Carrière à l’Ifremer d’un Technicien Supérieur Géologue Prospecteur

par Philippe Saget

Extraits d’un texte publié en 2012 dans les colonnes du « Caillou », bulletin de liaison des anciens de l’école de Techniciens Supérieurs en Géologie Appliquée, anciennement « Technicien Supérieur – Géologue Prospecteur ».

J’ai exercé le métier de Technicien géologue à l’Ifremer de 1976 à 2014, au début dans la prospection des nodules polymétalliques. J’ai participé à 39 campagnes océanographiques soit près de 1 200 jours de mer, ai connu 6 navires océanographiques et le sous-marin « Nautile » dans lequel j’ai plongé sur les champs de nodules polymétalliques en 2004 dans le Pacifique nord équatorial à plus de 5 000 m de profondeur.

J’ai également été le webmaster du département des Géosciences Marines à l’Ifremer durant plusieurs années. Je vous propose à travers ce texte de faire un tour d’horizon de cette longue carrière et de ce que peut être le métier de technicien géologue à Ifremer.

Le métier de géologue

Mon envie de faire de la géologie date de la classe de 6e. C’est mon professeur de Sciences Naturelles de l’époque (SVT maintenant) qui me l’a donnée tant son enseignement sur les minéraux et les roches était passionnant et vivant. J’étais en pension dans la région parisienne et régulièrement, il nous faisait visiter les carrières du coin, comme l’exploitation de gypse de Cormeilles-en-Parisis. Depuis cette année-là, mon but « dans la vie » a été de faire de la Géologie.

Mon niveau scolaire en terminale n’était pas suffisant pour entrer dans une école d’ingénieur. Il faut dire que faire une Prépa, puis 3 ans d’école pour finir « Ingénieur » ne m’enchantait guère. Je préférais le terrain et les contacts. Durant toute ma scolarité, j’ai cherché des « cailloux » pendant les vacances avec les parents. Je suis même allé faire des stages d’une semaine en Auvergne avec « Minéraux et Fossiles » qui s’appelait alors le « Comptoir des Minéraux » à Meung-sur-Loire. Je leur achetais, tous les mois, le minéral et sa fiche technique dans son écrin en polystyrène blanc.

En seconde, je suis allé avec mon marteau de géologue, un « Estwing », acheté avec ma première paye d’été et que je possède toujours, visiter des mines en France et ailleurs. Mon souvenir le plus palpitant fut la visite d’une mine de charbon du bassin houiller de Langréo (Asturies) en Espagne. Pendant les grandes vacances, j’ai effectué un stage linguistique dans une famille de mineurs. Tous les jours, j’allais chercher des fossiles de plantes dans les schistes des terrils du coin jusqu’au jour où le chef de famille m’emmena visiter SA mine de charbon, là où il travaillait. Je suis descendu avec les mineurs à plus de 1 000 m sous terre. Nous sommes passés dans des chatières, près de mineurs munis de marteaux piqueurs et de pelles. Dans ce bassin houiller, pas de haveuse, les couches de charbon n’étaient pas assez continues pour qu’on puisse les exploiter de manière mécanique.

En sortant sur le carreau de la mine, j’ai été surpris, alors, par l’ambiance qui régnait à la lampisterie. En effet, pendant notre visite, un coup de grisou a tué 3 personnes dont un jeune de mon âge qui travaillait depuis peu à la mine. Le lendemain, tout le bassin minier s’arrêtait pour rendre un dernier hommage aux décédés et quelques jours plus tard, nous avons assisté aux funérailles avec l’ensemble des mineurs qui ont défilé dans la ville en silence dans un recueillement impressionnant. Ce fut, pour moi, un moment très fort surtout quand je pense que cet accident est arrivé à quelques centaines de mètres au-dessus de moi alors que je déambulai dans les galeries.

Deux ans plus tard, je me suis présenté à la porte des bureaux de la Compagnie Royale Asturienne des Mines à Réocin (Espagne) pour essayer d’obtenir la permission d’aller visiter la mine de zinc d’Aliva dans les Pics d’Europe qui se trouve à une altitude de 1 700 m.

Après quelques heures de voitures et de jeep, nous sommes arrivés sur les hauteurs des Pics d’Europe pour descendre dans une mine de zinc bien connue pour la cristallisation de ses minéraux : calcite, sphalérite miel, … On nous a emmené à travers des galeries dans une géode où on a pu admirer des cristaux blancs de calcite de plus de 10 cm de long ainsi que des cristaux de sphalérite de même taille… c’était époustouflant surtout quand on nous a annoncé qu’on pouvait échantillonner ces cristaux puisqu’ils allaient être détruis pour l’exploitation.

Mon Cursus TSGP Nancy

Après mon bac en juin 1972, j’ai rempli les dossiers d’inscription au BTS Géologue Prospecteur à Nancy. Quelque temps plus tard, j’ai été convoqué dans les bâtiments de l’ENSG pour un entretien Quinze jours plus tard, je recevais une lettre de l’école m’informant que j’étais retenu pour l’année scolaire suivante.

