Après la découverte, l’exploration du Titanic…

L’expédition américaine de 1986

En juillet 1986, une nouvelle mission est programmée. Faute de budget, l’Ifremer doit renoncer à y participer. En effet, la campagne n’étant pas proprement scientifique, l’Ifremer ne peut la mener que sur des capitaux privés. Ces capitaux n’ont pas pu être réunis avant l’été, seule saison réunissant des conditions météorologiques favorables pour réaliser l’opération.
Dirigée par Robert Ballard de la WHOI et parrainée par la marine américaine, l’expédition américaine met en œuvre le sous-marin habité Alvin de la marine américaine mis au point par la WHOI, couplé avec son robot Jason junior, équipé d’une petite caméra vidéo.
Cette expédition bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle. À cette occasion, les milieux scientifiques et le grand public manifestent leur déception de ne pas voir revenir à la surface des objets gisant sur le site, les uns cherchant des informations précises, les autres, souhaitant voir préserver des témoignages de cette grande tragédie.
La France dispose à travers l’Ifremer, du fleuron de la technologie mondiale avec le sous-marin habité Nautile, équipé de son robot d’intervention Robin. La société Taurus International, société française spécialisée dans les interventions offshore, qui s’occupe de la commercialisation exclusive des moyens de l’Ifremer, a décidé de relever le défi et d’organiser une nouvelle expédition, visant à remonter des objets.

L’expédition franco-américaine de 1987 : vitrine de la technologie de pointe française

En 1987, les capitaux nécessaires pour couvrir les frais de l’expédition ont été réunis. L’Ifremer a conclu, avec l’aide de la société Taurus International, un contrat d’affrètement avec la société Oceanic Research Exploration Ltd, société de droit anglais rassemblant des investisseurs privés européens et nord-américains. L’objet du contrat est l’exploration de l’épave du Titanic et la récupération d’objets sur le fond. Le contrat stipule que les objets recueillis ne pourront être vendus. Ils ne pourront être utilisés qu’à des fins exclusives d’exposition (ils sont destinés à une vaste exposition itinérante ou pour différents musées).
En cette année du 75ème anniversaire du naufrage, une nouvelle équipe franco-américaine appareille donc en juillet à bord du Nadir, navire de l’Ifremer, pour deux mois de recherche et de reconnaissance. Le submersible habité Nautile est mis à contribution ainsi que son robot d’introspection Robin et un ensemble de moyens de relevage d’objets immergés par grande profondeur. Le Nautile français a été préféré à l’Alvin américain, car ses capacités de prélèvement ont été jugées meilleures.
Du 25 juillet, date de la première plongée, au 9 septembre 1987, le Nautile a effectué 32 plongées en 44 jours totalisant plus de 150 heures passées sur le fond. C’est un record pour le sous-marin qui depuis sa première campagne Kaïko en 1985 au Japon n’a jamais réalisé autant de plongées en si peu de temps. Le bilan de l’expédition est extrêmement positif du point de vue technique.
Plus de 10.000 photos et des kilomètres de bandes vidéo ont été prises et tournées sur l’épave par les caméras du Nautile et par celles du Robin. Ce dernier, guidé au bout de son cordon ombilical de 70 m par l’équipage du submersible de l’Ifremer, a pu pénétrer pour la première fois à l’intérieur de l’épave, dévoilant l’immensité des cales, des ponts, et la majesté du grand escalier, malgré les concrétions de rouille.
Plus de 800 objets ont été remontés en utilisant soit le panier du Nautile, soit des paniers navettes autonomes de capacité variable (150 kg à 4 tonnes). La conservation des objets est assurée par leur stockage dans des bacs d’eau de mer en attente de leur traitement par électrolyse ou électrophorèse.

 

Les expéditions de 1993 à 1998

Après l’expédition de 1987, les campagnes sont interrompues avant de reprendre par une série de missions en 1993, 1994, 1996 et 1998, effectuées dans le cadre d’un contrat avec la société américaine RMS Titanic.
L’opération « Titanic 93 » a débuté le 27 mai à bord du Nadir et au départ de Toulon. Le Nadir a rejoint le site de l’épave le 8 juin. En 15 jours sur zone, le Nautile a effectué 15 plongées et a passé 88 heures sur le fond. Différentes cales ont été inspectées ainsi qu’une importante brèche sur tribord. Le robot Robin donne les premières images de la salle à manger et des salons de première classe du navire.
Mise en oeuvre de l'ascenseur autonome.Environ 3000 photos ont été prises sur l’épave. Près de 800 objets, allant du dé à coudre au bossoir d’embarcation de survie pesant 1600 kg, ont été remontés et immédiatement placés en état de préconservation avant traitement à terre. Les plus volumineux ont été stockés dans un bac de 10m3 installé sur le Nadir. Ces objets ont été récupérés avec l’aide d’ascenseurs. Une baudruche à gasoil de 12m3 a permis de remonter les charges les plus lourdes.
Pierre Papon, alors président de l’Ifremer, a déclaré à propos de cette campagne : « Ayant été partie prenante dans la découverte initiale et la récupération d’objets de l’épave du Titanic, nous sommes extrêmement satisfaits de cette nouvelle opération qui commence, qui permettra à un large public de voir de plus près cette tragédie. C’est une occasion unique pour l’Ifremer de mettre en œuvre ses moyens techniques les plus performants pour l’intervention sous-marine, tel le submersible Nautile et la transmission acoustique d’images. Notre souci est également de participer à la protection de cette épave historique, qui fait partie du patrimoine universel. »
En 1994, le Nautile et son navire de soutien, le Nadir, arrive sur zone le 12 juillet. Le submersible effectue une plongée quotidienne sur l’épave et le champ de débris qui l’entoure. Lors des campagnes Titanic 1996 et 1998, le petit robot télécommandé Robin a pénétré dans les profondeurs du navire « jusqu’à 5 étages sous le pont principal », précise Pierre Valdy, responsable de la mission 1998.
La campagne de 1998 a permis de remonter pour la première fois un énorme fragment du Titanic, la « big piece » : un morceau de coque d’environ 8 mètres sur 7, pesant 16 tonnes. La tôle rouillée est percée de 4 hublots dont trois sont en parfait état. L’opération de levage qui avait échoué une première fois en 1996, s’est révélée techniquement très difficile. Il a fallu 6 jours pour fixer à la pièce – grâce au bras manipulateur du Nautile –, une chaîne de levage et 6 flotteurs de 18 mètres cubes chacun remplis de fuel et donc plus légers que l’eau. Le 10 août, la plaque, qui s’était détachée du pont des premières classes lors du naufrage, est remontée en une demi-heure, treuillée par L’Abeille supporter, bâtiment de soutien armé par l’Ifremer.
Le Nautile a, durant cinq étés, réalisé 120 plongées et remonté près de 3000 objets. Il faut saluer l’ingéniosité dont il a fallu faire preuve afin de « remonter un vase de cristal sans le casser, un vitrail du grand salon sans le déformer et une tôle de quinze tonnes sans la découper ! (1)» .

 

(1) Dominique GIRARD, Les sous-marins jaunes, une histoire de l’exploration des grands fonds, éditions editoo.com, 2002

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