La soucoupe Cyana

Année de mise en service

Longueur/largeur/
Hauteur (en mètres)

Immersion maximum

Poids (en tonnes)

Equipage

Navire support

1969

L : 5,70
l : 3,20
H : 2,70

3 000 m

9,30

3

L'Atalante,
Le Nadir, ...

Particularités :  

Sphère d'acier de 2m de diamètre

Propulsion par 2 hélices latérales permettant une rotation. La maniabilité est renforcée par une hélice transversale, et une autre placée dans un puits vertical
 
Durée de survie dans la sphère : cinq jours

L’énergie est fournie par des batteries acide-plomb qui donnent 47 kilowatt-heure. Elles permettent d’atteindre une vitesse maximum d’environ deux nœuds (1 mètre par seconde) grâce à deux moteurs électriques de 1,5 kw chacun, alimentés en courant continu.

Capacité des paniers à prélèvement : 30 kg

crédit photos : photothèque Ifremer

Cyana est (selon Hérodote) le nom d'une héroïne grecque qui plongea avec son père, un certain Scyllias, sous les navires de la flotte perse de Xerxès et en trancha les mouillages, infligeant à celle-ci un immense désastre.

Son histoire

C'est à l'initiative de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique (DGRST) qu'en 1966, l'équipe du commandant Cousteau entreprend la construction d'une soucoupe plongeante à 3000 m, d'où son nom de code SP3000. Elle s'inspire beaucoup de la SP350 immortalisée par le film "le Monde du silence".

Différence essentielle, l'habitacle ellipsoïdale est remplacé par une sphère (forme plus résistante à la pression). Et par rapport aux bathyscaphes précédents, l'objectif de profondeur maximale a été réduit. Mais surtout le matériau de flottabilité n'est plus de l'essence, mais de la mousse syntactique. D'où une masse parfaitement compatible avec les portiques présents sur la plupart des navires océanographiques.

La propriété de la SP3000 est transférée en 1969 au CNEXO (devenu depuis IFREMER) qui vient d'être créé. Deux ans plus tard, cette soucoupe, rebaptisée Cyana, est admise au service actif.

En septembre 1971, une plongée d'essai, heureusement sans équipage, tourne mal. Cyana, pendue à un câble et lestée d'une lourde gueuse, est immergée au large de la Sicile par 3 200 m de fond. Une manille s'ouvre, libérant le câble. La soucoupe reste immobilisée à quelques mètres du fond. Le point de naufrage est immédiatement marqué par une balise ultrasonore qui peut émettre un bip-bip pendant un mois seulement. Une course contre la montre commence : il faut réarmer l'Archimède et l'équiper en urgence d'une cisaille inspirée d'un coupe-jambon de charcutier !
Quatorze jours après le naufrage, alors que la balise émet encore faiblement, Archimède retrouve Cyana et coupe le câble qui la retient prisonnière. C'est alors le sauvetage le plus profond jamais réussi !

Depuis, la soucoupe Cyana a effectué plus de 1 300 plongées à partir des différents navires océanographiques de l'Ifremer (Jean Charcot, Le Suroît, Le Noroît, Nadir, L'Atalante) ou de navires d'opportunité (Castor, Ravello).

Ce sera pendant 15 ans l'outil favori des géologues et des géophysiciens, et après 1979, des biologistes. Cyana a été largement utilisée par les scientifiques français, mais aussi américains, anglais, allemands, ...

Pendant l'été 1974, Cyana participe à l'opération Famous - en compagnie de l'Archimède et de l'Alvin -. Il s'agit de ses toutes premières plongées opérationnelles, et elles ne sont pas exemptes d'imprévus. Elle fait preuve à cette occasion de sa supériorité en terme de manœuvrabilité et de disponibilité par rapport aux bathyscaphes utilisés jusqu'ici.

En février 1978, sa 5ème plongée sur la dorsale Est-Pacifique pendant la campagne Cyamex constitue une date importante : c'est en effet la découverte des premières cheminées hydrothermales. Elles ne sont plus en activité, mais autour d'elles, il y a des amas de sulfures métalliques riches en zinc et cuivre.

C'est à bord de Cyana qu'a été effectuée la première étude de la subduction des fonds méditerranéens entre la Grèce et la Crète, avec la découverte inattendue de phénomènes d'érosion sous-marine formant de véritables cavernes soutenues par de multiples colonnades.

Des programmes industriels ou militaires ont aussi fait appel à Cyana. Par exemple, la reconnaissance du trajet d'un gazoduc destiné à relier le continent africain à l'Espagne.

La Cyana est intervenue à de nombreuses reprises sur des épaves, en particulier aéronautiques. En 1990, non loin des bouches du Rhône, elle fait une découverte archéologique importante, un gros bateau gaulois, Arles 4. Et durant l'été 1992, elle identifie formellement le John Barry.

La Cyana a été désarmée en 2003.
En 2004, elle est mise à la disposition de la Cité de la Mer à Cherbourg, le temps de l'exposition "20 000 heures sous les mers, à la découverte des volcans sous-marins" (29 mai 2004 - 2 janvier 2005). Elle y retrouve l'Archimède : tous deux avaient plongé durant l'été 1977 lors de la campagne Famous.