Toxi-Infection Alimentaire Collective (TIAC)

TIAC

Définition

Une Toxi-Infection Alimentaire Collective (TIAC) est définie par la survenue d’ «au moins deux cas groupés, d’une symptomatologie similaire, en général digestive, dont on peut rapporter la cause à une même origine alimentaire».
Les foyers de TIAC peuvent être diffus, dans le cas où l’investigation établit le lien entre plusieurs foyers de TIAC liés à un même aliment, largement distribués sur le territoire.
Les TIAC sont soumises à une déclaration obligatoire (DO) auprès des autorités sanitaires départementales, soit la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS), soit la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP). L’analyse et la synthèse des données sont réalisées par l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS).

Caractéristiques épidémiologiques

Evolution des déclarations

En France entre 1996 et 2008 8974 foyers de TIAC ont fait l’objet d’une déclaration aux autorités sanitaires, soit en moyenne 690 foyers par an. Sur cette période de 13 ans, on a recensé 113755 malades parmi lesquels 9666 ont nécessité une hospitalisation et 60 décès ont été déplorés.

Figure 1 : Evolution annuelle du nombre de foyers de Toxi-Infections Alimentaires Collectives en France de 1996 à 2008 (source : G. Delmas et al. INVS).

Comme le montre la figure 1, la période de 2006 à 2008 a été marquée par un accroissement significatif du nombre de déclarations de foyers de TIAC par rapport à la période 1996 – 2005. L’élaboration et la diffusion en 2004 du logiciel WINTIAC de gestion des signalements de TIAC et d’aide à l’investigation a largement participé à cet accroissement du nombre de déclarations en raison de son efficacité opérationnelle. Cependant, on peut raisonnablement penser que ces chiffres sont largement sous-estimés en raison de déclarations anormalement faibles des foyers familiaux comparés aux données d’autres pays.

Les chiffres ci-dessus soulignent l’impact sanitaire considérable des Toxi-Infections Alimentaires dont les incidences économiques et financières n’ont pas fait l’objet en France d’évaluation précise, contrairement aux pays anglo-saxons. Ainsi, S. HOFFMANN et al. (2012) évaluent à 75 milliards de dollars le coût des Toxi-Infections Alimentaires aux Etats-Unis pour les 14 principaux pathogènes mis en cause. Pour leur part, D. GADIEL et P. ABELSON (2010) estiment le coût des Toxi-Infections Alimentaires induit par les six principaux pathogènes (Salmonella, Yersinia, Listeria, Campylobacter, Norovirus et E.coli producteur de shiga-toxines) en Nouvelle Zélande à 162 millions de dollars. En Angleterre, le coût des Toxi-infections Alimentaires fleurte avec les 1,5 milliard de livres Sterling et les autorités sanitaires ont engagé une stratégie de réduction des maladies induites par la consommation de denrées alimentaires sur la période 2010 – 2015.

Les principaux agents responsables


Figure 2 : Importance des agents non identifiés dans les cas de TIAC en France de 1996 à 2008 (source : G. Delmas et al. INVS)

Sur la période considérée, l’agent responsable de toxi-infections alimentaires a été mis en évidence dans 3496 foyers soit dans 39% des cas (figure 2). Il a été suspecté sur des critères cliniques et épidémiologiques dans 3231 foyers (36%) et la proportion des agents responsables non identifiés s’élève à 25%. Ce dernier chiffre, moyenne sur 13 ans, masque une variabilité importante puisque la période 1996-2005 montre un pourcentage d’agents inconnus de seulement 18.9% contre 36.5% sur la période 2006-2008.

Parmi les agents identifiés et suspectés de TIAC, les salmonelles s’avèrent le plus souvent incriminées sur l’ensemble de la période 1996 – 2008 avec 36,6% de cas. Toutefois, si ces pathogènes ont été majoritairement responsables des TIAC pendant des décennies, la période 2006-2008 (figure 3) voit émerger l’accroissement de Staphyloccocus aureus (28,8%) supplantée les salmonelles (24,7%). La figure 3 souligne également un pourcentage plus élevé de Toxi-infections liées à Bacillus cereus, à l’histamine ainsi qu’aux virus sur la période 2006-2008.


Figure 3 : Proportion des agents identifiés et suspectés de TIAC France au cours de 2 périodes (source : G. Delmas et al. INVS).

Les denrées alimentaires sources de contamination

Parmi les toxi-infections alimentaires déclarées en France entre 1996 et 2008, aucun aliment n’a pu être ni incriminé, ni suspecté dans 2918 foyers soit 32.6% des cas (figure 4). Cette figure souligne également la prévalence des catégories « œufs et ovoproduits » (17.3%) et « autres aliments » (15.9%) dans l’apparition des TIAC. Les coquillages, quant à eux, représentent 4.9% des cas sur la même période.

Figure 4 : Pourcentage respectif des aliments incriminés ou suspectés de TIAC entre 1996 et 2008 (source : G. Delmas et al. INVS).

Les différentes catégories d’aliments responsables de ces TIAC présentent de réelles spécificités sanitaires que la figure 5 ci-dessous met en exergue. Ainsi, la responsabilité des œufs et des ovo- produits a été établie dans 53% des cas de salmonelloses. Parmi les TIAC dues à l’entéro-toxine staphylococcique produite par Staphylococcus aureus, les plats cuisinés sont le plus fréquemment mis en cause (25.9%). Les produits marins, dans leur ensemble (poissons, crustacés et coquillages), ont été reconnus comme responsables de 1112 foyers deTIACs (12.4%). Pour les poissons et crustacés, 66,8% des cas de toxi-infections alimentaires sont répertoriés dans la catégorie « autres agents ». Pour ces produits de la mer, l’agent le plus souvent mis en cause est l’histamine, produit de la dégradation d’un acide aminé, l’histidine.


Figure 5 : Agents identifiés ou suspectés et aliments incriminés ou suspectés de Toxi-Infections Alimentaires Collectives déclarées en France entre 1996 et 2008 (source : G. Delmas et al. INVS).

Un focus sur les coquillages laisse apparaître que seuls 435 foyers soit 4,9% font l’objet d’une déclaration de toxi-infection alimentaire collective, chiffre qui oscille annuellement entre 2 et 5%. On constate également une absence d’agents incriminés dans 17% des cas (figure 6) ce qui est légèrement inférieur au chiffre cumulé des aliments pris dans leur ensemble (25%). Les salmonelles ne représentent plus que 10% des foyers de TIACs entre 1996 et 2008, supplantées par les virus (38%) et la catégorie « autres agents ».Dans cette catégorie, on recense une autre spécificité des coquillages en terme de santé publique, l’impact des phycotoxines, toxines produites par certaines espèces de micro-algues.

Figure 6 : Toxi-infections alimentaires liées aux coquillages : principaux agents identifiés ou suspectés en France de 1996 à 2008 (source : G. Delmas – INVS).