Présentation du projet IOSSS ESPADON

L’espadon est principalement pêché dans l’océan Indien au moyen de palangres dérivantes de surface (95% du tonnage total, les 5% restants l’étant au moyen de filets dérivants).
Le projet IOSSS- ESPADON a été mis en place pour étudier la structure génétique du Stock d’espadon à l’échelle de l’océan Indien afin de contribuer à meilleure gestion de cette espèce par la Commission des Thons de l’Océan Indien (CTOI).

Avant les années 1990, l’espadon n’était qu’une capture accessoire des palangriers industriels qui ciblaient les thons. Les captures d’espadon ont augmenté doucement de 1950 à 1990, proportionnellement à l’augmentation des captures de différentes espèces de thon qui restaient les espèces ciblées. L’espadon est devenu l’espèce cible à part entière pour certaines flottilles de l’océan Indien, dont celle de La Réunion, à partir du début des années 90, ce qui a contribué pour partie à l’augmentation des captures qui ont atteint la valeur globale de 35000 tonnes sur l’ensemble de l’océan Indien en 1998, année de capture maximale enregistrée pour toutes les espèces. Actuellement, les captures totales de l’espadon sont stabilisées aux alentours de 30 000 tonnes par an.

Dans l’océan Indien, la ressource «espadon» est gérée par la Commission des Thons de l’Océan Indien (CTOI), émanation de la Food and Agriculture Organisation (FAO) des Nations Unies, et qui établit annuellement le statut des stocks de tous les grands pélagiques (pour la zone Océan Indien).
L’évaluation la plus récente réalisée par le Groupe de Travail «Poissons Porte-épée», en utilisant un modèle d’analyse de production, a amené la CTOI à conclure que le niveau de pêche en 2006 (environ 30 000 t) était proche du maximum soutenable (le maximum soutenable par le stock, ou MSY, est estimé entre 27 000 et 31 000 t par an).

Il faut cependant noter que le modèle utilisé ne dispose que de peu d’informations sur la biologie de l’espèce (par exemple, l’âge, le stade de maturité et le sexe), ce qui génère d’importantes incertitudes sur les résultats d’estimation du MSY.
C’est afin de combler ces manques de connaissance, et pour pouvoir statuer sur l’existence d’un ou plusieurs stocks d’espadon dans l’océan Indien, donnée fondamentale en matière de gestion, qu’a été développé le projet IOSSS-Espadon (Indian Ocean Swordfish Stock Structure), porté par la Direction Régionale des Affaires Maritimes de La Réunion pour le compte de la Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquacuture (DPMA) du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, appuyé par la CTOI, financé par l’Union européenne (Fonds FEP), l’Etat Français et le Conseil Régional de La Réunion, et coordonné par l’Ifremer.

L’objectif principal du projet est donc d’affiner nos connaissances sur la biologie des espadons, d’évaluer la structure du ou des stocks à l’échelle de l’ensemble de l’océan Indien, ainsi que des relations potentielles avec les stocks proches des océans voisins (zones du Sud Est de l’Atlantique d’une part et du Sud Ouest du Pacifique d’autre part).

Pour ce faire, outre des analyses biologiques « classiques » (distribution des tailles de capture, sexe ratio, stades de maturité en fonction des saisons,…), l’outil génétique des populations sera utilisé car il permet d’appréhender les niveaux d’échanges de patrimoine génétique, c’est à dire de reproduction croisée, entre différentes populations : au moment de la reproduction, tous les individus de l’océan Indien peuvent-ils potentiellement se reproduire entre eux (auquel cas il n’y a qu’un seul stock couvrant tout l’océan Indien), ou avons nous plusieurs populations séparées, distinctes, présentant chacune une aire de répartition, ainsi qu’une dynamique de croissance ou de décroissance propre, et qui, de ce fait, doivent être gérées séparément car ne faisant pas partie d’un même ensemble ?

Une première étude a été menée par le laboratoire Ifremer de La Réunion pour accompagner le développement de la pêcherie palangrière réunionnaise ciblant l’espadon (Programme Palangre Réunionnais : de la recherche à l’exploitation durable ; 1998-2001). Elle a entre autre permis de mettre en place le suivi de l’activité de la flottille (description de la flottille, suivi de l’évolution de cette pêcherie, analyse des stratégies de pêche dans l’espace et dans le temps).

Plus récemment, et dans un soucis de gestion du stock, une étude de faisabilité menée par le laboratoire entre 2006 et 2008 a permis d’établir la pertinence de l’utilisation de l’outil génétique dans le cadre de l’étude de la structure du stock de cette espèce. Cette première étude a notamment permis de mettre en évidence que les espadons de la zone Sud Ouest de l’océan Indien appartiennent très vraisemblablement à un seul et même stock, mais qu’un second stock semble occuper toute la partie nord de l’océan Indien.

Dans le cadre du présent projet d’une durée de 3 ans (2009-2012), instruit par la Direction Régionale des Affaires Maritimes, les points suivants seront traités:

  • réaliser un échantillonnage à l’échelle du bassin océanique (10 sites), pendant et en dehors de la saison de reproduction, répété sur 2 années consécutives. Objectif : 2000 échantillons

Sur la base de ces échantillons collectés,

  • contribuer à compléter les données manquantes sur la biologie de l’espadon, indispensables pour avoir une évaluation fiable de cette ressource, et ce par la :
  1. détermination/confirmation des zones de reproduction, d’alimentation et de transition,
  2. création d’une dynamique régionale de collecte de données qui pourrait être pérennisée après le projet sous la coordination de la CTOI.
  • comprendre la structure du stock d’espadon et sa dynamique spatiotemporelle en utilisant l’approche de génétique des populations :
  1. en utilisant différents marqueurs (ADNmt, microsatellites et SNPs),
  2. en compilant et comparant les résultats des différents marqueurs génétiques et différentes données biologiques associées,
  3. en proposant un modèle de structure régionale et de dynamique spatiale à l’échelle de l’océan Indien.
  • comprendre les connexions et les mélanges qui existent entre les populations d’espadon de l’océan Indien d’une part, et ceux des océans Pacifique et Atlantique d’autre part.

L’objectif final du projet est de fournir des données pertinentes sur la structure du ou des stocks d’espadon à la Commission Thonière de l’Océan Indien (CTOI) et aux autres gestionnaires afin de contribuer au développement d’une pêcherie durable de l’espadon dans l’océan Indien.