Explorer les grands fonds : mieux connaître pour mieux protéger

Marie-Anne Cambon Bonavita

L’océan profond représente 79 % du volume de la biosphère marine. C’est un environnement encore difficile d’accès, qui reste l’un des moins bien connus de la planète. Jules Verne avait lancé en son temps la «mode» du récit d’expéditions en mer. Au-delà de la fiction et du fantasme, que sait-on aujourd’hui de l’océan profond, le plus vaste écosystème de la planète ?

Le grand public est familiarisé avec l’océan de surface mais il l’est moins avec le domaine abyssal dont l’étendue sur les 2/3 de la surface du globe le rend difficilement accessible. Au milieu des années 1970, l’idée d’un milieu très homogène, peuplé par une faune de petite taille, peu dense mais très variée, prédominait. Des résultats récents ont montré que, malgré l’absence de lumière, et donc de production photosynthétique, la biomasse benthique abyssale présentait une très grande biodiversité. Sur les 5 à 30 millions d’espèces abritées dans la biosphère, environ 1,7 million d’espèces animales sont aujourd’hui répertoriées.

La campagne océanographique BICOSE (Biodiversité, Interactions, Connectivité et Symbioses en milieux Extrêmes) qui s’est déroulée en janvier-février 2014 sur le navire Pourquoi pas ? a mené une série d’études multidisciplinaires intégrées sur les sites hydrothermaux de la ride médio-Atlantique. Les objectifs de cette mission étaient de caractériser les sites et les habitats, de décrire la biodiversité de la macrofaune aux microbes, de comprendre les cycles de vie et la dispersion larvaire, et d’étudier l’écophysiologie des espèces sur des modèles choisis : la crevette Rimicaris exoculata et la moule Bathymodiolus puteoserpentis.

Le choix des milieux hydrothermaux 
Les milieux hydrothermaux, qui contrastent avec les «déserts abyssaux», présentent un intérêt scientifique multiple. Les microorganismes qui colonisent ces milieux présentent des caractéristiques remarquables
(croissance à très haute température, haute pression, composés originaux et thermostables…), qui les prédestinent à des applications en biotechnologie.
La diversité et la richesse en microorganismes (bactéries, archées, virus, plasmides, champignons, micro-eucaryotes), mises en évidence par les approches moléculaires, montrent l’ampleur du travail qui reste à réaliser afin de décrire la dynamique et le fonctionnement de ces écosystèmes, fondés sur la chimiosynthèse. La connectivité entre les sites et les échanges possibles soulèvent la question de la répartition des espèces sur le globe dans les profondeurs et sur des sites éphémères et dispersés.