2012

Ressources minérales

Programme FUTUNA

Les partenaires industriels poursuivent le protocole d’accord « Futuna » avec l’Ifremer. Le programme « Futuna » est le fruit d’un protocole d’accord initial entre l’Ifremer, Areva, Technip France, Eramet, l’Agence des aires marines protégées et le BRGM.

Ce partenariat public-privé permet de bénéficier de synergies et a démontré, durant les deux campagnes déjà financées en 2010 et 2011, son efficacité pour localiser des minéralisations dans les zones vierges de notre zone économique exclusive au sud de l’île de Futuna. Des stratégies et des outils innovants ont été mis en œuvre au cours des deux premières campagnes. La programmation de ces travaux se place dans le cadre d’une autorisation préalable de prospection (APP), qui s’est terminée en juillet 2012. La troisième campagne sur zone s’est avérée indispensable pour clôturer la phase 1 d’exploration. Elle constitue un aboutissement de la stratégie d’exploration prévue. Elle doit permettre d’engager la deuxième phase définie par le consortium qui rassemble Technip et Eramet aux côtés de l’Ifremer pour évaluer les ressources, étudier l’état initial des écosystèmes avant tout impact dans le cas d’exploitation et réaliser l’étude de cadrage d’un pilote minier.

Ainsi, du 16 mai au 22 juin 2012 s’est déroulée la campagne Futuna 3 dans la zone économique exclusive de Wallis et Futuna (chef de mission Yves FOUQUET, Ifremer Edrome, département Ressources physiques et Écosystèmes de fond de mer). L’objectif était de préciser la localisation, l’extension et la nature des minéralisations hydrothermales découvertes lors des deux premières campagnes, en 2010 et 2011, et d’étudier les écosystèmes profonds. Cinq cibles principales et deux cibles secondaires de plongées étaient prévues. La stratégie générale de la campagne était centrée sur des plongées du Nautile durant la journée et sur des plongées AUV durant la nuit. La période comprise entre la fin de la plongée Nautile et le début de la plongée AUV a été utilisée pour réaliser des opérations complémentaires sur les cibles de plongées : cartographie à cinq nœuds, bathysondes et dragages. Grâce à cette stratégie et à une équipe ultra performante, de nombreux sites actifs et inactifs ont été mis en évidence sur la première cible d’étude. Compte tenu de l’ampleur des découvertes, les efforts se sont particulièrement concentrés sur cette zone. Une exploration plus en détail des autres cibles, certainement tout aussi intéressantes, resterait donc à faire.

Expertise Scientifique COllective

Le CNRS et l’Ifremer ont été mandatés par le commissariat général au développement durable (Medde) pour mener une expertise scientifique collective (ESCo) sur les impacts environnementaux de l’exploitation des ressources minérales marines profondes. Cette expertise devra porter tant sur les grands fonds sous juridiction que sur des zones situées au-delà des juridictions françaises. Il s’agit d’abord de faire le point des connaissances scientifiques sur les écosystèmes et milieux concernés, leur fonctionnement, les services qu’ils nous assurent et les usages que la société peut en retirer dès à présent ou à l’avenir. L’état des lieux sur l’analyse économique de la valeur de ces services est à inclure. Enfin, il faut caractériser les impacts potentiels sur ces milieux, ces services et ces usages et identifier les mesures nécessaires pour suivre l’évolution de ces environnements et contrôler les impacts des différentes phases d’exploitation.

Le comité de pilotage est constitué de personnels de l’INEE, de l’INSU, et de l’Ifremer.

Les rapports d’expertise doivent être livrés fin 2013 et les résultats de l’ESCO seront présentés lors d’un colloque 2014.

Permis d’exploration de sulfures polymétalliques

La dix-huitième session de l’AIFM (Autorité internationale des fonds marins) s’est tenue à Kingston (Jamaïque) du 16 au 27 juillet 2012. Le dossier français présenté par l’Ifremer avec la caution de l’État français a été présenté et défendu sur place. Le conseil de l’AIFM, a approuvé, sur recommandation de la commission juridique et technique, cinq demandes de plans de travail, dont celle émanant de l’Ifremer et relative à l’exploration de sulfures polymétalliques. La zone se situe le long de la ride médio-atlantique, entre 21 et 27° N (~ 600 km Nord-Sud par ~ 200 km Est-Ouest). Le plan de travail comprend 100 blocs de 10 km par 10 km chacun, regroupés en six grappes de 5 à 25 blocs pour une surface totale de 98 660 km2.

