Mortalités anormales d’huîtres creuses en 2009


Paris, le 26 novembre 2009

Depuis fin avril 2009, des surmortalités ou mortalités anormales d’huîtres creuses (Crassostrea gigas) ont été recensées en France. Les huîtres (de moins d’un an) sont principalement atteintes. Les taux de mortalité calculés pour cette catégorie d’animaux sont particulièrement élevés (80 % à 100 % pour de nombreux lots). Comme en 2008, ce nouvel épisode revêt, par son ampleur, un caractère exceptionnel.

Le constat

Les mortalités exceptionnelles constatées en 2009 présentent les caractéristiques générales suivantes :

  • Les premières surmortalités ont été déclarées fin avril en Corse et en Méditerranée. Le phénomène s’est propagé de site en site, du sud de la France vers le Nord (début mai à Arcachon, mi-mai en Charente Maritime, juillet et août pour la Bretagne Nord et la Normandie).
  • Les premières surmortalités ont été mieux déclarées en 2009 par rapport au phénomène observé en 2008, permettant ainsi de préciser la fenêtre temporelle de la période à risque (seuil d’apparition des mortalités de 16 à 17°C pour l’ensemble des sites de production).
  • Les mortalités ont été massives et foudroyantes. En quelques jours (parfois en seulement 2 jours), les taux de mortalités ont pu atteindre plus de 80 %.
  • Les animaux les plus touchés sont généralement en pleine croissance. En ce qui concerne les deux façades Manche et Atlantique, les lots situés dans des parcs plus haut semblent être moins touchés.
  • Les informations transmises par les professionnels sont très hétérogènes, voire contradictoires,sur ladifférence de survie, d’une part entre le captage naturel et le naissain d’écloserie, d’autre part entre les huîtres diploïdes et triploïdes. Ces contradictions mettent en avant l’importance du facteur « lot » d’élevage dans l’établissement du constat des taux survie.
  • Selon les professionnels, les pièces d’eau endiguées (marais, claires…) ont été la plupart du temps épargnées sauf si elles ont été mises en contact avec des masses d’eau extérieures hébergeant sur l’estran des animaux moribonds ou morts (hypothèses de contamination et/ ou d’un phénomène contagieux).
Les causes des surmortalités : les connaissances actuelles

Le programme de recherche MOREST (Mortalités estivales de l’huître creuse Crassostrea gigas, 2001-2006) a décrit un modèle général d’interactions entre l’huître creuse, des organismes infectieux et leur dépendance à des facteurs environnementaux.
Ce programme a mis en évidence le rôle prépondérant des facteurs environnementaux, et notamment des paramètres température et précipitations. Il a déjà été démontré que la variation de ces paramètres pouvait expliquer, dans certains secteurs conchylicoles, les variations inter-annuelles du taux de mortalités.

En 2009, le long des côtes du littoral français, l’élévation de température des eaux au-dessus de 16-17°C a été associée à l’apparition des épisodes de surmortalité, seuil légèrement inférieur à celui observé lors des travaux du programme MOREST.

Ces phénomènes saisonniers rejoignent les questions liées aux bassins versants et aux apports d’eau douce sur le littoral. Si des expérimentations en laboratoire ont permis de montrer l’impact de certains polluants sur les caractéristiques génétiques, immunitaires et trophiques de l’huître, les résultats qui ont été obtenus en conditions expérimentales ne peuvent pas être, pour l’instant, directement extrapolés au phénomène de mortalités anormales 2009.

L’année 2009 permet d’apporter les précisions suivantes (à la date du 30 octobre 2009) aux résultats du programme MOREST :

