Exploitation durable des tannes nues et des prairies à halophytes : émergence de nouvelles filières alimentaires et non-alimentaires

Valorisation alimentaire des ressources

L’agriculture biosaline (culture des plantes halophytes) est une réalité dans de nombreux pays (Abdelli et al., 2008 ; Chedly et al., 2006 ; Kauffmann, 2004) notamment en Chine « boisson bioénergétique » (P.Qin, 1998) et aux Etats Unis « huile de table » (Glenn, . et al., 1991). Ainsi, la métropole développe une activité sur les salicornes à des fins de consommation humaine « légumes cocktails » après avoir sélectionné génétiquement une espèce: S.obscura (Le Goff, 1999). Cette production visant le marché haut de gamme est encore négligeable en comparaison de l’activité de cueillette (5000t/an-Rungis). Ce marché est en plein essor et la France doit se tourner vers les importations de la salicorne fraîche mais sauvage d’Amérique du sud.

La salicorne (Sarcocornia quinqueflora) ou le pourpier (Sesuvium portulacastrum) présents en Nouvelle-Calédonie pourraient faire l’objet d’une cueillette artisanale saisonnière par les populations mélanésiennes, essentiellement des femmes, qui exploitent déjà ces zones (crabes, huîtres palétuviers, etc.…) ou d’une exploitation agricole pour les variétés les plus performantes comme cela est pratiqué en métropole avec le concours d’organisme tels que le CREAA (Centre Régional Expérimentation et Application Aquacole de Poitou Charente) ou le LEBHAM (Laboratoire d'Ecophysiologie et de Biotechnologies des Halophytes et des Algues Marines de l’Université de Bretagne Occidentale) qui collaborent déjà avec l’Ifremer.

La culture des halophytes en tant que fourrage pour le bétail est une pratique courante au Moyen Orient (Masters et al., 2007 ; Shaer, 2006). Elle pourrait intéresser la Nouvelle Calédonie en proie à de fréquentes ruptures de stocks de foin « traditionnel » lors des sécheresses. Par ailleurs, la substitution programmée (Programme DEDUCTION II Ifremer 2011-2015) d’une partie des farines animales par des végétaux dans l’alimentation des crevettes pourrait s’inspirer des travaux déjà accomplis sur les tourteaux d’halophytes formulés pour des espèces voisines (De la Lanza et al., 1986 ; Martinez-Palacios , 2003).

« La salicorne peut être élevée au rang de symbole du développement durable. Non parce que demain le monde entier en consommera et que les zones salines reverdiront, apportant ainsi une source de revenus aux populations locales. Mais bien parce que Salicornia représente une révolution radicale dans les modes d’irrigation » (Kauffmann, 2004)

Valorisation non-alimentaire

Matières organiques pour l'élevage

La production d’halophytes à des fins d'engrais vert et de matière organique est très développée dans les pays arides et a bénéficié d’un programme d’aide important de nombreux instituts agronomiques dont l’International Center for Biosaline Agriculture (ICBA), l’International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA) , l’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (ICRISAT) et l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique). Cette ressource mériterait d’être appréhendée par l’agriculture calédonienne limitée par des sols peu fertiles (Programmation 2011-2015 IAC).

Biodiesel

La plupart des pétroliers sont engagés dans la recherche sur les biocarburants. Ces groupes poursuivent des travaux en partenariat sur différentes filières et technologies innovantes de bioénergies et biocarburants, en approfondissant en particulier :

  • l’évaluation de nouvelles bases carburants issues de ressources renouvelables et la formulation de carburants incorporant des quantités croissantes de biocarburants ;
  • l’évaluation du potentiel et des conditions de mobilisation de bio ressources (cultures énergétiques, coproduits et résidus d’activités agricoles, forestières et industrielles...).

Les salicornes Salicornia bigelovii font l’objet d’une production pilote de biodiesel au Mexique (projet 500000 ha à terme) avec un rendement à l’hectare annoncé de 1900 l contre 500 l pour le soja (société GSI - Global Seawater Inc).

Détoxification

En métropole, le recours aux plantes pour traiter les sols et les sédiments pollués devrait se développer significativement dans les prochaines années. L'utilisation privilégiée des phytotechnologies est inscrite dans loi Grenelle 1. Ce signal fort devrait donner une nouvelle impulsion à la recherche et aux applications concrètes. Les halophytes ont été largement employés pour la détoxification des sols salés pollués par les métaux en Europe centrale (Toderich et al., 2006). En Nouvelle Calédonie, les protocoles de dépollution des sols salés par les plantes devraient être envisagés sérieusement et se développer notamment, grâce à la valorisation de la biomasse produite.

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