Navigation au fond

Le pilote lance les moteurs.

Il faut poursuivre la reconnaissance entamée lors de la plongée de la veille. Or il est difficile de se localiser visuellement (hublots réduits, portée limitée des projecteurs, eau parfois turbide). Il faut donc s'orienter à l'aide du champ de balises préalablement positionnées (voir schéma), et de nos cartes bathymétriques.

Le copilote annonce "Cap 55 degrés Nord pendant 120 mètres".
Voilà, on y est ! Exactement là où le Nautile a abandonné la plongée la veille : un marqueur (plaque de plastique) en témoigne.

Les 3 occupants sont bien occupés :

Hélène, le nez collé à son hublot (15 cm de diamètre), commente dans un magnétophone les observations géologiques du fond. Elle déclenche flash et appareil photo dès qu'elle aperçoit un sujet d'intérêt.

Jean Paul, le pilote, effectue le trajet programmé avant la mise à l'eau. Mais il doit aussi répondre aux demandes de détours et arrêts d'Hélène.
Pour monter ou descendre, il utilise ses moteurs verticaux. Il doit veiller à compenser toutes variations de poids (échantillon embarqué, sédiment déposé sur la coque ou sous le panier, ...). Pour cela, il peut s'alléger en commandant l'ouverture d'un silo à grenaille de fonte, et en lâcher des petits paquets de 100, 200, ... grammes. Ou au contraire, s'alourdir, en admettant jusqu'à 150 litres d'eau dans un ballast particulier, le "régleur".
En permanence, il doit veiller à rester à bonne distance du fond, ne pas s'engager sous un surplomb ou dans une faille trop étroite, ...
Et quand le sous-marin est à l'arrêt, le pilote, lui, n'est pas au repos : il est aux commandes des 2 bras télémanipulateurs - un à gauche, pardon !, à bâbord, un à tribord -. On croirait qu'il joue avec ses joysticks situés de part et d'autre sous sa couchette.

De son coté, Guy, copilote, est responsable de la localisation permanente du submersible. En outre, il surveille l'état des équipements du submersible (moteurs, énergie, ...) et des équipements scientifiques (vidéos, photos, capteurs, ...). En permanence, deux caméras télévision couleur enregistrent le paysage. Tout le trajet (cap, altitude, ...) et toutes les mesures des capteurs sont également enregistrés.
Il a aussi la responsabilité de veiller à la composition de l'air respiré : teneur de gaz carbonique trop élevé, un peu de chaux sodée (à partir de 3% de CO2, gare aux somnolences et aux migraines) ; manque d'oxygène, augmentation du débit.
Il veille aux liaisons avec la surface. Compte tenu de la vitesse de propagation des ondes acoustiques, la voix met 2 secondes pour parvenir au navire support. La conversation doit être courte et claire.

> Ecoutez la

conversation avec le Nautile depuis la surface

Toutes les demi-heures, nous donnons des nouvelles sur l’état des opérations en cours. Ces informations sont importantes pour toute l’équipe restée en surface. Elles servent à organiser le travail du soir sur les échantillons remontées, à planifier la plongée du lendemain, à satisfaire l'insatiable curiosité des scientifiques, surtout de ceux qui attendent leur tour pour plonger.

Soudain une grosse masse rose palpite, ondule, se contorsionne devant les hublots : un merveilleux poulpe à oreilles qui semble prendre la pose devant les caméras du Nautile.

un poulpe

Un peu plus loin, Hélène aperçoit des encroûtements qui semblent très organisés. Etrange et trop régulier ... Moment d'émotion : à la lueur des projecteurs, un squelette de baleine ! L’animal devait mesurer plus d’une dizaine de mètres. A quelle espèce appartenait-il ? De quoi est-il mort ? A quel âge ? Il faudra montrer la vidéo à des spécialistes.

un squelette de baleine

Mais Hélène ne se laisse pas distraire : elle essaye de rester attentive à la moindre trace de manifestation hydrothermale. Justement, des sédiments très colorés (brun, orange) et une concentration anormale de galathées la mettent en alerte. Ces derniers, très visibles avec leur carapace d'un blanc pur, sont des crustacés charognards.

Brusquement les particules en suspension dans l'eau augmentent. On s'approche d'une corniche dominant un abrupt profond. En y descendant, le Nautile pénètre dans un épais panache noir. Et le sonar panoramique détecte à 20 mètres une série d'échos groupés.

L'excitation gagne l'équipage