Les scientifiques de l’Ifremer et de Genavir se souviennent

De 1985 à 1998, les ingénieurs de l'Ifremer et les pilotes de Genavir ont participé aux missions Titanic. Des premiers traits de sonar en 1985 à la remontée d'une grosse pièce de la coque en 1998, en passant par l'exploration des vastes salles du transatlantique avec le sous-marin de poche Robin, ces moments de vie professionnelle restent des souvenirs omniprésents dans les mémoires de celles et ceux qui ont vécu cette aventure.
L’Ifremer a souhaité conserver ces souvenirs et les partager par le biais d’un film-témoignages, accessible sur son site internet www.ifremer.fr. Les pilotes, ingénieurs et techniciens qui témoignent dans cette vidéo de 40 minutes, sont pour certains, encore en activité au Centre Ifremer Méditerranée de La Seyne sur mer. Voici quelques-uns de leurs portraits :

Jean Jarry,

Responsable en 1985 de l'expédition franco-américaine « Etoile Blanche »
Ingénieur Supélec, aujourd'hui à la retraite, Jean Jarry a voué sa carrière à l'océanographie au sein du Centre national de la recherche scientifique, puis du Centre national pour l'exploitation des océans (CNEXO), devenu Ifremer en 1984.
Chargé en 1963 de l'instrumentation scientifique du bathyscaphe Archimède, il participe à toutes ses campagnes. En 1967, il descend à 9260 mètres dans la fosse du Japon, devenant ainsi l'un des huit bathynautes les plus profonds du monde.
Il contribue ensuite à la conception et à la réalisation du Nautile. En 1985, il organise et dirige, en coopération avec la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), l'expédition franco-américaine qui découvre l'épave du Titanic. Il achève son parcours comme directeur du Centre Ifremer Méditerranée. Il est l'auteur de « L'aventure des bathyscaphes. Marins, ingénieurs et savants au plus profond des mers » (Editions du Gerfaut).

Jean-Louis Michel,

Chef de la mission « Titanic » en 1985 sur Le Suroît et co-chef de mission sur le Knorr : « Le grand moment, le 1er septembre à une heure du matin, c'est gravé dans ma tête pour la vie »

Ingénieur de l'École centrale de Lille et diplômé de l'IAE d'Aix en Provence, il se destinait à être entrepreneur, mais sa passion pour la mer a été la plus forte. De l'Archimède au Victor 6000 en passant par l'Epaulard, il a contribué au développement des moyens d'accès aux grands fonds par des sous-marins habités puis en lançant la filière des robots sous-marins. Entre conception et opération, c'est toujours dans l'eau qu'il a voulu répondre aux besoins des scientifiques.
Jean-Louis Michel a été chef de la première mission de recherche de l'épave du Titanic en 1985, à bord du navire Le Suroît. En collaboration étroite avec l'équipe américaine de Robert Ballard, il a mené à bien le quadrillage de la zone de recherche à l'aide de moyens à la mer uniques à l'époque, comme le Sonar Acoustique Remorqué et un magnétomètre. Il a ensuite été co-chef de mission avec Robert Ballard sur le navire américain Knorr qui a poursuivi la recherche sur zone. Il était chef de quart lors de la découverte de l’épave à 1h du matin, le 1er septembre 1985. En 1998, il dirige à terre les équipes qui vont permettre le direct de épave sur la chaîne américaine Discovery Channel et la remontée d'une très grosse partie cassée de la coque.
Après la Direction du département « Systèmes Sous-marins », Jean-Louis Michel a assuré le poste de Chargé de mission pour les Affaires Régionales en Provence Alpes Côte d'Azur et la responsabilité du projet de bâtiment du Centre Européen de Technologies Sous-Marines.
 Retrouvez le portrait intégral de Jean-Louis Michel, sur le portail « Mémoire » : http://wwz.ifremer.fr/memoire/La-technologie-marine/Jean-Louis-Michel

Pierre Cochonnat,

Géologue embarqué sur Le Suroît pour étudier les instabilités sédimentaires des fonds océaniques en 1985 : « Cette mission nous a permis de monter par la suite de nombreuses collaborations scientifiques avec nos collègues américains et canadiens »

Pierre Cochonat occupe aujourd'hui le poste de Directeur Adjoint de la Direction Scientifique de l'Ifremer.