À cette époque, tous les jeunes devaient faire leur service. J’ai choisi de le faire juste après le bac et ai été incorporé début octobre 1972. Lorsque j’ai été démobilisé, une semaine après le début de l’année scolaire à Nancy, le plus dur a été de me remettre aux mathématiques, à la physique !

Les stages de terrain pendant l’année scolaire

Les moments clefs de notre cursus ont été les stages de terrain. Nous en avions 5 : un stage de sédimentologie dans une carrière de Lorraine au printemps, un autre dans les terrains métamorphiques de l’Ardèche, un stage de topographie dans les Vosges, un autre dans le sud de la France et le stage d’examen.

  • Ce dont je me rappelle du stage de sédimentologie, c’est le froid. Nous devions faire un log sédimentaires de la carrière près de Sarrebourg avec une température inférieure à zéro (les mares étaient gelées) et on logeait sous la tente !
  • Durant le stage en Ardèche, nous avions des gneiss, des leptinites gneissiques, des leptinites gneissiques oeillées, des leptinites à cartographier. Le premier jour, nous avons cartographié 100 m le long de la route... mais sur les conseils de notre professeur, nous en faisions 5 km le lendemain car le métamorphisme de contact doit se cartographier en "général" et non à la "loupe" !!!
  • Un stage dans le sud de la France était programmé en juin de la 2ème année. Heureusement que nous avions une voiture, car nous avions un dénivelé d’environ 1000 m. Notre zone d’étude se situait à l’extrémité du massif de la Sainte Baume, au-dessus de Gémenos (150 m d’altitude), à Plan d’Aups avec le sommet du pic de Bertagne (1 040 m).
  • Le stage d’examen, lui, s’est déroulé pendant une semaine en novembre dans le Jura au-dessus de Pontarlier.

Le programme scolaire

Je ne vous parlerai pas de tous les cours que nous avions chaque semaine mais plutôt de certains qui m’ont particulièrement marqué. Dans les années 70, nous avions 52 heures de cours par semaine. Ceux qui ne provenaient pas de la filière « technique » avaient 4 h de cours de techno en plus.

Je me rappelle du cours de « mécanique des roches », avec des formules prenant toute la longueur du tableau noir avec en plus un coefficient de sécurité. On ne sait jamais ! Le prof nous donnait l’exemple de la tragédie du barrage de Malpassé (Var - Il a cédé le 2 décembre 1959 à 21h13 faisant 423 victimes).

L’école avait une foreuse montée sur un vieux GMC américain. Une fois par semaine, nous avions « atelier ». Le prof nous le mettait en panne et nous devions le réparer.

Tous les cours que nous avions étaient prévus pour nous aider dans les missions de prospection minière dans un environnement hostile comme la brousse ou la jungle. Mais, dans les années 70, le domaine minier était en plein déclin. Il a fallu attendre plusieurs années avant que la direction de l’école, après un sondage auprès des anciens, ne s’aperçoive qui fallait faire évoluer le programme scolaire avec l’avènement de l’informatique, des statistiques, de la géotechnique, du pétrole, de la sismique... Aujourd’hui, avec la demande croissante en matières premières et en ressources énergétiques, on assiste à un retour en arrière. Ainsi le gouvernement a décidé de relancer la formation d’ingénieurs pour la rentrée 2010 à Orléans avec la création de l’École Nationale d’Application des Géosciences (ENAG).

Les stages d’été

J’ai réalisé mes 2 stages à la SNPA – Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine (= Elf) qui avait une section « mine ».

En 1974, Elf nous a embauchés pendant 2 mois afin de faire du steam-sédiment (géochimie sur les alluvions) dans les Dolomites italiennes. Nous devions mettre dans un sac une poignée d’alluvions à chaque embranchement. Les échantillons étaient envoyés au laboratoire à Pau pour rechercher les métaux.

En 1975, j’ai passé 1 mois sur le Ballon d’Alsace dans les Vosges pour rechercher les indices de cuivre. C’était l’époque du « plan cuivre » national. Le ministère de l’industrie donnait des subventions aux sociétés (50 % de l’exploration) pour la recherche de cet élément sur tout le territoire français. Si un gisement était découvert et exploité, elles devaient rembourser l’état. Elf avait une mission de carottage à Giromagny (Vosges).

En Novembre 1975, examen réussi: j’obtiens le Diplôme du BTS – spécialité : Géologue Prospecteur.

Technicien géologue à Ifremer

À cette époque, le CNEXO (Centre National pour l’Exploitation des Océans) à Brest cherchait des techniciens pour mener des campagnes d’exploration sur les nodules polymétalliques à bord de navires dans l’océan Pacifique et j’ai ainsi été embauché en 1976.

