Conservation des tortues marines dans les territoires français du Sud Ouest de l'océan Indien

    

 Au niveau mondial, Les tortues marines sont des espèces aujourd’hui considérées comme en danger, et à ce titre inscrites à l’Annexe I de la convention de Washington (CITES) et sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).
 Une convention régionale pour la gestion et la conservation des tortues marines et de leurs habitats de l’océan Indien et du Sud Est asiatique (IOSEA) a été instaurée en 2003 sous l’égide de la CMS (Convention for Migratory Species), et, en mars 2009, la France en est devenue signataire (voir convention).
 Le Sud Ouest de l’Océan Indien (SOOI) abrite en effet 5 des 7 espèces de tortues marines (la tortue verte Chelonia mydas, la tortue imbriquée Eretmochelys imbricata, la tortue olivâtre Lepidochelys olivacea, la tortue caouanne Caretta caretta et la tortue luth Dermochelys coriacea ; Cf. application/pdf Clé d'identification), et représente une région majeure, au niveau mondial, pour la reproduction et l’alimentation de ces 5 espèces.
 

  

 La tortue verte (à gauche) et la tortue imbriquée (à droite) sont  
 les deux principales espèces de tortues marines présentes  
 dans les eaux françaises du SOOI 
 

Depuis plus de 30 ans, l’Ifremer (et auparavant, l’Institut Scientifique et Technique des Pêches Maritimes) contribue au suivi des populations de tortues marines du SOOI, notamment dans les îles Éparses françaises (Europa, Juan de Nova, Glorieuses et Tromelin). Ce suivi est aujourd’hui effectué en partenariat avec KELONIA, l’observatoire des tortues marines de La Réunion (www.kelonia.org), la Gendarmerie Nationale, les Forces Armées de la Zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI) et les Terre australes et antarctiques françaises (Taaf). Il a permis de mettre en évidence que, suite au classement en 1975 de ces îles en Réserves Naturelles, la population de tortue verte en ponte présente un taux d’accroissement annuel de 6% aux Glorieuses et de 3% à Europa. Elle semble être stable depuis plus de 20 ans sur Tromelin et Juan de Nova. Depuis 10 ans maintenant, des actions similaires à Mayotte et à Mohéli (Union des Comores) ont permis de mettre en évidence des taux de croissance de la population respectivement de l’ordre de 1% et 20% par an.

 

Cet état des lieux des populations de tortues vertes en ponte sur les îles françaises de l’océan Indien est encourageant, mais il ne tient pas compte du fait que ces espèces sont migratrices et qu’elles fréquentent successivement différents habitats, hauturiers et côtiers, durant leur cycle de vie. Par conséquent, pour être à même de fournir aux gestionnaires des données et connaissances pertinentes, leur permettant d’élaborer des plans de gestion efficaces, il est indispensable de développer des approches régionales, multipartenaires et pluridisciplinaires. C’est dans cette optique, et avec ces mots clés, que nous avons développé, en collaboration étroite avec nos partenaires, notre programmation scientifique ces dernières années, l’objectif étant de réussir à dégager une vision, a minima à l’échelle du SOOI, de l’état des populations des différentes espèces de tortues, et de leur évolution dans le temps.

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Différentes approches ont été, sont et seront utilisées :

 

  •  La première des étapes a consisté à acquérir des données et connaissances de base sur la biologie des différentes espèces : cycles de reproduction, zones de ponte, dates et intensité des pontes selon les secteurs, nombre d’éclosions par nid et sexe ratio selon la température d’incubation, régimes alimentaires au différents stades de la vie…. Les premières études biologiques datent de plus de trente ans, à l’époque où l’élevage de la tortue à des fins de commercialisation, pour la consommation humaine, la bijouterie et maroquinerie (cuir, écailles, carapaces…) était autorisé, et avait permis le développement d’une ferme d’élevage sur La Réunion (la « Ferme Corail »). Ces études biologiques se poursuivent toujours, dans les îles Éparses françaises, avec le soutien des gendarmes ou des Forces Armées sur place, ainsi que dans différents pays du SOOI (Madagascar, Les Seychelles, les Comores…). 

 

  

 Le comptage des traces et le suivi des paramètres de reproduction sont  
 indispensables pour établir le statut des populations de tortues marines  
 en reproduction dans les sites français du SOOI 
 

 

  •  La seconde phase des ces études, fondamentale, a porté sur la structure génétique des populations de tortues vertes dans l’ensemble SOOI. Une phase préliminaire de définition de projet a été financée par le Ministère français de l’Outre Mer en 2005. Cette phase a permis de mettre au point les protocoles et la stratégie d’échantillonnage à mettre en œuvre dans le cadre du projet d’étude proprement dit, projet européen intitulé «Génétique des tortues vertes dans le SOOI » et qui a reposé sur la création d’un partenariat étroit avec Madagascar, Les Comores, Mayotte, La Tanzanie, Le Kenya et Les Seychelles. Ce projet a permis de mettre en évidence l’existence de deux populations distinctes de tortues vertes dans le SOOI : une population s’étendant depuis la partie Nord du canal du Mozambique jusqu’à Tromelin à l’Est de Madagascar, et une population présentant un certain nombre de caractéristiques génétiques différentes et se reproduisant sur les îles de Juan de Nova et d’Europa dans le Sud du canal du Mozambique. Les analyses génétiques réalisées ont même permis de montrer que cette population du Sud du canal du Mozambique présente des similitudes très marquées avec la population de l’Atlantique du Sud Est dont elle est très vraisemblablement issue (Figure 1), et avec laquelle des échanges actuels ne sont pas à exclure. 