  • Le virus OsHV-1 a été détecté sur tous les sites d’élevage d’huîtres en France et dans la quasi-totalité des prélèvements (52 sur 55 lots) effectués dans le cadre du Réseau national Pathologie Mollusques (REPAMO). La bactérie Vibrio splendidus a été détectée dans la moitié des échantillons (25/53) et la bactérie Vibrio aestuarianus dans 10 % des échantillons. Ce virus et ces bactéries caractérisés depuis de nombreuses années (1992 pour le virus) sont connus pour être associés à des phénomènes de mortalité dans le milieu. De plus, leur capacité à induire des mortalités d’huîtres a été montrée en conditions expérimentales.
  • Aucun organisme infectieux à déclaration obligatoire n’a été détecté (Perkinsus marinus et Mikrocytos makini).
  • Les bactéries Vibrio tapetis et Vibrio harveyi n’ont été détectées que dans un petit nombre d’échantillons, la bactérie Vibrio tubiashii, qui aux USA est associée à des mortalités de jeunes huîtres, n’a pas été détectée.
  • Aucun nouvel organisme infectieux n’a été détecté.
  • Un génotype particulier du virus OsHV-1 (dénommé OsHV-1 µVar) a été retrouvé en 2009 dans la totalité des échantillons ayant fait l’objet d’une analyse complémentaire par séquençage. Ce même génotype avait été détecté dans 47 % des échantillons en 2008.
  • En 2008, les travaux réalisés en laboratoire par l’Ifremer ont permis de démontrer la capacité d’individus infectés par le virus OsHV-1 et des bactéries appartenant au genre Vibrio à transmettre ces agents infectieux à des individus sains placés à proximité. En 2009, le caractère infectieux et contagieux du phénomène s’est aussi affirmé au travers des observations de terrain. La propagation des organismes infectieux doit être facilitée à la fois naturellement par les courants, et par l’impact des pratiques culturales des professionnels (transferts d’huîtres intra et inter bassins).

La présence du virus OsHV-1 dans la quasi totalité des lots ainsi que la détection de la bactérie V. splendidus dans environ 50 % des lots présentant des taux anormaux de mortalité portent à croire que ces deux agents infectieux seuls ou en synergie jouent un rôle prépondérant dans les épisodes de mortalités de 2009. Cependant, les éléments de connaissance disponibles aujourd’hui mettent en évidence que le statut physiologique, immunologique et génétique de l’animal est une donnée importante à prendre en compte dans le déclenchement des mortalités.
En conclusion, le caractère multi-factoriel et complexe des causes des mortalités estivales d’huîtres creuses s’affirme.

Travaux et recherches mis en place en 2009
  • Utilisation de nouveaux outils

Face à la crise 2008 et à l’aide de financements Ifremer et ministériel (Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche) supplémentaires, de nouveaux outils d’observation et de compréhension des surmortalités des naissains d’huître ont été mis en place.

L’enquête épidémiologique

En 2008, une étude épidémiologique, réalisée à partir des déclarations de mortalité (plus de 7 000 déclarations de mortalité collectées par les services départementaux des Affaires Maritimes et par les sections régionales de la conchyliculture), a permis de décrire la distribution des mortalités dans le temps et dans l’espace. Ces résultats confirment les observations de terrain effectuées, en particulier :
- que les huîtres de moins d’un an sont plus touchées que celles de deux et trois ans,
- les déclarations de mortalités sont très variables d’un lot à l’autre et ne permettent pas d’observer de différences entre les huîtres diploïdes et triploïdes et entre les huîtres issues d’écloserie ou du captage naturel.
D’après les observations de terrain, les pics de mortalité sont décalés entre les bassins de production.

La partie analytique de l’étude épidémiologique 2008 est en cours d’achèvement et doit permettre d’identifier les sources et facteurs de risque impliqués en les hiérarchisant : environnementaux, zootechniques et agents infectieux. Les résultats seront disponibles début 2010.

En ce qui concerne les mortalités estivales de 2009, le recueil des données déclaratives de mortalité est en cours et une étude épidémiologique sera effectuée à partir de fin 2009.

L’Observatoire conchylicole

Suite à la crise de 2008, un Observatoire conchylicole qui réunit les huit laboratoires côtiers de l’Ifremer a été mis en place. L’objectif est d’acquérir des données d’observation de la croissance et de la mortalité sur du naissain issu de captage naturel et d’écloserie.
Dans les 13 stations nationales, sont suivies : l’hydrologie (température, salinité et fluorescence), la croissance et les taux de mortalité des huîtres des lots sentinelles. En cas de surmortalités, une recherche d’agents infectieux est effectuée.
Les données de l’observatoire sont complétées par les résultats obtenus par les Centres techniques régionaux ou les actions engagées directement, au niveau local, par les Sections régionales conchylicoles.

http://wwz.ifremer.fr/observatoire_conchylicole

Recherche et détection d’agents infectieux dans le cadre de la procédure « Hausse de mortalité » d’huîtres creuses : accréditation COFRAC du Laboratoire de Génétique et Pathologie (LGP) pour les analyses en histologie

L’objectif des analyses réalisées dans le cadre de la procédure « Hausse de mortalité » est de confirmer ou d’infirmer la présence d'agents infectieux. D’autres approches sont nécessaires pour étudier ce lien (épidémiologie descriptive et analytique, essais de reproduction de mortalité en laboratoire, …).
L’Ifremer a réalisé sur les échantillons reçus des analyses en histologie, des analyses en bactériologie (isolement de souches bactériennes majoritaires) et des analyses moléculaires ciblant les bactéries appartenant aux espèces Vibrio splendidus et V. aestuarianus ainsi que le virus OsHV-1. Pour les bactéries majoritaires isolées à partir des huîtres et caractérisées comme n’étant ni V. splendidus ni V. aestuarianus, les analyses sont complétées par du séquençage.
Le LGP a entrepris une démarche pour une accréditation des analyses qu’il réalise en histologie, accréditation obtenue du COFRAC début octobre.