Ma première mission à bord du N/O Coriolis

(N/O = Navire Océanographique [en anglais : R/V Research Vessel])

Fin janvier 1976, je laissai Brest sous la grisaille pour rejoindre le bateau à Honolulu sur l’île d’Hawaï (USA). Dès l’arrivée, nous avons été accueillis par l’équipage, constitué de Canaques (habitants de la Nouvelle Calédonie) et de Tahitiens. Le dimanche, nous avons profité du voilier d’un ami du commandant pour faire une visite du port sous un superbe soleil et le lendemain, nous partions sur le N/O Coriolis, l’un des plus petits navires océanographiques hauturiers (38 m de long). À la sortie du port, la houle a commencé à se faire sentir.

Le carré (« salle à manger » sur un bateau) était situé entre la cuisine et le local machine. Nous avions donc un mélange d’odeurs de friture, d’huile chaude et de gasoil. Il y avait 2 services suivant les quarts (période de 4 h de travail). Nous nous enfoncions sur les banquettes, bien calés. Mais, il fallait s’y attendre, j’ai eu le mal de mer. Si tout le monde subit le mal de mer, on s’habitue aussi. C’est ainsi qu’au bout de 3 jours, nous étions tous « amarinés ».

Vie à bord du N/O Coriolis

Ce navire, détruit il y a quelques années, faisait 38 m de long. C’était un ancien chalutier construit en 1965 et transformé en navire océanographique. Les cabines étaient tellement « grandes » que si on ouvrait sa valise, on ne pouvait plus ouvrir la porte. Il n’y avait qu’une douche et un WC pour le pont « scientifique », soit une douzaine de personnes.
Il y avait 2 laboratoires :

  • Le labo sec à fond de cale sans hublot où nous travaillions avec une binoculaire et l’analyseur Fluo X. Il y avait aussi notre échosondeur, appareil servant à mesurer la profondeur d’eau.
  • Le labo humide situé derrière le local « machine » où il régnait une chaleur humide avec une odeur de gasoil. On y échantillonnait les sédiments ; on broyait les nodules pour les analyser par fluorescence X ; on développait les films N&B de nos engins d’exploration.

Travail à bord

Le but de nos campagnes océanographiques consistait à faire de la prospection sur les « nodules polymétalliques » pour obtenir un permis minier de la part de l’Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM).

Nous utilisions des engins libres (engins de prélèvement que nous larguions depuis la surface et qui descendait au fond sous leur propre poids - à la différence des engins à câble) pour prélever les nodules et faire des photos du fond. Nous quartions les nodules pour ensuite les réduire en poudre et faire des « pastilles » pour la fluorescence X. Cela nous donnait les teneurs des éléments majeurs pour un prélèvement. En parallèle, nous étudions les frottis de sédiments pour avoir le faciès sédimentologique et la datation d’après les micro-organismes. Sur le bateau, notre rôle principal résidait dans le largage des engins, leur récupération et l’étude des prélèvements.

Lors des stations pour les carottages ou pour attendre la remontée des engins, la nuit, nous pêchions le calmar (ou calamar : le goût est le même, l'animal aussi), à l’aide d’une fouine (sorte de harpon) ou avec une turlutte (ensemble d'hameçons dans un petit cylindre de plastique blanc ou coloré, rempli de plomb).

Si nous utilisons aujourd’hui des GPS, à l’époque nous étions au système Transit. C’est-à-dire qu’à la latitude où nous avons travaillé (10°N), nous n’avions que quelques satellites qui passaient au-dessus de nos têtes. Nous avions donc 3 ou 4 heures de navigation à l’estime sans possibilité d’avoir une localisation précise…

Un homme à la mer…puis un deuxième !

Un jour que nous filions 10 nœuds (1 nœud correspond à 1 mille marin par heure, soit exactement 1,852 km/h) vers notre escale aux USA, après 35 jours de travail en plein milieu du Pacifique, le personnel de la cuisine ne trouvait plus le commis de cuisine. Tout le monde s’est mis à le chercher depuis la passerelle supérieure jusqu’au fin fond de la cale. Pressentant un souci, le second capitaine du bateau a repris la navigation depuis le dernier point satellite. C’est-à-dire 3 h auparavant (= 60 km) !!! Pendant ce temps, le commandant prévenait les garde-côtes US. Nous avons donc fait demi-tour pour revenir sur le point de 18 h en espérant que les courants ne nous aient pas entrainés hors de notre route estimée. Nous sommes partis de l’hypothèse que le marin était tombé à l’eau vers 18 h. Nous avons mis en panne le bateau, puis mouillé le zodiac qui a navigué en spirale autour du bateau tous feux allumés. Au bout d’une heure, nous avons retrouvé le marin faisant la planche en nous attendant. Belle prestation du second qui a réussi à nous ramener sur le point Sat ! Evidemment, nous lui avons demandé ce qui s’était passé… Il nous a répondu qu’il était tombé à l’eau en vidant la poubelle. NB : nous ne vidons plus aujourd’hui les poubelles pour des raisons d’écologie. Les ordures sont stockées dans des containers réfrigérés ramenés au port d’escale. En voyant le bateau continuer sa route, il pensait que quelqu’un allait forcément s’apercevoir de sa disparition, et donc que, nous reviendrons le chercher. Il ne pensait pas aux requins attirés par les reliefs de la cuisine qu’il avait déversés avant de tomber à l’eau ! Ni à la navigation estimée pendant 3 h.

