Perspectives
Validation de l’approche
Avant toute valorisation, il est nécessaire de mieux connaître la représentativité réelle de ces données. Idéalement, une étude sur des zones couvertes par plusieurs engins permettrait de comparer les différentes réalités observées et de voir s’il est possible de combiner les informations issues de différents engins (chalut perche, GOV, dragues, bennes, images). Ainsi les images acquises lors de la campagne IBTS 2010 seront exploitées. Les espèces identifiables sur les vidéos acquises seront répertoriées et la composition spécifique obtenue par vidéo sera comparée avec celle obtenue par chalutage. Cette comparaison donnera lieu à une analyse critique des avantages et inconvénients des deux méthodes et de leur représentativité. Une typologie des communautés obtenues par chaque méthode pourra être réalisée et la distribution spatiale de chaque assemblage pourra être cartographié à l’aide de techniques géostatistiques et l’utilisation de SIG.
Suivi écologique
Ces données pourraient servir à une représentation indirecte de l’habitat. En effet, en intégrant tous les invertébrés benthiques aux études d’assemblages, on augmente la diversité fonctionnelle décrite et on décrit mieux le fonctionnement de l’écosystème. De tels suivis pourraient permettre de mettre en place un indicateur de changement du système comme la mise en valeur du suivi annuel de campagnes halieutiques (Data Collection Framework) en les intégrants à la directive cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM).
Biodiversité fonctionnelle
L’utilisation de groupes fonctionnels définis sur la base des traits de vie présente une alternative aux approches taxonomiques classiques pour décrire la biodiversité fonctionnelle et le niveau trophique d’un habitat. Les principaux traits de vie de chaque espèce seront décrits et l’utilisation de méthodes multivariées novatrices[1] permettront d’évaluer directement la relation entre les groupes fonctionnels et l’environnement. Ainsi, l’approche descriptive des assemblages mégabenthiques et démersaux sera complétée par une approche fonctionnelle, c'est-à-dire une estimation des capacités fonctionnelles des assemblages décrits précédemment. En couplant cette approche avec des données VMS pour la valider, ceci permettrait de mettre en évidence une augmentation ou une diminution de l’effort de pêche.
Dynamique temporelle et cascade trophique
La Manche est un écosystème depuis longtemps impacté par les activités de dragage ou de chalutage. Il est supposé qu'un fort impact de pêche détruirait l'endofaune et serait (comme en Mer du Nord) favorable aux carnivores et nécrophages (type Nassarius ou Buccinum et décapodes Pagurus et Macropipus)[2]. L’utilisation des données anciennes disponibles sur une période de plus de 40 ans permettrait de tester cette hypothèse de changement entre endofaune de filtreurs et déposivores et épifaune vagile carnivore-nécrophage. Cette étude permettrait de définir des niveaux de sensibilité des espèces épibenthiques aux activités de dragage ainsi que des cartes de sensibilité des habitats benthiques. De même, le changement de la diversité fonctionnelle et du niveau trophique benthique et de quelques espèces de poissons benthivores sur cette période de temps sera également évalué[3]. Cette étude devrait permettre d’évaluer quelle partie de la mégafaune profite des impacts (labourage) des engins traînants et de vérifier si elle constitue un cul de sac trophique.
Lien avec les habitats halieutiques
Enfin, la relation entre les assemblages d’invertébrés benthiques et de poissons benthiques et démersaux pourra également être explorée[4]. Les observations des invertébrés benthiques faites à partir de chalutage pourront être utilisées comme prédicteurs de la distribution des espèces halieutiques dans le cadre de la modélisation des habitats optimaux de ces espèces. Ces développements particuliers sont en lien avec le thème « habitats halieutiques ».
Le développement de ces perspectives fera l’objet d’un post-doctorat financé dans le cadre du projet COMANCHE et en collaboration avec le laboratoire Environnement Ressources de Bretagne Nord (Ifremer, Dinard).
[1] Legendre, P., Galzin, R. and Harmelin-Vivien, M. (1997) Relating behaviour to habitat: solutions to the fouth corner problem. Ecology 78: 547-562. [2] J.K. Pinnegar, J.K., Polunin, N.V.C., Francour, P., Badalamenti, F., Chemello, , R., Harmelin-vivien, M.-L., Hereu, B., Milazzo, M., Zabala, M., d'Anna, G., Pipitone, C. (2000) Trophic cascades in benthic marine ecosystems: lessons for fisheries and protected-area management. Environmental Conservation 27: 179-200 [3] Greenstreet, S.P.R. and Rogers, S.I. (2000) Effects of fishing on non-target fish species. In Kaiser M.J. and de Groot B. (Eds.). Effects of Fishing on Non-Target Species and Habitats: Biological, Conservation and Socio-economic Issues(Blackwell Science, Oxford, UK) pp. 217–234. [4] ter Braak, C.J.F. and Schaffers, A. P. (2004) Co-correspondence Analysis: A new ordination method to relate two community compositions. Ecology 85: 834-846.
