Bilan du projet DYMITILE - Phase 1 - Migration post reproductive des femelles de tortues vertes

DYMITILE : DYnamique MIgratoire des Tortues marines dans les ILEs de l’océan Indien
Le projet DYMITILE - Phase 1 a été mis en place pour parachever les études sur l’identification des aires d’alimentation des tortues vertes (Chelonia mydas) se reproduisant dans les principaux sites de ponte du sud-ouest de l’océan Indien.
Quels sont les couloirs migratoires?
Où sont situées les zones d’alimentation des tortues vertes ?
Sont-elles localisées au sein d’une Aire Marine Protégée ?

Les objectifs de la première phase du projet DYMITILE étaient de caractériser les migrations post-reproduction des tortues vertes, d’identifier leur site d’alimentation et d’estimer les principaux couloirs migratoires dans cette région du Sud-Ouest de l’océan Indien ( SOOI).
Bilan

Les tortues vertes femelles en reproduction ont été suivies par télémétrie satellitaire sur les 7 sites de reproduction du SOOI.

105 femelles capturées ont été équipées d’une balise Argos au cours de ces 15 dernières années. En particulier de juin 2009 à février 2012, 81 balises Argos ont été déployées sur des tortues vertes en phase de reproduction à Europa (N=23), Mayotte (N=29), Tromelin (N=21), Glorieuses (N=22), Mohéli (N=5) et Juan De Nova (N=2).

L’ensemble des tortues de cette étude suivent dans un premier temps un trajet direct dans la zone océanique pour rejoindre les côtes est-africaine ou malgache.

Dans un second temps, les individus suivis dans le SOOI longent la côte (généralement à moins de 50 km) et utilisent donc la zone néritique (côtière) pour terminer leur migration et rejoindre le site d’alimentation final.

Résultats et conclusions de la première phase de DYMITILE

ll existe deux "hotspots" régionaux importants à la fois en terme de couloirs migratoires et de zones d’alimentation : le Nord du Canal du Mozambique et le Sud du Canal du Mozambique. Ces deux zones sont contrastées en ce qui concerne l’origine du site de reproduction, aussi bien en terme de couloir migratoire que de site d’alimentation final.

Le "hotspot" du Nord du Canal du Mozambique regroupe des habitats majeurs d’alimentation pour la quasi-totalité des populations se reproduisant dans la région. Le couloir migratoire principal s’étend de la pointe Nord de Madagascar à la frontière du Mozambique et de la Tanzanie.

Le Sud du Canal du Mozambique est fréquenté essentiellement par la population se reproduisant à Europa avec un "hotspot" d’alimentation ciblé au sud du Mozambique. Le couloir migratoire principal s’étend entre Europa et les côtes du Nord du Mozambique. Deux couloirs secondaires existent, l’un vers Madagascar, l’autre vers le Mozambique.

Peu de menaces pèsent sur les femelles tortues vertes lorsqu’elles transitent par les couloirs migratoires océaniques. Par contre d’importantes menaces pèsent sur ces individus lorsqu’ils transitent ou se fixent le long des couloirs migratoires côtiers (pêche traditionnelle, pêche au filet et pêche au chalut).

Cette étude a donc mis en évidence que les tortues femelles se reproduisant entre autre dans les territoires français de l’océan Indien sont potentiellement menacées le long de la côte Est Africaine, entre le Nord du Mozambique et le centre de la Tanzanie, mais aussi le long de l’ensemble de la côte Ouest de Madagascar.

Les tortues vertes se reproduisant à Europa sont quant à elles potentiellement plus menacées dans les régions sud de la zone, au Mozambique (Région de Bazaruto) et à Madagascar (région de Tuléar).

Les zones d'alimentation sont réparties dans sept pays de la Région. Plus de la moitié des tortues se sont alimentées sur les côtes de l'Afrique de l'Est (Mozambique, Kenya, Tanzanie et Somalie). Une proportion importante a rejoint les côtes de Madagascar.

De manière intéressante, on constate que 35% des tortues suivies ont eu un site d’alimentation localisé dans des aires marines protégées (AMP). Ce chiffre est équivalent à celui rencontré dans les autres océans et souligne que le réseau des AMP du SOOI est intéressant pour la conservation des tortues marines, même si des améliorations peuvent être apportées. A noter qu'il est indispensable d'évaluer l'efficacité réelle de chacune des AMP afin de valider qu'elles sont bénéfiques à la protection de ces espèces en danger.

Perspectives

Afin d’améliorer la conservation des tortues vertes nidifiant dans les territoires français de l’OI, il est indispensable de favoriser les coopérations avec les régions des pays accueillant ces "hotspots".

Les connaissances sur les couloirs migratoires et les zones d’alimentation des tortues vertes adultes sont partielles et récentes, et il semble indispensable de poursuivre ce type d’approche dans les années à venir afin de valider leur stabilité dans l'espace et dans le temps.

Trois actions pourraient être mises en place :

1 - Les pays accueillant des couloirs migratoires et/ou un "hotspot" régional d’alimentation devraient mettre en place ou faire évoluer l’emplacement des AMP.

2 - Il est également nécessaire de mettre en place des mesures de gestion spécifiques des pêcheries côtières, en particulier le long des couloirs migratoires côtiers et au niveau des "hotspots" d’alimentation. Cela requiert un meilleur suivi des activités de pêche dans ces zones ainsi qu’une évaluation du nombre de prises accidentelles de tortues marines. Ces études permettront de mieux identifier les mesures prioritaires requises.

3 - Enfin des enjeux de coopération régional apparaissent entre des pays tels que la France, les Seychelles et les Comores, qui n’accueillent pas de couloir migratoire ou "hotspot" d’alimentation au sein de leurs territoires mais qui possèdent d’importants sites de reproduction (Dalleau et al. 2012), afin d'assurer une gestion cohérente et efficace de ce patrimoine naturel partagé. La meilleure illustration est le nombre de prises importantes de tortues marines dans la région de Tuléar à Madagascar, susceptible d’affecter essentiellement la population d’Europa et de Glorieuses, sous administration française, mais également celle de Mohéli dans l’union des Comores.