Lors de la mission COPANO (1979) de recherche scientifique internationale sur les nodules polymétalliques, j’étais de quart avec un collègue de 20 h à 8 h pour larguer des engins de prélèvement de nodules. Soudain, vers 1 h du matin, un coup de roulis casse le bout (bout = corde) qui retenait sur le pont, le lest d’une tonne du carottier Kullenberg.

Mon camarade s’est agrippé à lui mais il risquait de se faire aplatir sur le bord du bateau quand le mouvement se serait inversé. Il a donc préféré lâcher le lest et tomber à l’eau. Comme c’est arrivé juste devant moi, j’ai prévenu tout de suite le marin de quart à la passerelle « un homme à la mer !». Une fois l’alerte donnée, j’ai couru sur la plage arrière pour localiser mon camarade et le réconforter. Il n’était pas passé dans l’hélice ! Le temps de trouver une bouée munie d’une lampe à renversement (= phoscar), il s’éloignait rapidement car, si l’alerte était bien arrivée à la passerelle, le changement d’allure n’a pas été aussi rapide. J’ai quand même envoyé la bouée qui est tombée à une vingtaine de mètres de lui. Le problème dans cet océan, c’est qu’il n’a de Pacifique que le nom. La mer moutonnait ; il y avait des creux importants. Il n’a pas réussi à revenir sur la bouée et a préféré faire la planche pour ne pas se fatiguer.

Sur le bateau, la passerelle avait prévenu le commandant et tout l’équipage ainsi que le chef de mission. Il fallait mettre le zodiac à l’eau pour récupérer notre homme ce qui fut fait au bout d’une heure. Nous l’avons retrouvé tout sourire et en pleine forme. Il faut dire que la température de l’eau même au milieu de l’océan avec 5 000 m de profondeur est de 30 °C.

Vie à bord des navires océanographiques

Quand on part pour 2 fois 35 jours, les moments de détente sont très appréciés. Dans la marine océanographique, les semaines sont rythmées par le chef cuisinier. C’est lui qui met un peu l’ambiance sur le bateau selon qu’il ouvre des boites de conserve, ou qu’il nous fait de bons petits plats. Pour les longues missions, nous avions un médecin à bord. C’était souvent un étudiant en médecine faisant son service militaire.

La semaine de travail est rythmée par les repas du midi (ou du soir). Avant les années 90, le repas traditionnel du midi était constitué d’une entrée, d’un entremet, d’un poisson, d’un plat de viande et légumes, d’une salade, du plateau de fromages et d’un dessert, le tout servi par un maître d’hôtel en tenue. C’est lui qui nous plaçait à table, le commandant en premier, en face de lui le chef de mission, à sa droite, le chef mécanicien, et à sa gauche le toubib. C’est sur les navires océanographiques que j’ai appris à me servir de toute la collection de fourchettes et autres couteaux !

Le dimanche était un jour particulier : le matin, le boulanger-pâtissier, nous faisait des pains au chocolat ou des croissants et le midi le repas servi avec un bon vin était digne des grands restos toqués !

Désormais, sur presque tous les navires océanographiques, pour des raisons de commodité dans le travail, les repas se font en self-service.

Pendant les moments libres on pouvait jouer aux cartes, faire du sport, du ping-pong des haltères, du vélo, …

Sur le Marion Dufresne, quand le navire est plus ou moins vide, c’est à dire en dehors des rotations des hivernants, la cale avant est tellement grande que nous pouvons « installer » 2 terrains de badminton. Les matchs en simple ou en double, en mixte ou autre se jouent par tout temps ! Certains membres de l’équipage sont même passés maîtres dans ce sport.

Le jeudi, le « radio » nous passait des films super (marine militaire) avec un vieux projecteur. Les films provenaient de la Royale 8 qui nous les prêtait. Ils étaient généralement très rapiécés car en passant devant la lampe, le film pouvait s’arrêter et brûlait. Il fallait donc arrêter la projection, couper le bout du film abimé et recoller le tout… Il y avait deux séances en fonction des quarts. Après les années 1990, l’armateur ou le CE louait des cassettes vidéo que nous regardions dans les différents carrés.

Aujourd’hui, la tendance est d’amener son propre lecteur de DVD et de s’enfermer dans sa cabine après le diner… et l’ambiance a changé.

Cérémonie de passage de la ligne

Toute l’équipe « Nodules » rejoignait le navire pour 2 campagnes de plus de 35 jours avec une escale intermédiaire à Tahiti d’environ 7 jours pour débarquer à San Diego en Californie (USA). Nous passions donc du Pacifique nord au Pacifique sud en traversant l’équateur. Or, dans la marine, le passage de cette ligne correspond à une cérémonie très particulière. C’est au milieu du XVIe siècle que les explorateurs portugais commencèrent à fêter le franchissement de l’équateur, synonyme de victoire sur l’océan et de découverte de terres inconnues.