Structuration des marges et environnement sédimentaire

MAGIC (Margins of Brazil, Ghana and Ivory coast)

Cette campagne s’est déroulée au large du Brésil, du 12 août au 21 septembre 2012, sur le N/O Pourquoi pas?. Cette campagne se place dans le cadre d’une collaboration entre l’Ifremer, l’IUEM, l’université de Lisbonne, l’université de Brasilia et le centre de recherches Cenpes de Petrobras. L’objectif de Magic était de mieux comprendre la structure et l’évolution d’une marge transformante, à travers une imagerie du sous-sol par les méthodes sismique multi-trace et grand-angle. Afin de caractériser les processus actifs à l’interface sédiment-océan, plusieurs carottes ont également été prélevées et des mesures de piézométrie réalisées. À la fin de la campagne, un rapport a été rendu au Cenpes et une présentation de la mission et des résultats préliminaires a été faite en présence du manager Production de la région équatoriale et du directeur de Cenpes. Ces derniers ont exprimé leur grande satisfaction concernant la qualité des travaux et les résultats préliminaires. Une réunion est prévue en décembre, afin d’étudier les prochains projets de collaboration scientifique sur les marges de Pelotas et Espirito Santo.

PAMELA

Les représentants en géosciences de Total et de l’Ifremer ont décidé de collaborer autour d’un programme innovant, intitulé Pamela (« Passive Margin Exploration Laboratories »). C’est un programme de recherche sur les marges passives intégrant des sujets comme la structure géologique, la distribution des corps sédimentaires, les instabilités, les fluides et les écosystèmes. L’objectif est de répondre à des questions communes aux deux entités. Plusieurs réunions ont eu lieu en novembre et décembre 2012, pour définir les différents thèmes scientifiques, les partenaires du monde académique, l’organisation et la structure de gouvernance du projet. Jean-François BOURILLET, géologue de l’unité Géosciences marines, a été désigné responsable pour l’Ifremer du programme Pamela ; Philippe BOURGES, responsable projet « Recherche et Développement » pour Total Exploration et Production, étant son homologue pour Total.

Les thèmes scientifiques abordés concernaient : l’évolution thermique d’une marge ; la répartition spatiale et temporelle des dépôts d’un système sédimentaire au cours d’un cycle climatique ; la particularité d’un système carbonaté ; l’enregistrement du niveau marin ; la connexion au pied de pente de lobes et levées sédimentaires ; la part relative de divers facteurs (profil du canyon, nature et volume des sédiments) sur l’efficacité de transport des canyons ; l’influence de la nature des sédiments sur le comportement des hydrates ; la recherche de proxys pour la détection de panaches dans la colonne d’eau ; les écosystèmes associés aux sorties de fluides ; la biodiversité des plateformes carbonatées sous-marines, etc. Des actions Ifremer en cours seront prolongées (Golo, GuinecoMebo) ou amplifiées (Ptolémée) ; des actions Ifremer en attente (panaches aquitains) seront débloquées. Ce projet pluriannuel (cinq ans ou plus) sera structurant pour le département Ressources physiques et Écosystèmes du fond de mer et les unités Géosciences marines, Environnement profond, Recherches et Développements technologiques.

