Thématique générale

Cette thématique pose de manière globale le problème du maintien (au moins) de l’approvisionnement de produits alimentaires d’origine aquatique sous la contrainte de multiples pressions anthropiques et dans un contexte de dégradation et de perte de productivité d’un grand nombre d’écosystèmes parmi les plus productifs et situés dans les zones d’interface entre océan et continent.

Elle proposera d'examiner les solutions en relation avec la protection des zones naturelles dans lesquelles les habitats existant depuis les temps géologiques ont permis aux populations naturelles de s'installer et de prospérer. La création des zones protégées des activités trop souvent destructrices de l'homme et leur entretien s'est faite de façon différente en France et au Japon. La comparaison des solutions choisies sera d'un grand intérêt.

Pour la France, et plus généralement pour l’Union Européenne, ce questionnement doit se repositionner dans le cadre de la nouvelle Politique Commune des Pêches (PCP) et sa mise en cohérence avec le pilier environnemental de la Politique Maritime Intégrée : la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM) dont l’objectif est de restaurer d’ici à 2020 un bon état écologique (ou environnemental) des écorégions marines européennes. Parmi les 11 descripteurs du bon état écologique (BEE) figurent la biodiversité, les espèces exploitées, les réseaux trophiques, les espèces invasives, l’intégrité des fonds marins, les effets des contaminants et leur présence dans les aliments d’origine marine.

Pour le Japon, le secteur de la pêche est, comme en Europe et en France, en voie de régression, mais constitue encore avec ses 200 000 pêcheurs et aquaculteurs, un secteur d’importance social et économique majeur. 95% des 120000 entreprises de pêche et d’aquaculture sont déployées en eaux côtières et emploient une main d’œuvre locale et familiale.

Au Japon comme en Europe ce secteur souffre d’un épuisement des ressources halieutiques régionales. La production en organismes marins qui était de l’ordre de 11 millions de tonnes dans les années 1980, n’était plus que de 5,7 millions de tonnes en 2006 et de 5,4 millions de tonnes en 2009 pour une consommation intérieure de 7,2 millions de tonnes. Ainsi comme l’Europe et la France, le Japon est fortement déficitaire en produits de la mer et importe une grande part de sa consommation.

Le Japon depuis 2007 a développé une politique de la pêche caractérisée par différents objectifs : restauration des stocks ; redynamisation des activités de la pêche pour assurer la durabilité du secteur ; renforcement de la dynamique de la filière des produits de la mer autour de la transformation, distribution et consommation ; développement et application de nouvelles technologies ; développement de concepts d’exploitation nouveaux basés sur d’anciennes pratiques protégeant les milieux naturels.

Ce pays a une longue expérience de l’aménagement intégré de sa zone côtière autour du concept de «Sato-Umi» (ou village marin) qui permet d’associer plus directement les pêcheurs professionnels regroupés en coopératives, à l'exploitation raisonnée des milieux naturels marins. Ainsi, les composantes écologiques, économiques et sociales sont intégrées dans le respect de la conservation d’un patrimoine maritime.

C’est un pays soumis à de fortes contraintes naturelles. De graves séismes et puissants tsunamis affectent fortement les écosystèmes et ont amené les chercheurs et gestionnaires japonais à développer des techniques de restauration et de remédiation environnementale très diversifiées : récifs artificiels, soutiens d’effectifs, aquaculture d’espèces variées,…  

L’approche écosystémique est ainsi en Europe comme au Japon largement mise en œuvre à différents niveaux : local, régional et national et la comparaison des approches à partir d’exemples choisis et constitue l’une des bases thématiques de la partie du 15ème Colloque franco-japonais d’Océanographie qui se déroulera à Boulogne sur mer et à Marseille.