La pollution de l'océan par les plastiques

Les informations sur ce sujet sont alarmantes : les chiffres énormes, les images effrayantes. Et fleurissent des notions incertaines, « un 7ème continent de plastique », « un océan de plastique, sans poisson », ou encore des initiatives pour aller nettoyer la pleine mer méritant des éclaircissements scientifiques.

Échange avec François Galgani, océanographe spécialiste en sciences de l’environnement à l’Ifremer.

Quand les premiers signes de cette pollution par les plastiques ont-ils été repérés ?

En 1869, Jules Verne mentionnait déjà l'accumulation de débris dans la zone de convergence Nord Atlantique, dans le chapitre sur la Mer des Sargasses de l'ouvrage « Vingt mille lieues sous les mers ».  Il ne s'agissait alors pas de plastique, mais de cordages et bois travaillé. C'est en 1972 et 1974 qu’ont été publiés les premiers articles décrivant la présence de plastique dans les océans Pacifique et Atlantique Nord. En 1982, une première étude réalisée par le CNEXO(1) mentionnait la présence de débris sur les plages françaises, suivie en 1995 des premiers travaux à grande échelle sur les fonds marins. En 1997, une association et son responsable, Charles Moore,  imageait la présence de plastiques dans les gyres par la notion d’île ou de « continent de plastique ». Depuis, les travaux scientifiques ont permis de mieux préciser la nature de cette pollution, notamment la présence de fragments, d’acquérir une meilleure connaissance du cycle du plastique et des risques associés, notamment les impacts sur l'environnement et la santé humaine. 

On imagine souvent une île formée de bouteilles, de sacs, de bidons... Il s’agit en fait d’une "soupe" constituée d’une multitude de microplastiques d’un diamètre inférieur à 5 millimètres.

On entend dire parfois "un océan où il y aurait plus de plastique que de poissons", est-ce une prophétie qui va se réaliser ?

Il s'agit d'une image qui compare l'incomparable. D'abord, les plastiques sont en surface et sur les fonds quand les poissons sont surtout dans la colonne d’eau. Par ailleurs, il convient de noter que le stock de poisson n'est pas statique comme celui du plastique. En d’autres termes, chaque année, la production de poissons est de l'ordre de centaines de millions de tonnes alors que le stock de plastique évolue peu.  Enfin, les prévisions ne tiennent pas vraiment compte de la dégradation du plastique en mer, celle ci étant très mal connue. Il n'en reste pas moins, qu'il y aura toujours trop de plastique.

Des idées fleurissent pour lutter contre ce problème majeur comme des voiliers collecteurs. Faut-il se mobiliser pour aller chercher les plastiques en mer ?

Les initiatives de ramassage au large, par des voiliers ou des barrages flottants, relèvent plus de l'aventure sportive humaine que de préoccupations environnementales car c’est près du littoral que les quantités de déchets plastiques sont les plus importantes, de loin. Il convient de noter que la plupart de ces plastiques du large sont dégradés et non recyclables. Enfin, les systèmes proposés risquent de collecter également une partie de la faune de surface, petites tortues et autres organismes....  En fait, ramasser les déchets  en mer n'a de sens que si les déchets collectés ont de la valeur. Des filets de pêche sur les fonds peuvent être recyclés ou réparés, ce qui justifie une collecte si les coûts sont supportables. De manière plus indirecte, ramasser les déchets sur les plages rehausse la valeur patrimoniale d'un site et augmente sa fréquentation.