 

 

 Pour en savoir plus : 
 - Télécharger en pdf la publication : application/pdf Bourjea et al genetique tortue SOOI
 - Télécharger en pdf le rapport final : application/pdf Rapport Génétique tortue SOOI
 

 

  •  La troisième approche consiste à décrire, puis, si possible, comprendre, la dynamique spatiale entre sites de ponte et aires d’alimentation de façon à mieux cerner les interactions possibles avec les pêcheries de la zone, notamment lors de la phase hauturière de migration. Pour cela, une étude, initiée en 2008, est menée dans le cadre du South West Indian Ocean Fisheries Project (SWIOFP, www.swiofp.net), en partenariat avec Madagascar, les Comores, la Tanzanie et Les Seychelles. Elle repose en grande partie sur du marquage de tortues au moyen de balises Argos de façon à identifier l’existence d’éventuelles voies préférentielles de migration, et à valider l’effet de «Homing» (retour des tortues en ponte à leur plage de naissance). Si l’existence de voies de migration entre les zones de ponte et les zones d’engraissement venait à être confirmée, des recommandations relatives aux zones d’activité de pêche en fonction des périodes (pêche à la senne, mais surtout aux palangres de surface) pourront être formulées de façon à limiter les niveaux de captures accidentelles. 

 

 Pour en savoir plus : 
 - Télécharger en pps la présentation : application/octet-stream Présentation SWIOFP 2009 Tortue 
 - Télécharger en pdf le rapport CTOI " Déplacement océaniques des tortues marines entre aire de ponte et site d'alimentation : migration et interaction pour une gestion de ces espèces". : WPEB SWIOFP BourjeaWPEB SWIOFP BourjeaWPEB SWIOFP BourjeaWPEB SWIOFP BourjeaWPEB SWIOFP Bourjea 
 

 

 

  •  La quatrième approche consiste à développer la mise en réseau des actions, projets, données, et partenaires oeuvrant sur la problématique des tortues dans la zone du SOOI. L’objectif est d’aller plus loin encore qu’actuellement en matière de partenariat et de transfert de données et connaissances. Pour ce faire, le projet TORSOOI (Base de données/SIG Tortue Marine du Sud Ouest de l’Océan Indien) vise à (i) homogénéiser la collecte de données acquises dans le SOOI, (ii) regrouper les bases de données existantes et créer un SIG associé et enfin (iii) créer des indicateurs communs et pérennes de l’état de santé des populations de ces espèces patrimoniales. Dans un premier temps, l’architecture technique des outils (bases de données, plate-forme SIG) sera développée et testée dans le cadre d’un partenariat restreint Ifremer/KELONIA. Une fois validés, ces outils seront intégrés au sein du Sinpmer et mis à disposition des autres pays de la zone, dont Madagascar, les Comores et Mayotte. 

 

 Pour en savoir plus : 
 - Voir la page sur le projet TORSOOI 
 - Télécharger le dépliant en pdf : application/pdf Dépliant TORSOOI 
 

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Les résultats attendus de ces quatre démarches en cours sont :

  • D’achever la cartographie génétique des différentes populations de tortues vertes de la zone SOOI (répartition des immatures sur les habitats de développement, des femelles et des mâles sur les zones de reproduction et d’alimentation), et d’entamer une cartographie génétique pour la tortue imbriquée Eretmochelys imbricata.
  • La mise en évidence des couloirs migratoires entre aires de ponte et sites d’alimentation (et la définition d’un gradient d’interaction avec les différentes pêcheries hauturières de la zone)
  • La création d’une dynamique de collecte de données homogènes entre les différents pays de la zone SOOI (qui permettra d’avoir une estimation de l’état de santé des principales populations de la zone et un suivi dans le temps fiable) 

 

Perspectives

Suite à ces différents travaux, une réévaluation de l’état de santé des populations de tortues marines dans le SOOI devient envisageable, et l’ensemble des connaissances acquises devrait permettre, à l’horizon 2012, de formuler les recommandations nécessaires à l’établissement d’un Plan de Conservation des Tortues dans les eaux françaises du SOOI, Plan de Conservation rendu obligatoire par la signature par la France début 2009 du Memorandum of Understanding pour la conservation et la gestion des tortues marines et de leurs habitats dans l’océan Indien et le Sud Est asiatique.

 Pour en savoir plus :  
 - Télécharger la présentation en format pps : application/octet-stream Présentation Taaf 
 - Télécharger la présentation au format pps : application/octet-stream Présentation Tortue Symposium Brisbane 2009
 

Rapport DYMITILE

DYMITILE

Le projet DYMITILE a été mis en place pour parachever les études sur l'identification des aires d'alimentation des tortues vertes se reproduisant dans les principaux sites de ponte du sud-ouest de l'océan Indien. Il a également permis de compléter les connaissances sur le comportement des tortues caouannes immatures durant leur phase pélagique.

Les tortues en direct

Dans le cadre de l'élaboration des recommandations scientifiques pour la mise en place d'un plan de conservation des tortues marines dans les territoires français du Sud Ouest de l'océan Indien, il est important de mieux comprendre les déplacements côtiers et océaniques de ces espèces.