Les défis pour une pêche durable

 

 

Le contexte

158 millions de tonnes (Mt), c’est la production mondiale de poissons, mollusques et crustacés issue, en 2012, de la pêche (91Mt) et de l’aquaculture (67Mt - FAO, 2014). 136 Mt sont destinées à la consommation humaine, ce qui donne un approvisionnement moyen de 19,2 kg de poisson par habitant.

Le reste (22 Mt) est destiné à des fins non alimentaires (farine et huile de poisson).

La production mondiale de poisson a augmenté régulièrement au cours des cinq dernières décennies ; cependant cette augmentation est essentiellementdueà l’aquaculture qui représente aujourd’hui 42% du total. Il faut également noter que la proportion de produits de la pêche destinés à la consommation humaine a augmenté, passant de 71% dans les années 1980 à plus de 86% en 2012.Une proportion grandissante delafarine de poisson est désormais fabriquée à partir de déchets de poisson qui, auparavant, étaient souvent jetés.

Il existe une grande différence entre l’aquaculture et la pêche : le contrôle de l’élevage, la domestication des espèces, les droits de propriété,… Mais la différence la plus frappante est queplus de60% du volume de la production aquacole provient de milieux d’eau douce ou saumâtre, alors que la production halieutique est à90près de 90% d’origine marine.Plus précisément,L’origine géographique est également très différente70% des captures de la pêche proviennent de quatre grandes régions océaniques (Pacifique nord-ouest, Pacifique sud-est, Atlantique nord-est et Pacifique centre-ouest), tandis que 70% de la production aquacole est chinoise, 90% avec les autres pays d’Asie et du Pacifique.

Avec une production halieutique de près de 6 Mt, l’Union européenne occupe le 3ème rang mondial en 2005 derrière la Chine (17 Mt) et le Pérou (9 Mt). Il faut cependant noter qu’au cours de la décennie 1997-2006, le total des prises déclarées par les pays de l’UE a décru de 26%, passant de 7,6 à 5,7 Mt. Le Danemark, l’Espagne, le Royaume-Uni et la France réalisent ensemble la moitié de ces prises.

La France fait partie des grands « pays pêcheurs » de l’Union européenne. Depuis les années 90, les pêcheries françaises débarquent en moyenne 600 000 t/an (1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour 560 000 t en 2005, valeur ajoutée : 690 millions d’euros). L’approvisionnement annuel de produits aquatiques est en moyenne de 36 kg / habitant, composé d’environ 60% de poissons de pêche.

En 2007, le bilan des échanges commerciaux français de produits de la pêche et d’aquaculture se solde par un déficit de 2,5 milliards d’euros. Le tiers seulement de la consommation française est satisfait par la production nationale.

L’activité et la richesse créées par la petite pêche côtière irriguent et structurent le tissu socio-économique des nombreux territoires littoraux et insulaires bordés par les eaux de la ZEE française, la 2ème plus grande du monde : les bateaux de moins de 12 m de longueur constituent les trois-quarts des 5200 navires de la flotte de pêche métropolitaine française auxquels il faut ajouter les 2400 unités des DOM (et 80% des 90 000 navires de la flotte de pêche de l’UE), mais représentent seulement un tiers du chiffre d’affaires de la pêche métropolitaine (hors Méditerranée).

 

Les défis

L’augmentation de la demande – conjuguée à la libéralisation du commerce international – entraînera une pression accrue sur les ressources et nécessitera le renforcement des mesures de conservation, telles que la protection d’habitats « sensibles » par exemple, et de régulation de l’accès aux ressources halieutiques, comme la généralisation des droits d’usage individuels, dans un contexte de réduction des subventions des capacités de capture et de l’effort de pêche, d’augmentation des coûts de production, conséquence du renchérissement de l’énergie, et de changement climatique global.

Le constat que la surexploitation des ressources halieutiques des mers européennes est la conséquence de la surcapacitéchroniquede la flotte de pêche,est maintenant largement partagé. Cette situation critique résultede l’insuffisance des mesures de conservation (contingentement des captures et/ou de l’effort de pêche, mesures techniques) et du contrôle de leur application, et surtout de l’absence de couplage de ces mesures avec des règles de partage entre exploitants du potentiel de production des écosystèmes.est maintenant largement partagé.

Pour contrecarrer la logique des comportements individuels en situation de concurrence (« tragédie des communs ») et maîtriser la capacité de pêche, la communauté halieutique internationale prône la mise en place de « droits à produire » subordonnés à des objectifs de gestion (par exemple le rendement maximal durable inscrit dans plusieurs accords internationaux).

La viabilité à long terme de l’exploitation des ressources aquatiques est de surcroît tributaire de l’intégrité des fonctionnalités des écosystèmes, que les réseaux d’aires marines protégées (AMP) visent à préserver.

L’approche écosystémique englobe la protection de la biodiversité dans la gestion spatialisée des différents usages du milieu marin (tourisme, activités minières, transport,…). Elle donne la cohérence de l’ensemble des mesures de gestion de la pêche et intègre la conservation des ressources vivantes et de leurs habitats à l’objectif de création de richesses. En résumé, l’approche écosystémique des pêches c’est « réconcilier conservation et exploitation ».

L’enjeu est donc bien la viabilité des pêches. Cet enjeu fonde une orientation stratégique de long terme (concilier durablement la conservation des ressources et des écosystèmes avec l’efficience économique et sociale) qui, dans l’Union européenne est celle de la Politique Commune de la Pêche (PCP).

Cette politique à long terme doit répondre aux engagements multilatéraux signés lors du Sommet mondial pour le développement durable : mettre en œuvre l’approche écosystémique des pêches et de l’aquaculture et réduire l’érosion de la biodiversité (2010), mettre en place un réseau ‘représentatif’ de zones marines protégées (2012), exploiter les stocks halieutiques au ‘rendement maximal durable’ (2015).

Pour répondre aux nombreuses attentes et questions d’ordre socio-économique du monde de la pêche, l’Ifremer a mis en place, au sein du département Ressources Biologie et Environnement(RBE), des actions qui visent à améliorer les connaissances et asseoir une expertise la plus pertinente possible au service de la société.

L’Ifremer travaille en étroite collaboration avec ses ministères de tutelle, et notamment celui chargé de la Pêche, et développe de nombreux partenariats avec les professionnels de la pêche et de l’aquaculture.

Les aquaculteurs et les halieutes de l’Ifremer sont engagés dans de nombreuses collaborations scientifiques nationales (GDR, UMR…) avec de nombreuses universités, instituts de recherche (l’INRA, IRD), ou école ( Agrocampus-Ouest) .