la coque

En mai 1984, la sphère du Nautile, dûment essayée, arrive à Toulon pour le montage. Elle est étanche, nous pouvons y mettre sans crainte hommes et matériels. Mais tout ce qui est nécessaire au submersible ne peut, et n'a pas besoin, d'être contenu à l'intérieur de la sphère. Les batteries, les moteurs, le flotteur principal, cinq conteneurs d'électronique et autres divers équipements seront à l'extérieur. Il faut les accrocher à "quelque chose" qui, en même temps supportera, la sphère. Ce quelque chose s'appelle une charpente : c'est bien le squelette de notre submersible. Elle est faite de tubes et de poutres sur lesquelles vont être fixés les morceaux du puzzle. On a retenu pour la charpente porteuse le même alliage de titane TA6V que pour la sphère.


La charpente du Nautile 

Cet ensemble est habillé d'une peau, une coque très légère. On peut marcher dessus tout au plus. En plongée, l'eau pénètre à l'intérieur du volume qu'elle délimite. Cette coque extérieure bien profilée aide à donner à notre sous-marin un faible coefficient de traînée suivant l'axe horizontal (Cx) et vertical (Cz). La résistance à l'avancement en est diminuée d'autant. Or elle varie comme le carré de la vitesse. En passant de un à deux noeuds, elle est multipliée par quatre. Nous ne cherchons guère à dépasser deux noeuds, mais quand nous chasserons le Watt et le Watt/heure, tout comptera.

La charpente et la coque vont devoir encaisser la plupart des coups. Quelle que soit l'habileté des pilotes et des équipes de surface, des chocs - au fond de la mer ou contre la coque du bâtiment support - se produiront. Il ne faut pas que la coque ou les hublots en souffrent.

Enfin, un danger guette les équipages de sous-marins : se prendre dans un câble pendant de la surface ou traînant sur le fond. Un profil de coque continu diminuera considérablement ce genre de risque. Deux sous-mariniers ont ainsi perdu la vie en Floride en 1973. En travaillant sur le fond, le Johnson Sea Link s'est pris dans le gréement d'un destroyer coulé là, trente ans plus tôt. Il a fallut plus de trente six heures pour le dégager, trop tard pour deux des occupants.

Pour cette coque légère, le matériau retenu est un CVR (complexe verre résine). L'épaisseur en est de cinq millimètres.