Le REMI en Finistère

Contexte, objectifs et mise en œuvre du REMI

Le milieu littoral est soumis à de multiples sources de contamination d'origine humaine ou animale : eaux usées urbaines, ruissellement des eaux de pluie sur des zones agricoles, faune sauvage (figure 1). En filtrant l'eau, les coquillages concentrent les microorganismes présents dans l'eau. Aussi, la présence dans les eaux de bactéries ou virus potentiellement pathogènes pour l'homme (Salmonella, Vibrio spp, norovirus, virus de l'hépatite A) peut constituer un risque sanitaire lors de la consommation de coquillages (gastro-entérites, hépatites virales).

Figure 1 : Les sources de contamination microbiologique

Les Escherichia coli, bactéries communes du système digestif sont recherchées comme indicateurs de contamination fécale. Le temps de survie des microorganismes en mer varie suivant l'espèce considérée (deux à trois jours pour Escherichia coli à un mois ou plus pour les virus) et les caractéristiques du milieu (température, turbidité, ensoleillement).

Le classement et la surveillance sanitaire des zones de production de coquillages répondent à des exigences réglementaires (figure 2).

Figure 2 : Exigences réglementaires microbiologiques du classement de zone

[Règlement (CE) n° 854/2004 (1), arrêté du 6 novembre 2013 (2)  pour les groupes de coquillages]

Le REMI a pour objectif de surveiller les zones de production de coquillages exploitées par les professionnels, et classées A, B ou C par l'administration. Les classements des zones de production de coquillages du Finistère sont issus d’un arrêté préfectoral n° 2012361-003 du 26 décembre 2012 portant classement de salubrité et surveillance sanitaire des zones de production des coquillages vivants dans le département du Finistère.

Sur la base du dénombrement des Escherichia coli dans les coquillages vivants, le REMI permet d'évaluer les niveaux de contamination microbiologique dans les coquillages et de suivre leurs évolutions, de détecter et suivre les épisodes de contamination. Il est organisé en deux volets :

  • Surveillance régulière en Finistère

Un échantillonnage mensuel, bimestriel ou adapté (exploitation saisonnière) est mis en œuvre sur les 56 points de suivi dont deux pour deux taxons. Les analyses sont réalisées suivant les méthodes NF V 08-106 (3) ou ISO/TS 16 649-3 (4). Les données de surveillance régulière permettent d'estimer la qualité microbiologique de la zone. Le traitement des données acquises sur les 10 dernières années permet de suivre l'évolution des niveaux de contamination au travers d’une analyse de tendance.

En plus de l'aspect sanitaire, les données REMI reflètent les contaminations microbiologiques auxquelles sont soumises les zones. Le maintien ou la reconquête de la qualité microbiologique des zones implique une démarche environnementale de la part des décideurs locaux visant à maîtriser ou réduire les émissions de rejets polluants d'origine humaine ou animale en amont des zones. Ainsi, la décroissance des niveaux de contamination témoigne d’une amélioration de la qualité microbiologique sur les 10 dernières années, elle peut résulter d'aménagements mis en œuvre sur le bassin versant (ouvrages et réseaux de collecte des eaux usées par exemple, stations d'épuration, systèmes d'assainissement autonome…). A l'inverse, la croissance des niveaux de contamination témoigne d'une dégradation de la qualité dans le temps. La multiplicité des sources rend souvent complexe l'identification de l'origine de cette évolution. Elle peut être liée par exemple à l'évolution démographique qui rend inadéquats les ouvrages de traitement des eaux usées existants, ou des dysfonctionnements du réseau liés aux fortes pluviométries, aux variations saisonnières de la population (tourisme), à l'évolution des pratiques agricoles (élevage, épandage…) ou à la présence de la faune sauvage.

  • Surveillance en alerte

Trois niveaux d'alerte sont définis correspondant à un état de contamination.

  1. Niveau 0 : risque de contamination (événement météorologique, dysfonctionnement du réseau…)
  2. Niveau 1 : contamination détectée
  3. Niveau 2 : contamination > 46000 E. coli/100 g CLI ou persistante

Le dispositif se traduit par l’information immédiate de l'administration afin qu'elle puisse prendre les mesures adaptées en terme de protection de la santé des consommateurs et par une surveillance renforcée jusqu'à la levée du dispositif d'alerte, avec la réalisation de prélèvements et d'analyses supplémentaires.

Le seuil microbiologique déclenchant une surveillance renforcée est défini pour chaque classe de qualité (classe A : >230 Escherichia coli /100 g de CLI ; classe B : >4 600 Escherichia coli /100 g de CLI ; classe C :> 46 000 Escherichia coli /100 g de CLI).

Estimation de la qualité microbiologique

L’estimation de la qualité microbiologique de la zone est déterminée (A, B, C) suivant les seuils définis par le Règlement (CE) n°854/2004 pour les zones disposant d’un nombre de donnée suffisant sur les 3 dernières années (24 données minimum pour les zones suivies à fréquence mensuelle ou adaptée, 12 données minimum pour les zones suivies à fréquence bimestrielle).

  • L’estimation de la qualité microbiologique ; elle est exprimée par point. La qualité est déterminée sur la base des résultats des 3 dernières années calendaires (au minimum 24 données sont nécessaires lorsque le suivi est mensuelle ou adaptée, ou 12 lorsque le suivi est bimestrielle. Trois niveaux sont définis :
  1. Qualité bonne : 100 % des résultats sont inférieurs ou égaux à 230 E. coli/100 g CLI ; de niveau de qualité A ;
  2. Qualité moyenne : au moins 90 % des résultats sont inférieurs ou égaux à 4 600et 100 % des résultats sont inférieurs ou égaux à 46 000 E.coli/100 g CLI; de niveau de qualité B ;
  3. Qualité mauvaise : 100 % des résultats sont inférieurs ou égaux à 46 000 E.coli/100 g CLI ; de niveau de qualité C ;

Si l’estimation de la qualité ne répond pas aux critères réglementaires pour les zones classées A, B ou C, la qualité est estimée très mauvaise (dès qu’un résultat dépasse 46 000 E.coli/100 g CLI) et la zone ne peut être classée.

Une analyse de tendance est faite sur les données de surveillance régulière : le test non paramétrique de Mann-Kendall. Le test est appliqué aux séries présentant des données sur l’ensemble de la période de 10 ans. Le résultat de ce test est affiché dans un tableau récapitulatif de l’ensemble des points (tableau 1).

Tableau 1 : Résultats REMI - Analyse de tendances et qualité microbiologique des points

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(1) Règlement CE n° 854/2004[1] du 29 avril 2004, fixe les règles spécifiques d’organisation des contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine.

(2) Arrêté du 6 novembre 2013 relatif au relatif au classement, à la surveillance et à la gestion sanitaire  des zones de production et des zones de reparcage des coquillages vivants.

(3) Norme NF V 08-106 - janvier 2002. Microbiologie des aliments - Dénombrement des E.coli présumés dans les coquillages vivants - Technique indirecte par impédancemétrie directe.

(4) Norme XP ISO/TS 16 649-3 - décembre 2005. Microbiologie des aliments - Méthode horizontale pour le dénombrement des Escherichia coli beta-glucuronidase-positive - Partie 3 : technique du nombre le plus probable utilisant bromo-5-chloro-4-indolyl-3 beta-D-glucuronate