Mais, on ne franchit pas impunément les limites du domaine de Neptune ! Accompagné de sa compagne Amphitrite, du commandant et des dignitaires participant à la cérémonie – pilote, astronome, évêque, enfant de cœur, juges et greffier - le dieu des mers – Neptune - préside la cérémonie du passage de la ligne. Au cours de celle-ci, chaque néophyte comparaît devant le tribunal équatorial et franchit divers ateliers à thème.

La recherche des nodules polymétalliques dans l’océan Pacifique

C’était un peu la « Mine » où l’on faisait les « 3 x 8 » - La mine car les nodules sont noirs et salissants comme du charbon (à base de manganèse et non de carbone), et les 3 x 8 parce qu’il y avait 2 équipes qui pouvaient embarquer à tour de rôle sur les bateaux pour 2 campagnes d’affilée, soit 2 fois 30 jours.

Au début, dans les années 76-77, mon travail ainsi que celui de mes petits camarades consistait à recueillir des nodules à l’aide d’engins qui descendaient à l’aide d’un lest, largué en arrivant sur le fond en même temps qu’il remontait en ayant échantillonné le fond de la mer. Une fois à bord, les nodules étaient pesés, mesurés. On les triait suivant leur forme et on les quartait pour avoir des échantillons représentatifs une fois broyés pour passer à la fluorescence X, matériel qui était à bord.

Parfois, le déroulement de nos missions était gêné par des passages de cyclones (vents > 118 km/h) ou de tempêtes tropicales (vent > 63 km/h). Quand on voyait le livre des instructions nautiques ouvert à la page des cyclones sur la table à carte de la passerelle, nous savions que nous n’allions pas dormir beaucoup et que le « chef » allait ouvrir des boîtes de conserve.

En 1976, sur le N/O Noroit, nous avons joué à cache-cache avec la tempête pendant 3 jours. Dès qu’on allait vers le Sud, elle nous suivait. Nous recevions des cartes toutes les 4 h par fax. C’est ce que nous appelons, en navigation, une « fuite ». On ramasse tout le matériel ; on ferme les contre-hublots (volet métallique à l’intérieur du hublot qui protège d’une entrée d’eau due à l’éclatement de la vitre) ; on arrime tout ce qui bouge sur le bateau et on part…

De 1977 à 1980, le matériel a évolué. On a fait de la sismique à l’aide d’un canon à air (air-gun) et d’une petite flûte (hydrophones) sur le N/O Le Noroit, puis le N/O Suroît.

À partir de 1986, nous sommes passés sur le bateau amiral de la flotte : le N/O Jean Charcot avec lequel nous avons réalisé des cartes bathymétriques grâce au sondeur multi-faisceau.

De nouvelles techniques d’exploration nous ont permis de préciser nos zones d’intérêt économique. En effet, c’est avec des profils photographiques que nous avons réussi à délimiter des zones potentiellement intéressantes.

En 1988, notre dernière campagne de géologie, NIXONAUT s’est réalisée avec le N/O L’Atalante et le sous-marin Nautile.

Depuis la fin des années 80, la France possède un permis minier de 75 000 km2 dans le Pacifique central nord. Comme en domaine terrestre, nous devons tous les ans présenter à l’Autorité Internationale des Fonds Marins un état de nos dépenses.

Depuis 2002, nous avons un contrat de 3 fois 5 ans pour étudier l’impact d’une éventuelle exploitation minière sur les grands fonds. C’est dans ce cadre que nous avons réalisé la campagne NODINAUT.

Une plongée dans le Nautile

L’exploration du permis minier français n’aurait pas été complète sans une étude de la biodiversité des espèces biologiques. C’est ce que nous avons fait avec une campagne de plongées avec le Nautile sur le navire océanographique L’Atalante en 2004 : NODINAUT.

Nous sommes partis de Manzanillo (Mexique) pour une mission de 35 jours. Nous étions 30 scientifiques (28 biologistes – 1 géochimiste et 1 géologue).

Au bout de 10 jours de transit, nous sommes arrivés sur la zone. J’ai eu le privilège de faire la première plongée à 5000 m de profondeur car il fallait que je délimite la zone suivant la morphologie des nodules. Avant de partir, tous les participants étaient passés dans le caisson hyperbare de l’hôpital de Brest pour faire une simulation de plongée à 30 m.

Le largage a eu lieu à 9 h du matin avec une météo clémente mais avec une belle houle. Il faut 2 heures pour arriver à 5 000 m. À la surface, il faisait une douce chaleur tropicale mais au fur et à mesure de la descente, la température a baissé sérieusement. Une petite laine était la bienvenue. Le pilote est assis au-dessus du scientifique qui, lui, est allongé sur le ventre et se tord le cou pour voir à travers un petit hublot de 10 cm de diamètre. Le co-pilote est assis derrière et gère les communications avec la surface et les ordinateurs pour le positionnement.

