Bilan du projet MODIOT - MOdélisation de la DIspersion Océanique des juvéniles de Tortues vertes dans le sud-ouest de l'océan Indien

Les progrès récents réalisés par l'océanographie opérationnelle, permettent désormais d'obtenir une estimation détaillée des courants marins et leur évolution temporelle.
L'objectif du projet MODIOT a donc été d'utiliser les estimations de courant océanique pour simuler, les trajectoires de dérives probables des tortues vertes juvéniles naissant sur les principales plages de ponte du sud-ouest de l'océan Indien. Les données ont ensuite été comparées aux autres données environnementales disponibles : température de surface et production primaire afin de voir si les trajectoires obtenues sont favorables aux juvéniles ou non (forte température et forte production primaire).
Les trajectoires de dérive ont été simulées au départ de 6 îles : Europa, Mayotte, Mohéli, Glorieuses, Tromelin et La Réunion.

Pour faire tourner le modèle, la dérive des juvéniles aux premiers stades de vie a été considéré comme exclusivement passive pendant la période de simulation allant de quelques jours à 3 ans. Les trajectoires ont été réalisées avec le logiciel de simulation de dérive lagrangienne ARIANE qui requiert les informations suivantes:

  • un champ avec les données de courant, de température de surface (SST) et de production primaire nette (NPP),
  • un fichier avec un ensemble d'information pour paramétrer la durée de simulation, le nombre de tortues, la résolution...
  • un fichier de la position initiale des relâchés.

Afin de valider le comportement passif des juvéniles, des balises argos ont également été déployées sur les tortues pesant entre 1 et 5 kg, puis relâchées au large de La Réunion.

Valorisation scientifique du projet MODIOT
Télémétrie satellitaire

13 tortues vertes ont été balisées, 10  tortues vertes immatures capturées accidentellement par des palangriers et relâchées à La Réunion et 3 tortues vertes adultes balisées après la ponte à Mohéli.

Les données acquises ont permis de déterminer que même si les jeunes tortues sont globalement très dépendantes des courants marins, elles ont la capacité de se déplacer contre les courants marins afin de rejoindre des zones favorables à leur survie et leur alimentation.

Simulation

La simulation a essentiellement porté sur un relâché de 10 000 juvéniles théoriques sur une durée totale de un an.

Trajectoires simulées de juvéniles de tortues vertes au départ d'Europa

Les couleurs indiquent des relâchés à des années différentes. Les trajets en noir indiquent des trajectoires de tortues qui ne devraient pas être viables car les eaux sont trop froides.

Pour tous les sites de ponte, exceptée La Réunion, le canal du Mozambique concentre la majeure partie des trajectoires les plus favorables:

Vers le Nord, la bande côtière alimentée par le courant de Somalie est  systématiquement favorable alors que les trajectoires progressant vers l’Est du bassin apparaissent systématiquement peu favorables car cette zone est peu productive.

Vers le Sud, les trajectoires relativement côtières suivant le courant du Mozambique, puis le courant des Aiguilles (CA)  sont également parmi les plus favorables. Par contre toutes les trajectoires circulant trop vers le Sud sont peu favorables parce qu’elles se trouvent dans des eaux généralement trop froides.

Valorisation grand public

Un documentaire intitulé "Projet 3M" a été réalisé. Il retrace le programme pédagogique mis en place par Kélonia dans deux sites isolés : le cirque de Mafate à La Réunion et le village d'Itsamia à Mohéli, Union des Comores. Les enfants des écoles primaires ont parrainé des tortues équipées de balises Argos. Ils ont pu suivre leurs déplacements océaniques.

La version française est accessible " ici ".