CONGOLOBE

Ce projet ANR (coordonné par le LSCE)  avait pour principal objectif l’étude des écosystèmes profonds des lobes terminaux de l’éventail sous-marin du Congo qui constituent, du fait d’apports considérables de matériel d’origine terrigène à très grande profondeur, un cas exceptionnel d’étude de la biodiversité et de la biogéochimie dans la région, mais aussi au niveau de l’océan mondial. L’objectif consiste à faire le lien entre la nature et la magnitude des apports de matière organique en provenance du fleuve Congo et les écosystèmes exceptionnels mis en évidence dans la zone terminale du canyon. En plus de la description de la biodiversité de ces écosystèmes, dont la composition biologique ressemble aux communautés chimiosynthétiques des pockmarks (zones actives d’émission de fluides riches en méthane), il s’agit d’étudier leur fonctionnement et quantifier le devenir des apports organiques du Congo comme source directe ou indirecte pour leur métabolisme. Cet écosystème pourrait être alimenté par les apports organiques du système canyon/chenal du Congo, leur diagenèse dans les premiers mètres de sédiment (ou plus en profondeur), qui pourraient s’accompagner de la genèse de fluides réduits riches en sulfure et en méthane. Ces composés réduits permettent une production microbienne chimioautotrophe et le développement de communautés biologiques qui en dépendent.

Le projet Congolobe repose sur deux campagnes : la campagne WACS (février 2011) a servi d’exploration de la zone des Lobes et la campagne CongoLobe (décembre 2012-janvier 2013), a associé géologues spécialistes de cet éventail sous-marin, géochimistes organiciens pour caractériser l’origine et la réactivité de la matière organique, géochimistes marins estimant le recyclage et la préservation des composés biogènes, microbiologistes étudiant la diversité et l’activité des bactéries et des archées du sédiment et des symbioses avec des invertébrés et biologistes précisant la distribution, biodiversité et fonctionnement des communautés faunistiques.

Aléas géologiques

MARSITE

Marsite est un programme européen d’étude des risques sismiques à Istanbul. En effet, la région d’Istanbul, peuplée de plus de quinze millions d’habitants, est fortement exposée au risque sismique, du fait de la présence de la faille nord-anatolienne en mer de Marmara. À ce titre, elle constitue une zone d’intérêt prioritaire (ou « supersite ») en Europe pour la surveillance des risques naturels. Dans ce contexte, l’Union européenne a décidé de financer (à hauteur de 7 millions d’euros) le programme « Marsite » dans le cadre d’un appel d’offres (Long-term monitoring experiment in geologically active regions of Europe prone to natural hazards: the Supersite concept). Coordonné par le Koeri, Marsite regroupe vingt-trois partenaires dont, pour la France : le BRGM, l’Ineris, l’Iffstar, le CNRS (Grenoble, Strasbourg, Brest) et l’Ifremer.

Le programme comprend différentes composantes : terrestre, spatiale et marine. La composante marine sera coordonné par l’Ifremer. Elle sera réalisée avec des moyens italiens (N/O Urania), turcs (N/O Yunuz de l’ITU) et français. La campagne MarsiteCruise, devrait avoir lieu en 2014 en mer de Marmara. Le programme Marsite constitue pour l’Ifremer un enjeu essentiel pour promouvoir le développement d’observatoires sous-marins multi-paramètres destinés à la surveillance de l’environnement et des risques naturels.

Extension du plateau continental juridique

POLYPLAC

La campagne Polyplac réalisée du 1er au 12 septembre 2012 sur le N/O L’Atalante fait partie du projet Extraplac, dont la finalité est la soumission et l’argumentation des demandes d’extension du plateau continental juridique français dans le cadre de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Cette campagne était la première opération du projet dans la région de Polynésie française et a concerné une zone située à l’est des Marquises. Elle s’est déroulée à bord du N/O L’Atalante, avec une équipe scientifique Ifremer constituée de personnel des centres de Brest et du Pacifique et de la délégation de Nouvelle-Calédonie. En vue de suivre les directives de constitution d’un dossier de demande d’extension, les objectifs prioritaires de la campagne Polyplac consistaient à caractériser le prolongement naturel à partir de la masse terrestre des îles Marquises jusqu’au rebord de la marge continentale et à fournir les éléments de caractérisation du « pied de talus », limite à partir de laquelle une extension à 60 milles peut être proposée. Dans ce contexte, la campagne Polyplac s’est basée principalement sur l’acquisition de données acoustiques multifaisceaux pour la cartographie de la région, associée aux données de magnétisme et de sondeur de sédiments et à des prélèvements à la drague à roche.