Le travail du scientifique consiste à prendre des photos et à décrire ce qu’il voit. On se croit revenu à Nancy ! C’est très important de décrire le fond car, en même temps, les caméras vidéo tournent et enregistrent ce que nous disons. Tout cela sera dépouillé plus tard, à bord du navire et à terre. Je devais faire une longue traversée de toute la zone en décrivant les nodules et leur environnement. Je prenais de nombreuses photos d’animaux et de nodules. Vers 15 h, le co-pilote nous annonce que nous allons manquer d’oxygène !!! Pour résoudre ce petit souci, ils ont changé la cassette de chaux sodée et nous avons continué la plongée. Il parait que c'est parce que j'ai trop parlé et donc consommé trop l'oxygène !!!

Nous avons échantillonné de nombreux nodules et fait des carottages. Mais au moment de remonter, impossible de remettre le bras télémanipulateur dans son logement car il n’y avait pas assez d’énergie. On ne pouvait donc pas remonter. La « surface » qui était prévenue a conseillé d’éteindre un appareil puis un deuxième… On a fini par tout éteindre et le bras s’est rangé dans son logement sans autre problème. Pour nous, la remontée vers la surface s’est faite dans le noir intégral. Tous les appareils étant coupés : plus de localisation sur les ordis, plus de communication avec la surface et aucune lumière… Enfin après 2 h de remontée, nous sommes arrivés à la surface… et avons attendu ¾ d’heure qu’on vienne nous chercher. Imaginez un bouchon sur l’eau. J’étais obligé de me tenir sur le dos les bras, jambes écartés tellement on bougeait. La différence de température, le matin à la descente, a créé de la condensation. Il y avait quelques litres d’eau au fond de la sphère. Les mouvements désordonnés de l’océan nous basculaient d’un bord à l’autre, l’eau de condensation remontant sur les bords.

Une fois sortis à l’air libre, ceux qui plongent pour la première fois ont droit à un baptême. Pour ma part, j’ai eu un rasage en bonne et due forme et ai dû ingurgiter un liquide bizarre à base d’eau de mer et de piment…

Pour en revenir à notre problème d’énergie, il se trouve que les batteries étaient HS. En 3 jours, l’équipe du Nautile a donc refait de nouvelles batteries de A à Z à l’aide d’acide sulfurique…

La cartographie

Le sondeur multifaisceau est la base de nos campagnes océanographiques. Avoir une carte bathymétrique bien positionnée à l’aide du GPS, nous permet d’étudier la géologie et la biologie du fond des océans.

À la fin des années 1970, le sondeur multi-faisceau était utilisé de manière intensive. C’était la première fois que nous pouvions cartographier les fonds de manière continue et sur une grande largeur.

Pour faire une carte, nous avions 2 enregistrements séparés imprimés sur 2 bandes de papier : la bathymétrie et la vitesse du navire. Sur un grand calque, nous tracions la navigation « transit » (et non GPS !), puis nous mettions la vitesse du bateau pour finir avec le profil bathymétrique. Régulièrement, il nous arrivait de remanier un peu les profils car nous avions de gros décalages suivant la direction du profil (Est-Ouest ou Ouest-Est) à cause, principalement, du courant de surface.
Aujourd’hui, les cartes sont réalisées automatiquement en temps réel et en couleur !!! Les données sont stockées sur disque dur pour être rejouées à terre.

J’ai par la suite, participé à de nombreux programmes de cartographie comme ZONECO (Zone Économique Exclusive de la Nouvelle-Calédonie), ou SOPAC MAPS (SOuth Pacific = Commission en géoscience des îles du Pacifique). C’est lors d’un de ces programmes que nous avons réussi à cartographier les fonds du Grand Passage au nord de la Nouvelle Calédonie. Cette zone de hauts fonds n’avait jamais été cartographiée auparavant ce qui obligeait les cargos à faire un grand tour. La nouvelle voie maritime leur a permis de gagner 2 jours de trajet.

Mais, le levé bathymétrique peut être aussi dangereux. Pour le compte des îles Tuvalu, nous avons cartographié leur plateau continental. C’est à dire que nous avons fait du « rase cailloux ». Une fois calé sur la courbe de niveau 100 m, le but du jeu était de la suivre. Sauf que parfois, on se faisait de grosses frayeurs car le fond remontait jusqu’à 25 m. C’étaient les scientifiques ayant devant les yeux la carte bathymétrique en temps réel, qui devaient piloter le navire en donnant les ordres à la passerelle : 25° à tribord, 30° à bâbord. Quand le fond remontait trop vite, il fallait virer de bord. Parfois, il fallait demander une marche arrière en mettant la barre tout à gauche ou à droite !!!

