maïs qui ouvrait la voie à l'intensification des productions animales de par ses qualités énergétiques, sa mécanisation et sa souplesse d'utilisation (récolte, stockage, alimentation).

Si les surfaces toujours en herbe et les prairies temporaires des communes concernées représentent 26.8% de la surface agricole utilisée (carte 2), la part de ces cultures a diminué considérablement au cours des dernières décennies (figure 1). 

 

Parallèlement à ce phénomène, la mise en marché de variétés hybrides précoces de maïs ouvrait la voie à l'augmentation significative des surfaces emblavées qui de moins de 5% en 1970 atteignaient 26.2% en 2000 (carte 3). Toutefois, ce chiffre moyen cache des disparités marquées du territoire. Ainsi, les communes nord du bassin versant ont augmentée fortement leur part de surfaces cultivées en maïs entre 1979 et 2000 alors qu'au cours de la même période les communes du sud du bassin versant ont stabilisé voire réduit leurs superficies ( figure 2), chiffres explicables vraisemblablement par la moindre pression de ce secteur primaire sur ces communes.

 

La production de légumes de plein champ ( haricots petits-pois, épinards,…) sur les communes du bassin versant est une activité traditionnelle non négligeable avec une superficie de 1501 hectares affectée en 2000 soit 11 % de la surface agricole utilisée. Ces cultures s'expliquent par le caractère historique du développement local de l'industrie agro-alimentaire, orientée vers la conserverie et la surgélation de légumes. Ces cultures, exigeantes en eau, ont incité les exploitants agricoles à multiplier les réserves d'eau pour leur irrigation afin de pallier à tout risque de déficit hydrique, préjudiciable au rendement et à la qualité finale du produit.

Productions animales

La production laitière occupe une place privilégiée au sein de l'agriculture locale et plus généralement à l'échelle finistérienne puisque le département occupe la 4ème place nationale. Base de revenus de toute exploitation familiale au sortir de la guerre, la production laitière du département a été multipliée par 4 entre 1950 et 1980, consécutive non seulement à l'augmentation des troupeaux mais surtout en raison de l'accroissement spectaculaire des rendements par animal induits par les efforts de recherche en génétique et en alimentation animale. Cette augmentation de la production a conduit les instances européennes à instaurer des quotas laitiers par exploitation en 1984 qui allaient faire évoluer considérablement ce secteur d'activité. En effet, en raison des primes incitatives au départ proposées par la communauté européenne et l'Etat français et la limitation du droit à produire, le nombre d'exploitations laitières mais aussi de vaches laitières a subi une érosion importante depuis la fin des vingt dernières années (Carte 4).

L'activité porcine représente le second pôle agricole du territoire (carte 5) à l'image du Finistère qui génère environ 34 % de la production bretonne à partir d'élevage hors-sol. Cette production contribue à favoriser l'emploi salarié sur les exploitations agricoles mais aussi dans les secteurs agro-alimentaires amont et aval de la filière. Fondée sur le modèle libéral où les organisations de producteurs jouent un rôle essentiel, la filière porcine a subi ces dernières années une concentration constante des ateliers de production. Celle-ci a été favorisée par les crises économiques cycliques nées de la confrontation de l'offre et de la demande qui éliminaient inexorablement les exploitants les moins performants sur le plan technique. Créés initialement pour pallier à l'insuffisance des terres agricoles, ces élevages industriels hors sol doivent aujourd'hui trouver les terres suffisantes pour épandre leurs volumes conséquents de déjections animales qu'ils engendrent ou envisager leur traitement pour se conformer à la réglementation environnementale en vigueur.

La production avicole intéresse également le territoire étudié (carte 6) qui voit ses effectifs croître légèrement (+ 15.9 %) entre 1979 et 2000. Cette production d'intégration est organisée par de grands groupes qui structurent et organisent l'ensemble de la filière, des conditions d'élevage à la commercialisation en passant par l'abatage des animaux. Dans ce contexte, l'éleveur n'a plus la maîtrise de sa production (origine des poussins, type d'aliment,…) et intervient simplement en qualité de prestataire de maind'œuvre par contractualisation. La chute de la consommation de viande de volailles en France liée, à l'affaire de la contamination des aliments de poulets par la dioxine et aux pertes de marchés à l'exportation (concurrence des pays tiers), ont entraîné à partir de la fin des années 90 de graves difficultés dans cette filière animale. Ceci a incité le gouvernement à prendre des mesures incitatives pour réduire les surfaces dédiées à la production de volailles. Ainsi pour la Bretagne, 400000 m2 de poulaillers qui ont été supprimés du circuit productif .