Claude Toutoux,

Responsable de la partie "informatique – navigation" en 1985 : « À cette époque, il n'y avait pas de GPS et très peu de calculateurs ».
Informaticien, passionné par la mer, Claude Toutoux a rejoint le CNEXO en 1981. Il a participé à tous les développements informatiques des engins de l'Ifremer.
En 1985, il s'est occupé du suivi du sonar remorqué au fond, et a participé au positionnement acoustique du SAR.
Aujourd'hui, Claude Toutoux est au Service « Ingénierie des Logiciels Embarqués » de l'Unité de Recherche « Navires et Systèmes Embarqués » à La Seyne sur Mer en charge de l'informatique du Nautile.

Jean-Paul Justiniano,

Pilote Nautile lors de la mission de 1987. Il a effectué les premières plongées sur le Titanic : « Quand on est arrivé sur l'épave, on s'est retrouvé face à elle, avec les deux ancres visibles de chaque côté... C'est un sentiment indescriptible ».
Embauché au sein de l'armateur Genavir en qualité d'électronicien, Jean-Paul Justiniano a plongé pour la première fois en 1984, avec la soucoupe Cyana, sur une épave antique au large du Levant (Toulon), contenant des amphores.
En 1987, il participe aux premières plongées Nautile sur le Titanic à partir de l'ancien navire support des sous-marins, le Nadir. Aujourd'hui, Jean-Paul Justiniano est Chef opérationnel du Service « Engins » à Genavir à La Seyne sur Mer.

Guy Sciarrone,

Pilote Nautile ayant le record de plongées sur le Titanic : « J'ai eu l'honneur de plonger avec Buzz Aldrin ».
Diplômé d'une maîtrise de sciences & techniques en télécommunications, Guy Sciarrone, actuellement à la retraite, est entré au CNEXO en juillet 1972, attaché à la soucoupe plongeante SP 3000, baptisée ensuite Cyana. A la création du GIE Genavir en 1976, il devient responsable technique Cyana. Fin 1982, il est associé au projet SM97 (coopération Ifremer - DCN Toulon).
Guy Sciarrone suit la construction du SM97, qui deviendra le Nautile. Une équipe complète est détachée au montage et aux essais des équipements dans les bâtiments du Certsem (Arsenal de Toulon), avec les plongées « essais évaluation » fin 1984. Il est responsable technique et Chef pilote Nautile jusqu'en 1996. Il devient ensuite Chef du service « Navigation Assistance » et responsable technique des engins Griffon et Erato.
Sur les missions Titanic, Guy Sciarrone est en 1987, responsable technique et pilote Nautile (9 plongées). Il fait partie de l'équipage de la première plongée, le 24 juillet, avec une immersion à 3787 m. Il est responsable technique et pilote Nautile lors des missions en 1993 (6 plongées) et en 1994 (10 plongées). En 1996, il plonge 13 fois sur l'épave avec le Nautile.

Pierrette Duformentelle,

Électronicienne et seule femme à bord du Suroît en 1985 : « Tout le long de la recherche de l'épave, la mer était très belle et ressemblait à un lac où on se reflétait »
Pierrette Duformentelle a été embauchée, en qualité d'électronicienne, au Centre National pour l'Exploitation des Océans (Cnexo) en octobre 1984 un lundi, pour embarquer le vendredi suivant, pendant deux semaines, sur le navire Marion Dufresne pour des essais grands fonds avec l'engin SAR.
Aujourd'hui, Pierrette Duformentelle est technicienne en électronique et acoustique au Service « Positionnement, Robotique, Acoustique et Optique » de l'Unité de Recherche « Systèmes Sous-Marins » à La Seyne.

Henri Martinossi,

Responsable du Sonar Acoustique Remorqué à bord du Suroît en 1985 : « Chaque fois qu'on prenait un quart, on se disait : c'est moi qui vais le trouver ! »
Aujourd'hui, Henri Martinossi est ingénieur au Service « Systèmes Électroniques Électriques Embarqués » de l'Unité de Recherche « Systèmes Sous-Marins » à La Seyne.

Jean-Pierre Chopin,

Présent sur le navire Abeille Supporter en 1998, pour la récupération d'une très grosse partie cassée de la coque. « On a retransmis en direct toute la vidéo qui avait été filmée sur l'épave »
Aujourd'hui, Jean-Pierre Chopin vient de prendre sa retraite.

Yann Houard,

Responsable de la mise en œuvre du Robin, robot d'inspection relié au Nautile : « Avec le Robin, on voit bien la succession des ponts, on voit encore ces luminaires pendus par leurs câbles, ça c'est fantastique ! »
Aujourd'hui, Yann Houard travaille au Service Opérationnel de la Direction des Engins Sous-Marins à Genavir, à La Seyne.

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