8 juin, Journée Mondiale des Océans - Qui veut d'un océan de plastiques ?

« Océan Propre », thème de la Journée Mondiale des Océans 2018.

L’océan joue un rôle primordial sur le climat et dans notre subsistance. Véritable poumon de notre planète, il fournit la plupart de l'oxygène que nous respirons et constitue une source importante de nourriture et de médicaments.  Il est donc important de sensibiliser le public sur la place fondamentale qu’il occupe et sur l'impact négatif des activités humaines. La pollution par les déchets plastiques est une des conséquences alarmantes de ces activités.

« Micro-plastiques / maxi-impacts »

A l’Ifremer, des équipes de chercheurs étudient depuis de nombreuses années l’impact de cette pollution plastique, notamment :

  • la manière dont ces différents types de plastique se comportent au fil des années dans le milieu marin, se fracturant en millions de micro-plastiques puis en particules ultra-microscopiques, les nano-plastiques, que l’on retrouve partout…
  • les conséquences de cette pollution sur les écosystèmes marins : faune et  flore et en particulier, les produits de la mer que nous mangeons.

Qui veut d’un océan de plastiques ?

Jeter les déchets dans la nature n’est pas sans conséquence car leur durée de vie peut atteindre des centaines ou milliers d'années. C’est le cas de certains polymères plastiques qui composent par exemple les cartes téléphoniques (1000 ans) ou les lignes de pêche (600 ans). Cette durée de vie est augmentée si ces déchets se trouvent en profondeur.

Un problème global

20 millions de tonnes de déchets issus des continents terminent dans la mer chaque année : parmi eux, 8 à 18 millions de tonnes sont des plastiques. Ces déchets proviennent à 80% des terres, transportés par les fleuves et les rivières ou rejetés sur les plages et depuis les villes côtières (d'après le Ministère de l'Environnement, les usagers des plages produisent en moyenne un kilo de déchets par personne et par jour) et 20% proviennent de la mer (pêche, plaisance, transport maritime). Leur concentration peut augmenter de 75% sur certaines zones littorales pendant la saison estivale.

Les déchets plastiques peuvent flotter et ainsi dériver sur des centaines ou milliers de kilomètres, jusque dans des zones très peu peuplées ou pas du tout peuplées comme au-delà du cercle polaire arctique par exemple. La première estimation globale et complète, publiée fin 2014, a révélé que l’ensemble de la pollution de la surface des océans est évalué à 5,25 mille milliards de particules flottantes, soit 269 000 tonnes de plastique.

D'autres déchets coulent et s'accumulent au large des grandes villes ou des zones où l’activité littorale est forte. Mais on en retrouve aussi jusque dans des fosses de grandes profondeurs au milieu des océans.

L’invasion des micro-plastiques

Le plastique, matériaux non biodégradable, ne disparait pas dans la nature mais se fragmente en micro particules: ce qu'on appelle les microplastiques, dont la taille est inférieure à 5mm. Il proviennent de granulés industriels dévolus à la production d’objets plastiques ou de la fragmentation en petits morceaux de macro-déchets plastiques. Ils vont flotter ou se mélanger aux sédiments des fonds marins et ont des conséquences à toutes les échelles.

L’impact sur l’environnement et l’économie

L’ingestion des plastiques par les organismes marins, y compris les invertébrés (mollusques par exemple), est l’un des impacts le mieux décrit. On estime que 690 espèces sont affectées par les déchets, dont 260 sont connues pour en ingérer. Cette ingestion peut provoquer des mortalités conséquentes de certaines populations d'espèces particulièrement sensibles. En dehors de cas d'occlusions intestinales et de quelques rares espèces qui peuvent les retenir très longtemps, l'excrétion des plastiques ingérés est la règle. Elle a lieu après quelques heures pour les espèces du plancton, quelques jours pour les invertébrés ou quelques semaines pour les tortues et a pour conséquence de limiter le risque de transfert le long de la chaîne alimentaire ainsi que les risques liés à consommation humaine. Mais il reste à déterminer les effets des polluants chimiques et organiques tels que les PCB, DDT, phénols présents dans les plastiques, ingérés ou en contact avec les organismes vivants. Chez les huîtres par exemple, le taux de fécondation des spécimens exposés aux microplastiques est inférieur de 41% à ceux qui ne sont pas exposés (étude Ifremer 2016). Par ailleurs, les larves accusent un retard d'environ 20%...

L'emmêlement est un autre problème majeur. Certains outils de pêche (filets maillants, trémails, filets sur épaves, casiers, etc.), endommagés ou usés, qui sont rejetés ou abandonnés, peuvent continuer à tuer des organismes marins pendant des années. Les poissons et crustacés, oiseaux, les mammifères marins et les tortues sont les organismes les plus sensibles.

Risque supplémentaire : la dissémination des pathogènes et des espèces invasives. Les microplastiques sont de véritables radeaux pour les micro-organismes et le transport d’espèces vers des zones où elles n’étaient pas présentes auparavant. Ces espèces nouvelles pour un écosystème, peuvent bouleverser l’équilibre biologique des régions qu’elles colonisent. Un seul morceau de plastique de 4 mètres échoué sur les côtes du Canada, venu du Japon suite au tsunami de 2011, comptait 54 espèces nouvelles pour les écosystèmes nord-américains! De plus, les micro-plastiques pourraient véhiculer des micro-organismes pathogènes (virus, bactéries) susceptibles de contaminer les élevages marins.

Comprendre en 2 minutes le processus de fragmentation du plastique

Quelles sont les mesures de lutte efficaces ?

Maîtriser les déchets d’origine marine est une mesure qui a fait ses preuves : l'amélioration des infrastructures portuaires de collecte, la pêche aux déchets et la collecte des engins de pêche abandonnés. Pour les déchets d'origine terrestre, l’inclusion des déchets dans les plans de gestion municipaux, une gestion améliorée (recyclage) incluant l’interdiction des rejets notamment dans les zones touristiques, la régulation des flux d‘eaux usées ainsi que les primes ou taxes sur l'abandon des ordures, sur la fréquentation de certains sites ou sur les sacs d'emballages devraient permettre de baisser considérablement les apports.

Le nettoyage des sites littoraux et la production éthique de plastique (Interdiction de sacs à usage unique, guides d‘emballage, élimination de certain produits (microbilles), cotons-tiges en papier/carton, responsabilité accrue des producteurs) complètent les principaux dispositifs de même que la sensibilisation du public et l'éducation, à un niveau plus général.

Bien que les scientifiques commencent à avoir une bonne évaluation du problème, les mesures de gestion et de prévention ne se développent que peu à peu, alors que la quantité de déchets produits, elle, augmente sans cesse. Nos choix quotidiens de consommation ne constituent-ils pas alors, le premier levier d’action pour préserver l’océan ?


Pour en savoir plus sur les recherches de l'Ifremer sur les déchets en mer, plastiques et microplastiques

Conférence

Conférence

Projet Merlin

Communiqué de presse

Communiqué de presse

Communiqué de presse

Ailleurs sur le web :

Site officiel de la journée : http://www.un.org/fr/events/oceansday/

Site du projet de recherche européen H2020 : https://www.responseable.eu/

Des images des fonds marins pollués, campagne Cyatox 1995/Ifremer : https://www.youtube.com/watch?v=JkLBjebbifU