HERMINE

Halieutique, Environnement et Recherche sur les MIcroalgues Natives ou Exotiques

Contexte

Ce projet concrétise la collaboration entre le Muséum national d'Histoire Naturelle et l'Ifremer suite au programme PIDETOX, développé au sein du CPER 2006-2013 sur le site de Concarneau. Pour le MNHN, il se place également dans sa volonté de renforcer ses stations marines (manche et Atlantique Nord-est) en créant un "Service des station marines du Muséum" pour répondre aux défis sociétaux de préservation de la biodiversité marine et de protection durable des habitats marins.

Elaboré à l'origine par l'Ifremer LER/BO pour le CPER 2014-2020, ce projet porté par le MNHN est consacré à l'étude et l'évaluation de l'impact des micro-algues toxiques ou nuisibles sur les larves de poissons, de bivalves ou de gastéropodes, notamment commerciaux. Ce projet collaboratif entre le MNHN et Ifremer à Concarneau est en adéquation avec la révision du plan stratégique de l'Ifremer et  pleinement dans les missions et compétences du MNHN (référent national pour la biodiversité et l'environnement).

Soutenu par la Région Bretagne, ce projet bénéficie de subventions pour l'achat d'équipements lourds (microscope électronique, séquenceur haut débit et réfection des salles d'écophysiologie).

La station de biologie marine du Muséum national d'Histoire Naturelle à Concarneau s'est spécialisée et possède aujourd'hui une audience internationale dans le domaine de l'étude de la biodiversité faunistique marine (diversité spécifique des poissons et invertébrés, en particulier mollusques et annélides) et de la diversité structurelle (habitats benthiques rocheux).

L'équipe Ifremer, implantée au sein de la station depuis début 2012 est internationalement réputée pour sa capacité d'identification des microalgues marines. Ensembles, ces deux équipes travaillent depuis 2005 à l'identification morphologique et génétique de ces algues. Fort de ces spécialités complémentaires, le groupement de recherche constitué par ces deux équipes souhaite développer un programme ambitieux de recherche sur la fonctionnalité des écosystèmes marines en proposant cinq axes de recherche portant sur les interactions entre les microalgues  potientiellement toxiques et les autres compartiments de l'écosystème.

Objectifs scientifiques et technologiques

L'évaluation de la diversité biologique marine ne peut aujourd'hui de cantonner à l'identification des organismes adultes, en particulier du macrobenthos ou du macropélagos. Il convient désormais d'être à même de caractériser les organismes à leurs différents stades de développement (en particulier au niveau du plancton) et d'établir les interactions entre ces organismes et entre les différents compartiments (benthos/pélagos, micro/macro, phyto/zoo). C'est le but que se fixe ce groupement de recherche en orientant plus particulièrement les travaux en aval des points forts existant : microflore, poissons et invertébrés.

Pour le seul secteur mytilicole, les pertes directes de produits commercialisables pour cause de proliférations de microalgues nuisibles sont comprises au niveau européen entre 15 et 62 millions d'euros par an. Dernier exemple en date, la paralysie de la production et de la commercialisation en rade de Brest durant les mois de juillet et août 2012, due à la prolifération d'Alexandrium minutum à des concentrations jamais observées sur la Région (40 à 50 millions de cellules par litre d'eau).

En 2011, un rapport du parlement européen (1) note dans ces recommandations :"... la gestion classique des ressources marines comporte d'importantes limites, puisqu'elle ignore souvent les interactions tant au sein des chaînes alimentaires qu'entre chaînes alimentaires hauturière et côtière. Les effets en cascade de la surpêche modifient les relations prédateurs-proies et augmentent ainsi la fréquence et l'intensité des proliférations de microalgues nuisibles qui, à leur tour, influent sur la rentabilité du secteur de la pêche et peuvent produire des effets négatifs à long terme sur les stocks présentant une  importance commerciale... Les effets combinés des nutriments (eutrophisation) et de l'élimination des prédateurs sont souvent bien plus forts que lorsque les deux facteurs agissent séparément...".

Le projet proposé s'attachera donc à analyser les effets rétroactifs de la prolifération de microalgues nuisibles sur les larves et oeufs de poissons ou de bivalves d'intérêt commercial qui composent en partie le zooplancton. Ces données pourront ultérieurement alimenter les modèles de gestion des stocks et ainsi augmenter la précision de leurs prévisions.

Plus encore que le soutien à des opérations scientifiques à portée médiatique, la Région Bretagne soutient cette opération, qui aura des retombées sur le développement et la pérennisation des activités économiques régionales (pêche et transformation des produits de la pêche, tourisme, santé publique). De plus, il est évident que les avancées scientifiques initiées sur un écosystème local sont transposables  l'échelle nationales et européenne.

 

(1) Britas Klemens ERIKSSON, 2011, LA SURPECHE FAVORISE-T-ELLE LES PROLIFERATIONS D'ALGUES (NDLR : microalgues). Document rédigé à la demande de la Commission de la Pêche du Parlement européen. Résumé : la présente note apporte les preuves scientifiques d'un lien entre la surpêche et les proliférations d'algues et présente plusieurs études de cas européens appuyant cette hypothèse. La surpêche a accru le problème de la prolifération d'algues en Europe. La surexploitation des stocks au large a modifié la structure de nombreux écosystèmes marins, ce qui a favorisé l'accumulation de biomasse algale. A l'heure actuelle, les effets néfastes de la surpêche sur la chaîne alimentaire au large s'étendent aux écosystèmes côtiers, ce qui provoque des problèmes au niveau de la qualité des eaux littorales et de la perte d'habitats. IP/B/PECH/IC/2011-105 Novembre 2011 - PE 474.461