Hydromorphologie

L’état hydromorphologique des masses d’eau est évalué sur la base du degré d’altérations ou de perturbations, par les activités ou pressions anthropiques, des paramètres hydromorphologiques.

Pour rappel, les paramètres hydromorphologiques (soutenant les paramètres biologiques) des masses d’eau littorales, tels que définis par la DCE (2000/60/EC), sont:

  • Concernant les conditions morphologiques:
    • la variation de profondeur;
    • la structure et le substrat de la côte pour les masses d’eau côtières et la quantité, structure et substrat du lit pour les masses d’eau de transition;
    • la structure de la zone intertidale.
  • Concernant le régime des marées (à opposer au régime hydrologique des masses d’eau de surface continentales):
    • la direction des courants dominants pour les masses d’eau côtières et le débit d’eau douce pour les masses d’eau de transition;
    • l’exposition aux vagues.

L’état hydromorphologique des masses d’eau joue un rôle particulier, par rapport aux autres éléments de qualité, dans l’état écologique; il intervient en effet seulement pour différencier le Très Bon État (TBE) du Bon État (BE) écologique. De ce fait, la méthode d’évaluation de l’état hydromorphologique des masses d’eau littorales vise simplement à déterminer si leur état est en TBE ou non TBE hydromorphologique; le TBE étant défini comme correspondant à des conditions totalement ou presque totalement non perturbées (DCE, 2000/60/EC). Ainsi, selon cette définition, une masse d’eau ne peut donc s’écarter du très bon état que par une intervention anthropique, puisque toute autre modification fait partie de la dynamique naturelle (donc non perturbée) de ce système particulier.

Lors du premier plan de gestion, une méthode de classification de l’état hydromorphologique des masses d’eau littorales a été développée et utilisée au niveau national (Métropole, et DOM). Elle reposait sur une identification des pressions présentes dans chaque masse d’eau et l’avis d’experts locaux était sollicité pour évaluer, pour chaque pression et grâce à une grille de notation, les perturbations hydromorphologiques engendrées en termes d’étendue et d’intensité. À partir de ces notes d’étendue et d’intensité des perturbations induites, une règle de classement permettait d’évaluer si la masse d’eau était en TBE ou non TBE hydromorphologique.

Après avoir réalisé la classification du premier plan de gestion, une phase de réflexion a été lancée pour poser les bases de la surveillance hydromorphologique à mettre en place.

Les moyens permettant de mesurer directement les modifications hydromorphologiques (variation de profondeur, nature du fond...) induites par les activités ou occupations anthropiques ont été prioritairement recherchés. Le constat a montré d’une part que ce type de donnée n’existe pas ou très localement, et que leur acquisition, à un niveau de précision élevée permettant de voir les modifications, nécessiterait des moyens à la mer lourds et coûteux, qui ne peuvent pas être mis en place dans le cadre du programme de surveillance hydromorphologique DCE.

Il a donc été décidé d’évaluer l’occurrence de ces perturbations à partir des données sur les activités et occupations (en termes d’emprise sur le littoral). L’évaluation de l’état hydromorphologique des masses d’eau est ainsi basée sur le suivi des pressions anthropiques (présence/absence) et de leur importance(emprise et/ou intensité) pour dissocier le très bon état du non très bon état, sans avoir besoin de définir un état de référence.

La surveillance hydromorphologique proposée pour le deuxième plan de gestion se focalise donc sur le suivides pressions anthropiques présentes dans chaque masse d’eau, via l’utilisation de plusieurs métriques.Ces métriques, relatives à différentes perturbations, et les données utilisées pour leur évaluation sont présentées dans les deux tableaux suivants.

Métrique

Perturbation

Pressions considérées

Métrique

M1

Perte d’habitats (surfaces gagnées sur la mer)

Poldérisation, ouvrages portuaires,ouvrages, terres gagnées sur la mer

Surface perdue / Aire ME

M2 bis

Modification des échanges sédimentaires à la côte

Ouvrages de protection, ports,rechargement de plage...

Longueur de côte artificialisée par des protections ou aménagements / Longueur totale des côtes

M4 (1) et M4 bis (2)

Perturbation du fond (hors ouvrages côtiers)

Extraction de matériaux, dragage,clapage, conchyliculture, (pêche au chalut)

1) surface perturbée / Aire ME
(2) Pour la conchyliculture : surface Cadastre / surface Zone Intertidale

M5

Modification des apports d’eaux douces et de sédiments

Prélèvement d’eau, rejets, apport sédimentaire

Utilisation de Syrah_CE : classe d’altération la plus probable

Métriques

Données utilisées

Sources ou producteurs

Métrique 1

Surfaces gagnées sur la mer

Données créées par le BRGM à partir du Trait de côte Histolitt_v2 (SHOM) et des cartes d’Etat-major1820-1866 (IGN, disponible sur Géoportail)

Métrique 2 bis

BdD sur les ouvrages côtiers

Données DDTM : DDTM76, DDTM14, DDTM50, DDTM22, DDTM29, DDTM56, DDTM44, DDTM85, DDTM17

Données de l’Observatoire de la Côte Aquitaine

Données SIG-BAR (Programme Interreg IIIA)

Données CEREMA (dans le cadre de la SNGITC)

Métriques 4

Cadastres conchylicoles

Données SRDAM (2011) : DIRM Manche Orientale Mer du Nord, DIRM Nord Atlantique Manche Ouest

Données DDTM : DDTM17 et DDTM33

Extraction de granulats marins

IFREMER, disponibles sur SEXTANT

Immersions de matériaux de dragage

Données ponctuelles: CEREMA, disponibles sur Géolittoral
Données surfaciques: CEREMA

Métriques 4 bis

Surface d’estran

Données créées par le BRGM à partir du Trait de côte Histolitt_v2 (SHOM) et des laisses des plus basses eaux (IGN, BD Topo)

Métriques 5

Données SYRAH_CE

IRSTEA (données fournies par l’ONEMA)

Ces métriques ont été évaluées pour toutes les masses d’eau côtières de la façade Manche Atlantique et utilisées pour classer leur état hydromorphologique en 2016, un travail similaire est en cours pour les masses d’eau de transition de cette même façade. Cette méthode sera également utilisée dans les DOM en 2018 et 2019.

Initialement, lors du développement de la méthode de la surveillance hydromorphologique, il était prévu de définir des valeurs seuils pour chacune des métriques (et une règle de classement: one out all out par exemple) pour différencier le TBE du non TBE hydromorphologique. L’établissement de tels seuils n’a pas été possible d’un point de vue scientifique, l’utilisation du dire d’expert pour déterminer l’état hydromorphologique des masses d’eau (basé sur les valeurs des métriques) est donc toujours nécessaire.

Ainsi, la surveillance hydromorphologique actuelle, bien qu’elle permette de mieux appréhender la présence d’activités anthropiques potentiellement perturbantes pour l’hydromorphologie, présente de nombreuses limites quant à ces capacités à évaluer l’état de perturbation réel des masses d’eau. Ces métriques sont aujourd’hui incomplètes, car toutes les activités potentiellement impactantes ne sont pas encore prises en compte (dragage et pêche au fond par exemple). Des travaux en cours ou à mener devront permettre de réduire ces incertitudes en lien avec les travaux réalisés dans le cadre de la DCSMM.