L’expédition franco-américaine « Titanic 1985 » : la découverte

Après des essais « grande profondeur » du SAR réalisés avec succès au cours du 3ème trimestre 1984 au large des côtes portugaises (entre 4800 et 5100 mètres), l’Ifremer et la WHOI concluent en décembre 1984 un accord baptisé « Étoile blanche » (White Star, du nom de la compagnie qui affrétait le Titanic). Cet accord engage les deux instituts à associer leurs efforts, mettre en commun leurs moyens navals en vue de retrouver, d’identifier, puis, en cas de succès, d’explorer l’épave du Titanic.
Avant toute intervention en mer, une question doit cependant être résolue : sur quelle zone doivent se focaliser les recherches ?
Des recherches historiques et océanographiques sont menées préalablement. Ainsi, l’analyse des deux commissions d’enquête, des livres de bord des navires ayant été mêlés à l’événement, la synthèse des témoignages, la prise en compte des données météorologiques des 13, 14 et 15 avril 1912, et l’étude des courants permanents qui affectent ce secteur, ont permis de définir une zone de recherche de 400 km2 (20 km x 20 km) à environ 400 milles (740 km) au sud-est de Saint-Pierre et Miquelon.

80% de la zone de recherche explorée par la mission françaiseLe SAR sur le pont du Suroit

La campagne est préparée minutieusement. Elle débute le 10 juillet 1985 sur zone par la mission française en deux étapes à bord du navire Le Suroît. Conduite par Jean-Louis Michel, ingénieur à l’Ifremer, cette mission met en œuvre la technologie du sonar latéral avec son SAR. Le 7 août quand se termine sur zone la seconde étape de la mission, le Suroît et son « poisson » remorqué, le SAR muni d’un magnétomètre, ont ratissé plus de 80% de la zone déterminée, soit 320 km2 sur 400 km2.
Les équipes américaines, dirigées par le Professeur Robert Ballard, de la WHOI, vont relayer leurs partenaires français pour explorer les 80 km2 restants. Ils arrivent sur zone le 25 août. Le navire Knorr, appartenant à la marine américaine, accueille à son bord, outre les ingénieurs et techniciens américains de la WHOI, trois ingénieurs français qui assureront l’interface avec les deux missions précédentes. Les américains procèdent à une recherche visuelle à partir de caméras sous-marines montées sur deux engins sous-marins, l’Angus et l’Argo, mis en œuvre à partir du bateau.

Le 1er septembre 1985, c’est la découverte de l’épave.

Alors qu’il ne reste plus que 3 jours de campagne, le « hourra » de la victoire est crié par tout l’équipage du Knorr. À une heure du matin le 1er septembre, alors qu’il observait le moniteur vidéo, Jean-Louis Michel, ingénieur Ifremer, vit apparaître l’image d’une énorme chaudière enregistrée par la caméra vidéo montée sur l’Argo.
Cette énorme chaudière métallique posée à coté de hublots et d’un morceau de bastingage, est parfaitement reconnaissable malgré 73 années passées sous l’eau. Quelques centaines de mètres plus loin, les caméras découvrent le jour suivant successivement des débris épars puis l’épave brisée en deux. Recouverte seulement par une mince couche de sédiments, elle repose à 650 km au sud-est de Terre-Neuve, par près de 4000 mètres de fond dans un paysage doucement vallonné surplombant un petit canyon. Douze mille clichés vont être pris par l’engin équipé de trois caméras.

Les technologies les plus avancées mises en œuvre

Schéma d'intervention du SAR sur le fond.Remorqué au bout d’un câble à 70 mètres au-dessus des fonds marins par son navire support Le Suroît, le SAR (Système Acoustique Remorqué) de Thomson SINTRA est équipé d’un sondeur de sédiment et d’un sonar latéral. Ce système d’imagerie permet de donner une image précise du fond de la mer jusqu’à 6000 mètres par l’utilisation des ondes acoustiques. Le fond est exploré par un faisceau acoustique. Le faciès (vaseux, sédimentaire, sableux caillouteux ou rocheux), les accidents de relief ou les objets reposant sur le fond renvoient les ondes dont les données sont calculées afin de présenter à un opérateur des images représentant leur forme. À chaque passage, le SAR « visualise » une bande d’un kilomètre de large.

À une cinquantaine de mètres derrière le SAR, un magnétomètre du CEA/LETI était disposé dans un poisson remorqué. La magnétométrie permet une localisation très précise de la recherche d’épaves ou d’objets perdus en mer. Elle est la mesure du champ magnétique. Si l’on mesure le champ magnétique terrestre avec une très grande précision, on peut déceler de petites variations locales dues à la présence de corps plus ou moins magnétiques situés à proximité.

L’opération « Titanic », première phase du programme d’intervention sur épave de l’Ifremer

Outre l’aspect prestigieux de la découverte du Titanic, une autre motivation guidait l’Ifremer dans cette opération : celle de se préparer à réagir face à un naufrage de navire transporteur de cargaisons dangereuses, par grand fond. En effet, jusqu’alors, aucune mesure ou presque n’était prise concernant les épaves immergées présentant un risque majeur de pollution par hydrocarbure ou par produit chimique, afin de rendre possible leur neutralisation. Toute action dans ce domaine nécessite au préalable une détection et une inspection de l’épave, opération d’autant plus délicate que la profondeur est importante.

La méthodologie de recherche et d’inspection testée grandeur réelle sur l’épave du Titanic constituait donc la première phase d’un programme de recherche de l’Ifremer baptisé « intervention sur épave ». Ce programme s’attachait à étudier les moyens permettant la reconnaissance, l’inspection, puis le colmatage, le confinement ou le découpage d’une épave ainsi que l’éventuel relevage de tout ou partie de la cargaison.

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