Le projet Nodules nous a entraînés dans les îles de la Société (Tahiti), les îles Marquises (Nuku Hiva, …), aux USA (San Diego, New York), au Mexique (Acapulco, Manzanillo, Mazatlan), en Jamaïque (Kingston), en Russie sur les bords de la mer Caspienne.
Les projets d’étude de pose de câbles téléphoniques : Palerme (Sicile), Djibouti, Colombo (Sri Lanka), Bombay (Inde), Singapour, Djakarta, Dakar, Funchal, Le Cap (Afrique du Sud), Estepona (Espagne), Hong Kong, Australie.
Le projet d’extension de la ZEE (Zone Economique Exclusive) nous a emmenés dans nos départements d’outre-mer comme la Nouvelle Calédonie, Guyane, La Réunion, Kerguelen, Crozet (Terres Australes Antarctiques Françaises), les Antilles.
Les études bathymétriques : les îles Fidji, les îles Gambier, les îles Loyautés, les îles de la Société, le Pakistan.

Les projets d’étude de pose de câbles téléphoniques

Dans les années 1983, Alcatel a demandé à l’Ifremer de trouver des couloirs de 10 km de large topographiquement plats pour la pose de câbles téléphoniques sous-marins en utilisant notre sondeur multi-faisceau sur le N/O Jean Charcot. Un câble sous-marin est très fragile. Il est constitué d’une fibre optique entourée d’une protection à base d’aluminium et de cuivre. Même à l’heure des satellites, le câble sous-marin constitue le meilleur moyen de communication grâce au nombre de connexions possibles au même moment.

Notre rôle a été d’étudier la topographie depuis la plage où se trouve la liaison avec le réseau terrestre jusque dans les grands fonds. Dans les petits fonds, il faut savoir si on a affaire à de la roche ou des sédiments meubles car dans ce dernier cas on peut « ensouiller » (enfouir) le câble sur 80 cm de profondeur dans des fonds de 20 à 1 500 m correspondant au plateau continental. Cela permet de mettre le câble à l’abri des dragages et autres chalutages qui risquent de l’endommager.

Dans le cas de zones à risque, on peut construire des câbles avec double armure et même triple armure.
L’Ifremer s’est vu confier la tâche d’étudier le tracé du câble SEA.ME.WE. 1 (sigle anglais signifiant South East Asia-Middle East-Western Europe 1) qui relie Marseille à Singapour en passant par l’Italie, le canal de Suez, l’Arabie Saoudite, Djibouti, Sri Lanka, Inde, Thaïlande.
Le Cnexo et ensuite l’Ifremer ont participé aux projets les plus prestigieux tels que : Sea-Me-We 1, 2 et 3, SAT 2 (sigle anglais signifiant South ATlantic), TAT 12 (sigle anglais signifiant Trans-ATlantic), 13 et 14 pour n'en citer que quelques-uns.
Nous avons produit un rapport « papier » final pour Sea-Me-We 2 représentant 2 m de long pour une centaine de cartes bathy !

À la suite de toutes ces études, l’Ifremer a vendu son navire le Jean Charcot et son Sea-beam à une société privée qui a continué l’étude de pose des câbles.

Comme vous pouvez l’imaginer, quand nous étudions les petits fonds sous-marins devant les plages où se font les atterrages du câble, nous ne savons pas ce qu’il y a sur la plage puisque nous venons de la mer. Ainsi à Suez (Egypte), après avoir pris toutes les cotes jusqu’au boitier du réseau terrestre, nous avons été voir ce qui était marqué sur les pancartes placées le long de la route bordant la plage… Danger Mines (en égyptien)… Et nous sommes revenus au bateau en marchant dans nos traces !

Le pétrole et le projet ZAIANGO

Depuis quelques années, l’Ifremer travaille en partenariat avec Elf et Total qui nous commandent de nombreuses études amont. L’un des grands projets que nous avons mené de 1998 à 2001 s’appelle ZAIANGO (Zaïre-Angola). Nous avons cartographié à l’aide de notre sondeur multi-faisceau, le canyon du fleuve « Zaïre » sur le plateau continental ainsi que son système turbiditique sur la plaine abyssale. Nous avons réalisé de nombreuses carottes et effectué de très belles coupes sismiques en 2D HR (coupe verticale Haute Résolution) à l’aide d’un système de flûte sismique près du fond. En 2000, nous avons utilisé le ROV [Remote Operated Vehicle (littéralement, « véhicule commandé à distance »)] Victor pour faire de la micro-topographie et pour voir le fond du canyon. A un moment donné, le ROV qui naviguait « tous feux allumés » a montré sur les moniteurs une couleur orangée et plus aucune vue… Nous étions… dans une avalanche sous-marine. Notre engin n’a eu aucun dégât mais nous avons eu peur de le perdre. Même loin de la côte, nous avons vu des troncs d’arbre fichés dans les parois du canyon.

À 600 km de l’embouchure du fleuve, nous avons eu la surprise d’échantillonner des graviers mélangés avec des feuilles d’arbres !!! Etonnant que ces végétaux aient réussi à aller si loin en mer. Si vous faites un peu de sédimentologie, on vous dira que ce sont les courants de turbidité hyperpycnaux qui ont transporté ce matériel aussi loin. Si on trouve des végétaux… on peut aussi trouver du pétrole !!! Mais attention il est à 5000 m de profondeur. Ce projet a donc permis de démontrer que des gisements sont potentiellement dans les grands fonds. Un jour viendra où l’homme pourra les exploiter mais l’essence deviendra certainement plus cher qu’aujourd’hui.

