L’état de la contamination chimique en Méditerranée : 20 ans de données passées au crible

Stabilité de la contamination chimique et des niveaux bas dans les zones côtières françaises de la Méditerranée : c’est la conclusion délivrée par le rapport récemment édité par l’Ifremer et l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Il s’appuie sur le décryptage de 20 ans de suivi des réseaux de surveillance. Cette nouvelle encourageante ne doit pas faire retomber la vigilance sur certains foyers de contamination persistante et l’apparition de substances émergentes.

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Une contamination majoritairement sous le seuil réglementaire

Il y a 20 ans, la connaissance des contaminants chimiques en Méditerranée restait limitée. La coopération scellée entre l’agence de l’eau et l’Ifremer a permis de mieux cerner le phénomène à la lumière des données de suivi fournies par les réseaux de surveillance dont le maillage s’est beaucoup resserré au fil des ans. Compilées dans un rapport, ces informations viennent d’être rendues publiques et concluent à une stabilité de la contamination chimique dans les zones côtières, qui restent pour la grande majorité des stations étudiées en-dessous des seuils réglementaires environnementaux. 

Les points de vigilance

Près des métropoles

Cette tendance positive reste cependant à nuancer avec des niveaux de contamination localement plus élevés, et dépassant parfois les seuils réglementaires environnementaux dans quelques sites bien identifiés au niveau des grandes métropoles régionales comme Marseille, Toulon, Nice, Villefranche et Bonifacio. 

A titre d’exemples, le plomb et les hydrocarbures (hydrocarbures polycycliques - HAP) sont plus présents dans les zones urbanisées car corrélés aux nombreuses activités humaines qui y sont implantées : circulation automobile, activité portuaire, raffinerie, etc. « Il faut souligner que les effort consentis les dernières décennies ont globalement porté leurs fruits, rappelle Marc Bouchoucha, chercheur en biologie au centre Ifremer de Méditerranée à la Seyne-sur-Mer, et ce malgré une augmentation générale de la population côtière » (voir encadré).

Les bénéfices du “sans plomb”.
En 1993, les scientifiques signalaient dans un rapport que la moitié environ du plomb apporté par les fleuves français provenait essentiellement de la combustion des essences et que le littoral de Provence-Côte d'Azur et les estuaires de la Seine et de la Loire étaient particulièrement contaminés. Sept ans plus tard, le plomb est banni de l'essence. Les effets sur le milieu marin ne tardent pas à se faire sentir. L'Ifremer et l'agence de l'eau observent, 6 mois après lors d'une campagne de surveillance, une chute de la concentration du plomb dans les moules “sentinelles” situées près des villes. Aujourd'hui, son niveau de concentration reste bas dans les moules et les poissons. Ce métal n'est plus problématique en Méditerranée excepté près de Marseille, Toulon et Nice où sa concentration dans les sédiments dépasse les normes environnementales en raison de rejets non épurés ou d'incidents historiques comme le sabordage de la flotte française lors de la Seconde Guerre mondiale.

Près d’anciens sites industriels

Dans certaines zones, les contaminations observées sont liées à un contexte historique comme les fortes concentrations en nickel du Cap Corse, héritage de l’ancienne mine d’amiante de Canari. Le nickel, comme d’autres substances chimiques, est ici prisonnier du sédiment. A l’occasion d’une remise en mouvement du sédiment, ce reliquat d’une activité industrielle passée peut alors être libéré dans le milieu marin avec d’éventuelles conséquences sur la biodiversité.

Mercure et PCB : un duo problématique

Une problématique majeure concerne les concentrations en mercure et en PCB qui touchent les animaux situés au sommet de la chaîne alimentaire. 

« Plus de 65 % des roussettes pêchées à la côte et 85 % des sébastes prélevés au large dans le cadre du réseau de surveillance CONTAMED présentent des niveaux de mercure supérieurs au seuil réglementaire sanitaire. C’est un métal très toxique, confirme Marc Bouchoucha, qui a la propriété de s’accumuler tout au long de la chaîne alimentaire ». S’il résulte à l’état naturel des feux de forêt ou des éruptions volcaniques, ce sont surtout les activités pétrolières, l’incinération des déchets et les activités minières qui précipitent son déversement dans l’eau de mer.

Autre source de préoccupation : les PCBs (Polychloribiphényles). Ces polluants organiques persistants ont longtemps été utilisés comme adjuvants dans les lubrifiants, peintures et encres ou encore dans les fluides hydrauliques ou caloporteurs. Interdits en France depuis 1987, leur présence reste attestée dans le sédiment. Les valeurs les plus élevées sont relevées à proximité des secteurs de Fos, de Marseille et dans la rade de Toulon. Les poissons du Golfe du Lion sont plus affectés que leurs congénères de Corse avec des dépassements de seuil chez le rouget et le merlu en zone côtière. Là-aussi le problème réside dans la capacité des PCB à s’accumuler durablement dans la chaîne alimentaire.

Ne pas baisser la garde

Il ne faut donc pas baisser la garde face à la contamination chimique car déjà d’autres substances émergentes se frayent un chemin vers la mer.

« Les efforts de surveillance doivent être maintenus et les réseaux sans cesse adaptés aux connaissances actuelles et aux enjeux de demain, souligne Philippe Riou, responsable du département scientifique Océanographie et dynamique des écosystèmes de l’Ifremer. Cette condition est nécessaire pour qu’ils demeurent des outils efficaces pour orienter le processus de décision en matière de lutte contre la pollution ». 

Prochain défi : savoir mesurer non seulement les polluants présents mais aussi leur effets toxicologiques et écotoxicologiques, afin de déterminer leurs impacts sur les organismes vivants comme sur les écosystèmes qui les abritent. Une Méditerranée scrutée en profondeur, c’est l’assurance d’une Méditerranée mieux protégée.