Bilan du projet CAMP SOOI

L’objectif du projet CAMP SOOI était de mieux comprendre le degré de connectivité qui relie les populations marines du sud-ouest de l’océan Indien afin de contribuer à dessiner un réseau d’Aires Marines Protégées (AMP) cohérent et efficace à l’échelle de cette région.
Est-ce que les populations existant au sein de chaque AMP fonctionnent démographiquement de façon indépendante ?
Quelles sont les AMP connectées et qu’elles sont celles qui sont isolées ?
Est-ce que toutes les AMP sont aussi productives en terme de migrants ?

Qu’est-ce que la connectivité ?

La connectivité est un flux de matière, vivante ou pas, qui relie différentes localités. Dans le cas des espèces marines, cette connectivité est principalement assurée par le transport des larves par les courants marins et le déplacement des adultes.

Les différents types de connectivité

  • La connectivité démographique : elle quantifie les échanges d’individus entre populations à l’échelle d’une génération. Elle influe sur la démographie des populations et notamment sur son renouvellement. C’est sur elle que l’on va se focaliser dans une approche de gestion des ressources ou du patrimoine naturel.
  • La connectivité évolutive : elle s’applique aux flux de gènes (et non plus d’individus) qui existent entre les populations sur des échelles de temps de plusieurs générations. C’est elle qui détermine le niveau de différentiation génétique entre les populations. C’est sur elle que l’on va se focaliser dans une approche de protection de la biodiversité à long terme.
Comment étudier la connectivité ?

La connectivité peut être étudiée grâce à la génétique des populations.

Comme le suivi des larves in situ est une approche difficilement réalisable actuellement, la connectivité s’étudie de manière indirecte. La génétique des populations est un des outils disponibles pour mieux comprendre ces échanges. Ainsi les informations génétiques collectées et analysées vont permettre de statuer sur le niveau d’isolement ou de connexion entre différents sites, différentes populations.


Dans la réalité, la situation est plus complexe. Pour que l’information soit fiable, il est nécessaire de prendre en compte plus d’une mutation. Les différents indicateurs génétiques calculés ensuite (diversité et différentiation génétique) nécessitent aussi d’avoir des tailles d’échantillons suffisamment importantes. Enfin, plusieurs sections de l’ADN peuvent être étudiées pour confirmer l’information trouvée : on les appelle « marqueurs moléculaires », par exemple les marqueurs mitochondriaux ou nucléaires.
Et le projet CAMP dans tout ça ? Quel niveau de connectivité rencontre-t-on dans le sud-ouest de l’océan Indien ?
  • Fiche techniques des espèces échantillonnées

  • Bilan de l’échantillonnage

Les conclusions du projet CAMP

En bilan, les 3 espèces montrent des profils de connectivité propres, probablement liés à des cycles biologiques différents et à leurs habitats. E. merra montre le plus de barrières de connectivité, et à ce titre est l’espèce la plus intéressante pour identifier des « Unités de Gestion » distinctes (par exemple le plateau des Mascareignes, le sud du canal du Mozambique). A l’intérieur de chaque Unités, les gestionnaires peuvent maintenant structurer le réseau des Aires Marines Protégées en s’appuyant cette fois sur des critères locaux (biodiversité, habitats, socio-économie…) et en incitant les scientifiques à travailler aux interfaces de ces Unités de Gestion pour affiner leurs limites spatiales.

Recommandations pour des études futures

Il faut rappeler que le projet CAMP doit être considéré comme une première approche dans l’étude de la connectivité à l’échelle du sud-ouest de l’océan Indien, 3 espèces seulement ayant été prises en compte. D’autres projets du même type mériteraient d’être soutenus et initiés à l’avenir en prenant soin de :

  1. Généraliser dans les études l’utilisation d’au moins 2 marqueurs moléculaires (mitochondrial et nucléaire)
  2. Avoir un échantillonnage conséquent (>50 individus par site et par espèce)
  3. Choisir stratégiquement la localisation géographique des sites cibles
  4. Élargir les espèces cibles : poissons, crustacés, coraux, algues …