La descente

Il est 9h30. Le pilote ouvre les 2 ballasts (600 litres chacun). Le ciel disparaît immédiatement du hublot supérieur.

A vingt mètres de profondeur, il n'y a plus d'agitation superficielle. Les couleurs s'estompent peu à peu. A 200 mètres règne encore une vague clarté crépusculaire. Mais à 300 mètres, c'est la nuit éternelle. Peu importe alors que l’on plonge de jour ou de nuit ! C’est essentiellement pour des raisons pratiques que les plongées débutent le matin.

Monde noir, calme, silencieux.

Le Nautile se maintient à l'horizontal pendant toute sa plongée (en tournant très lentement sur lui-même). Et sans les indications du capteur de pression et du gyrocompas, on se croirait immobile. Pourtant, avec ses ballasts remplis d'eau, plus dix sacs de grenaille d'environ 25 kilos chacun, le Nautile descend bien : environ 70 centimètres par seconde (soit 2 km/h). Il mettra 65 minutes pour atteindre le fond à 2650 mètres.

La pression augmente régulièrement de 1 bar (soit 1 kg par cm2) tous les 10 mètres. Mais grâce aux 6 centimètres d'épaisseur de la sphère en titane, à l'intérieur, on ne ressent aucun effet : on reste à la pression atmosphérique. En définitive, les fluctuations de pression y sont bien moindres que dans un avion de ligne.

La température de l'eau, elle, diminue avec la profondeur, et se stabilise autour de 2 degrés à partir de 4000 mètres. La surface de la sphère va peu à peu devenir glaciale. A l'intérieur, la température ne va toutefois pas descendre en dessous de 10 degrés (pas de chauffage pour économiser l'énergie). C'est le moment d'enfiler bonnet et pull. Des vestes polaires sont également disponibles. La vapeur d'eau va condenser sur les parois de la sphère jusqu'au ruissellement.

Le volume disponible pour les 3 personnes n'est que de 4 m3. Difficile de remuer. Et les claustrophobes sont bien entendu interdits de plongée ! Chacun s'installe le moins inconfortablement possible. Même pas la place pour s'allonger complètement.

Pour l'instant, il n'y a pas grand chose à faire. Il est un peu tard pour relire le guide des procédures de sécurité (il n'a heureusement pas eu à servir depuis longtemps). Mais Guy en profite pour montrer à Hélène l'emplacement des masques respiratoires prévus en cas d'incendie.

Si on allume un projecteur (ce qui est rare, l'énergie devant être économisée pour le fond), dans un halo de lumière éclatante, on peut apercevoir un nuage constitué de myriades de minuscules animaux planctoniques.

10h25 : On descend depuis bientôt 1 heure. Le profondimètre indique 2350 mètres. Le pilote met en marche le sonar. Quelques minutes plus tard, il annonce : "fond à 100 mètres". Les sacs de grenaille bâbord sont largués et la descente ralentit. Les projecteurs sont allumés. 50 mètres : largage du lest tribord, nouveau ralentissement. On aperçoit le fond ! Un coup de moteur vertical et le sous-marin se pose en douceur sur le fond : l'opération de pesée a été parfaite.

10h40 : Contact téléphonique avec la surface. Tout est toujours OK. En particulier, les conditions météo n'évoluent pas défavorablement en surface.

L'exploration peut démarrer