 Cadre réglementaire et incitatif de restauration de la qualité de l'eau

 

Ce modèle agricole breton, dont l'objectif visait originellement à la production de protéines pour satisfaire les besoins alimentaires de la population, a consommé des volumes importants d'intrants (engrais azotés, produits phytosanitaires) pour y parvenir et produit des quantités massives d'effluents animaux. S'il a pleinement atteint ses ambitions et contribué pendant des années au solde positif de la balance commerciale, le revers de la médaille s'est traduit par une lente mais inexorable dégradation de la qualité de l'eau et corrélativement la limitation de certains usages (eau non potabilisable, déclassement des zones conchylicoles, baignade compromise par la prolifération des algues vertes). Ce constat a entraîné le classement de la Bretagne en zone vulnérable par les instances européennes. Par ailleurs, le Finistère a vu 29 de ses 54 cantons (aucun canton du bassin versant du Bélon) classés en zone d'excédents structurels (ZES) dans le cadre de la directive nitrates de 1991. Face à cet enjeu majeur de la qualité de l'eau (image de marque du territoire et pérennisation des usages), les pouvoirs publics et la profession agricole ont instauré un arsenal réglementaire et incitatif (figure 3 ) pour répondre à une demande sociétale forte en ce domaine.
Ainsi, un programme régional conséquent, Bretagne Eau Pure (BEP), financé par la Région, les Départements et l’Agence de l’eau Loire Bretagne a été mis en place en vue d’améliorer et de modifier les pratiques agricoles afin de limiter la dégradation des eaux par les nitrates et les pesticides.

 Législation relative aux épandages

Afin de limiter les risques de contamination des eaux et les nuisances olfactives induites par les épandages de déjections animales et des lisiers en particulier, des restrictions sont imposées à la profession agricole par arrêté préfectoral qui définit les mesures et actions nécessaires à une bonne maîtrise de la fertilisation azotée et à une gestion adaptée des terres agricoles selon le type de fertilisants en raison de leur minéralisation plus ou moins rapide (figure 4) :

Catégories

Fertilisants

Type I

Fumiers....

Type Ib

Fientes...

Type II

Lisiers, purins...

Type III

Minéraux

Figure 4 : Classement des fertilisants par catégorie

1 - Obligation de respecter l'équilibre de la fertilisation azotée, les apports en azote étant au plus égaux aux besoins prévisibles des cultures

2 - Obligation de respecter un apport maximal d'azote organique provenant des effluents d'elevage. Cette quantité d'azote d'origine animale ne doit pas excédée 170 kg par hectare de surface agricole épandable (surface potentiellement épandable plus la surface pâturée non épandable) par an.

3 - Obligation de réaliser un plan prévisionnel de fumure des fertilisants azotés organiques et minéraux. L'estimation de la quantité d'azote organique d'origine animale à épandre sur l'exploitation, après déduction forfaitaire de l'azote excrété par les animaux, l'azote perdu par volatilisation de l'ammoniac au cours du stockage se fera sur la base des grilles de références du Comité d'ORientation pour des Pratiques agricoles respectueuses de l'ENvironnement (CORPEN).

4 - Obligation d'enregistrer l'épandage des fertilisants azotés organiques et minéraux dans un cahier de fertilisation.

5 - Obligation de respecter les périodes d'interdiction d'épandage des fertilisants azotés. La figure 5 ci-dessous reprend pour les fertilisants de type II (lisiers,…) les périodes d'interdiction en fonction des cultures.

6 - Obligation de respecter les conditions particulières d'épandage des fertilisants azotés organiques et minéraux . Les figures 6 et 7 reprennent les contraintes d'épandage liées spécifiquement au fertilisants de type II.

 

7 - Obligation de disposer d'une capacité de stockage des effluents d'élevage. Celle-ci doit permettre aux éleveurs de respecter les dispositions réglementaires existantes. Dans la pratique une capacité de stockage de 6 mois sera souvent un minimum.

8 - Obligation d'une gestion adaptée des terres. Ce point particulier intéresse les zones humides et les bordures de cours d'eau, le retournement des prairies de plus de 3 ans et la couverture des sols pendant les périodes présentant des risques de lessivage.
Ces mesures de portée générale sur l'ensemble du département sont complétées par :

  • Des mesures dites renforcées relatives aux cantons en zone d'excédcents structurels (ZES).
  • Des mesures dites complémentaires relatives aux zones d'actions complémentaires (ZAC) s'appliquant sur des bassins versants bien identifiés et annexés à l'arrêté préfectoral.

 

Bibliographie

Chambre d'agriculture du Finistère - 2005
Diagnostic agricole du bassin versant du Bélon.
Rapport du projet européen Cycleau, 22 p.

Direction Régionale de l'Environnement, Conseil Régional - 1999
La Bretagne. Des hommes, un territoire. Atlas de l'environnement en Bretagne (faits, chiffres et repères cartographiques), 99 p.

A Pochon - 1998
Les champs du possible, plaidoyer pour une agriculture durable.
Editions Syros, alternatives économiques, 190 p.

Sites web

http://www.synagri.com

http://www.cg29.fr