Le projet EXTRAPLAC

L'article 76 de la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer de 1982 (Montégo Bay), ratifié par la France en 1996, donne aux États côtiers la possibilité d'étendre les zones sous juridiction nationale au-delà des limites de la Zone Économique Exclusive (200 milles) c’est-à-dire à 350 milles (environ 650 km).

Dans ce cadre, un programme national baptisé EXTRAPLAC (EXtension RAisonnée du PLAteau Continental) a été mis en œuvre à partir de 2002 à l’Ifremer, pour l'élaboration du dossier technique et la soumission des demandes d'extension nationale devant l’ONU.

Bénéficiant d'un financement annuel du ministère de l'Industrie, ce programme a pour mission de recueillir différentes données (bathymétrie, sismique, géophysique, …) et de réaliser les études techniques et scientifiques nécessaires pour déterminer la limite extérieure du plateau continental juridique français, dans toutes les zones concernées.

Pour définir la limite extérieure du plateau continental étendu conformément aux dispositions de l'article 76, il faut démontrer qu’est réuni un certain nombre de conditions géologiques, morphologiques et géophysiques et tracer au moins quatre lignes de référence déterminées comme suit :
• par référence aux points fixes extrêmes où l'épaisseur des roches sédimentaires est égale au centième au moins de la distance entre le point considéré et le pied de pente ;
• à 60 milles du pied de pente ;
• à une distance de 350 milles des lignes de base à partir desquelles la largeur de la mer territoriale est mesurée ;
• à une distance de 100 milles de l'isobathe de 2 500 mètres.
Des études de terrain étaient obligatoires pour pouvoir prétendre à une extension de notre Zone Economique Exclusive (ZEE).

Nous avons donc étudié les ZEE de la Guyane, des Kerguelen, de Crozet, des Antilles, de la Nouvelle Calédonie, de la Terre Adélie et bien évidemment de la France dans le golfe de Gascogne (NB : Pour l’instant, aucun pays côtier n’a revendiqué une ZEE en Méditerranée).

Les dossiers sont fournis à la « commission des limites du plateau continental » de l’ONU à New York. Chaque année, une commission étudie les dossiers et demande des précisions au prétendant ce qui peut demander plusieurs années avant une conclusion positive sur l’extension de notre ZEE.

Le projet EXTRAPLAC est terminé mais il va falloir plusieurs années pour obtenir toutes les extensions. En mars 2010, il y avait 51 demandes.

Je n’ai pas participé à toutes les campagnes de ce projet mais j’ai quand même visité la Réunion, Crozet, Kerguelen, Guyane, Nouvelle-Calédonie.
Mes meilleurs souvenirs sont les missions au départ de la Réunion vers Crozet et les Kerguelen. Ce sont les Terres Australes Antarctiques Françaises (TAAF). Il n’y a qu’une seule manière d’aborder ces îles : le bateau. C’est le N/O Marion Dufresne 2 qui fait la navette entre La Réunion (la base arrière) et les TAAF. Il amène la nourriture, les scientifiques, le courrier. Il n’y a pas de quai dans ces îles. Le débarquement et embarquement peuvent s’avérer très sportifs quand ils ne sont pas carrément arrêtés pour cause de forte houle, de vent…

Nous sommes dans les 40° rugissants. On peut avoir des tempêtes assez rudes avec des forces 12. Heureusement le « Marion » est un cargo de 120 m de long mais aussi un paquebot pouvant contenir 110 passagers.

Lors de la dernière campagne sur le Marion, nous avons rapatrié toute l’équipe scientifique (les hivernants) qui avait passé un an aux Kerguelen… Il y avait des entomologistes, des géologues, des biologistes. Ils avaient fini leur travail pour les TAAF après un an passé en monde clos (sauf que l’ADSL est arrivé sur l’île) sur un territoire grand comme la Corse (7 200 km2).

Épilogue

Depuis 36 ans, mes principales activités professionnelles se sont focalisées sur la recherche des nodules polymétalliques et l’étude bathymétrique des fonds sous-marins soit pour la recherche pétrolière, soit pour la connaissance des zones économiques exclusives, soit encore pour l’étude de la pose de câbles téléphoniques.

Ce travail demande une bonne adaptation à la vie en groupe et en « vase clos » sur les bateaux, ainsi qu’un goût prononcé pour les déplacements à l’étranger. L’anglais ou l’espagnol sont des langues à apprendre et qui aident beaucoup en voyage ou même dans les colloques ou réunions internationales.

Mon meilleur souvenir restera la descente avec le Nautile sur les champs de nodules polymétalliques à 5 000 m de fond… et mon pire souvenir… je ne m’en souviens pas !