Bilan du projet DYMITILE - Phase 2 - Contribution à l’identification des comportements pélagiques des tortues caouannes capturées accidentellement par les palangriers réunionnais

DYMITILE : DYnamique MIgratoire des Tortues marines Nidifiant dans les ILEs de l'océan Indien
Le projet DYMITILE - Phase 2 a été mis en place afin de compléter les connaissances, en milieu pélagique, du comportement des tortues caouannes.
Quel est le niveau d'interaction entre les tortues marines et la pêche palangrière?
Comment limiter l'impact de ces interactions?
D’où viennent et où vont les tortues capturées accidentellement?

Les objectifs de la deuxième phase du projet DYMITILE étaient la création d’un partenariat avec les pêcheurs palangriers réunionnais et la cellule technique d’aide à la pêche palangrière CAPRUN ainsi que l’étude du comportement des tortues caouannes immatures en phase pélagique.
1.    Sensibilisation des pêcheurs

Afin de sensibiliser et d’informer les pêcheurs, une plaquette (ci-contre) a été réalisée en collaboration avec la Commission des Thons de l'Océan Indien (CTOI) et distribuée à l'ensemble des flottilles hauturières en activité dans l'océan Indien. Elle présente les différentes espèces de tortues marines, leurs caractéristiques morphologiques et biologiques, et les gestes à accomplir en cas de capture accidentelle.

Lorsque l’hameçon ne peut pas être retiré par le pêcheur, les tortues sont conservées à bord. La capture est déclarée au CROSS Réunion (Direction de la Mer Sud Océan Indien – DMSOI) qui en informe Kélonia. Le centre de soins de Kélonia met en place une intervention chirurgicale afin de retirer l’hameçon sous anesthésie générale.

Bilan de la sensibilisation

En plus de ces plaquettes, Kélonia et Ifremer ont contacté les pêcheurs sur les quais pour leur proposer un partenariat dans le cadre de ce projet. Cette rencontre a été l'occasion de présenter les résultats obtenus en terme de préservation des tortues mais également en terme de connaissance sur la biologie de ces espèces, et sur les interactions avec la pêche palangrière. Le nombre de capitaines de pêche partenaires a fortement augmenté avec plus de 12 capitaines en 2011 ayant ramené 22 tortues.

L’espèce dominante capturée par cette pêcherie est la tortue caouanne au stade juvénile immature, et ce indépendamment du type d’hameçon utilisé. Cependant, les interactions avec cette pêcherie semblent faibles en terme de nombre d’individus capturés.

Résultats

Ce partenariat a permis de récupérer plus de 60 tortues entre 2007 et 2012. Le graphe ci-dessous présente la répartition mensuelle des captures sur la période 2007-2012.L’expérience acquise par le Dr Schneider (vétérinaire) et l’équipe de Kélonia ces 3 dernières années a permis d’accroître le taux de survie des tortues opérées, qui dépasse aujourd’hui les 80%.

Les tortues sont systématiquement parrainées par des scolaires, ou parfois le grand public, afin d’associer ce programme de conservation aux actions de sensibilisation du public à la préservation . Les pêcheurs sont tenus informés du devenir des tortues capturées et ont la possibilité de participer au parrainage. Ce sont les pêcheurs qui choisissent le nom de baptême des tortues.

2.    Étude du comportement des tortues caouannes en phase pélagique

Le suivi Argos, après la guérison des tortues caouannes accueillies par la centre de soins Kélonia et leur lâcher en mer permet de mieux comprendre le comportement migratoire de cette espèce à ce stade de maturité. L’objectif de cette étude était d’étudier leur comportement spatial et leur comportement de plongée afin de mieux comprendre les interactions avec les pêcheries hauturières.

Bilan du marquage

Dix-neuf individus ont été équipés à l’aide de balises Argos et relâchés au large des côtes réunionnaises. La période de suivi a duré entre 20 et 401 jours.

Quatorze balises étaient munies d'un capteur de profondeur et ont donc aussi enregistré les profils de plongée.

Résultats

Les tortues caouannes immatures de l’ouest de l’océan Indien ciblent les zones productives de la mer d’Arabie pour l’hémisphère Nord et de la zone de rétroflexion du courant des aiguilles pour l’hémisphère Sud.

Comme dans l’océan Atlantique Nord, les stratégies d’alimentation océanique et néritique coexistent chez les caouannes immatures de l’ouest de l’océan Indien.

Les caouannes immatures passent la majorité du temps (98,5%) à des profondeurs inférieures à 30m qu’elles soient en phase néritique ou océanique.

Les plongées sont plus nombreuses et plus courtes le jour où les immatures passent la majorité du temps à moins de 10 m de profondeur. La nuit, les immatures passent la majorité du temps à moins de 30m de profondeur.