Transfert de techniques de diagnostic vers d’autres laboratoires et démarche pour la mise en place d’un réseau de laboratoires reconnus

La recherche de certains agents infectieux bactériens et viraux (bactéries appartenant au genre Vibrio -V. splendidus et V. aestuarianus- et herpès virus OsHV-1) apparaît nécessaire lorsqu’une hausse de mortalité est rapportée par un professionnel ostréiculteur. Ces agents infectieux, bien que n’étant pas aujourd’hui à déclaration obligatoire, ni au plan européen ni au plan international, sont détectés de manière récurrente. Ils sont associés à des épisodes de mortalité anormale chez l’huître creuse, Crassostrea gigas, en France depuis plusieurs années, quelles que soient les zones d’élevage considérées. Le phénomène de mortalités anormales de grande ampleur observé au cours des étés 2008 et 2009 conforte cette approche.

Certaines Sections Régionales Conchylicoles (SRC) ont pris l’initiative de rechercher les agents infectieux. Elles ont confié les analyses à des laboratoires pour lesquels l’Ifremer a transféré les techniques d’analyse et mis en place des procédures d’inter-calibration. Les protocoles d’échantillonnage et l’interprétation des résultats ont aussi fait l’objet d’une expertise de l’Ifremer. Cette démarche participe ainsi à la connaissance du phénomène infectieux en favorisant la collaboration entre Centres techniques, SRC et organismes de recherche.

Axes de recherches

Depuis de nombreuses années, l’Ifremer mène des recherches en partenariat avec les Universités de Caen, Montpellier et Brest ainsi qu’avec le CNRS et en lien avec les professionnels, notamment avec les centres techniques régionaux, pour mieux comprendre et prévenir le phénomène de mortalité de l’huître creuse.

Suite aux crises 2008 et 2009, l’Ifremer va mettre en œuvre les axes de recherche suivants :

  • Travaux à échéance rapprochée : il s’agit de travaux qui viseront à :

- qualifier les sites et produits de captage et d’élevage,
- développer des labels,
- développer des études d’épidémiologie et de biovigilance,
- tester des méthodes et procédures permettant de réduire les surmortalités d’huîtres,
- et travailler sur les impacts socio-économiques des surmortalités.

  • Travaux dont les retombées sont attendues à moyen terme :

- optimisation du dispositif que constitue l’observatoire national conchylicole,
- et lancement d’une étude de type approche multifactorielle/métaanalyse.

L’objectif étant de définir la bonne échelle du suivi des surmortalités et contribuer à optimiser les études épidémiologiques.

  • Travaux dont les résultats sont attendus à long terme : il s’agit des travaux à réaliser en laboratoire sur la base de plans expérimentaux multifactoriels afin de tester les interactions entre les agents infectieux et le statut des naissains d’huîtres notamment sur le plan génétique, immunologique et physiologique, afin d’aboutir à un ou des modèles de compréhension des surmortalités.

En savoir plus :

- Fiche 1 : Bilan du projet MOREST (mortalités estivales de l'huître creuse) fiche 1
- Fiche 2 : Virus de type herpès et coquillages fiche 2
- Fiche 3 : Vibrions infectant les coquillages fiche 3
- Fiche 4 : REPAMO réseau de surveillance des mollusques marins en terme de maladies infectieuses fiche 4
- Fiche 5 : Etude épidémiologique descriptive des mortalités exceptionnelles d'huîtres creuses enregistrées sur le littoral français en 2008 fiche 5
- Fiche 6 : Mortalités estivales : les pistes génétiques fiche 6
- Fiche 7 : Observatoire de la Ressource Conchylicole fiche 7
- le site du Laboratoire Environnement Ressources en Languedoc-Roussillon : www.ifremer.fr/lerlr
- le site du Laboratoire Environnement Ressources de Normandie : www.ifremer.fr/lern


Dernière modification : 27 11 2009