Dans les plaines abyssales

Une vie liée à la surface et à la lumière

Dans les abysses, l'environnement est glacial, la lumière absente, la pression énorme, la nourriture rarissime. Et malgré cela, la vie existe à toutes les profondeurs.

En l'absence de lumière, et donc de production photosynthétique locale, la vie dans les fonds abyssaux dépend des apports organiques de surface. Ces apports se présentent sous trois formes :

  • une pluie de particules (issues du plancton)
  • les déjections d'animaux vivants et les carcasses d'animaux morts
  • une "chaîne de poissons" vivant à différentes profondeurs, mais se nourrissant d'espèces de "l'étage supérieur"

La biomasse benthique abyssale est généralement comprise entre quelques grammes et quelques milligrammes de matière organique par mètre carré. La faune est très dispersée. Ce qui veut dire que l'on peut parcourir de longues distances sur le fond sans rencontrer d'animaux (contrairement aux traces de vie qui, elles, sont fréquentes, mais souvent anciennes, puisque les faibles courants et la sédimentation très lente font qu'elles ne s'effacent que difficilement).

Biodiversité

La notion de "biodiversité" exprime la variété des systèmes biologiques qui peuplent un écosystème. Dans son sens le plus simple, la biodiversité se mesure par le nombre d'espèces présentes. On estime aujourd'hui à environ 1,3 million le nombre total d'espèces connues dans la biosphère, et probablement de 5 à 10 millions d'espèces la richesse totale, bien que des estimations supérieures aient été faites en tenant compte des peuplements de la canopée (jusqu'à trente millions selon certaines estimations).
La contribution du domaine profond à la diversité de la biosphère est encore mal appréhendée. Le groupe de chercheurs américains qui étudia la pente continentale nord-ouest atlantique entre 1500 et 2500 m a estimé par extrapolation, à environ 10 millions le nombre d'espèces benthiques présentes dans le domaine profond. Mais des estimations beaucoup plus élevées ont été faites en prenant en compte non seulement la petite faune supérieure à 250 µm (macrofaune) mais aussi la méïofaune dont la taille est comprise entre 250 et 40 µm.

Dynamique

Les vitesses des réactions biologiques sont en général faibles par rapport à celles observées dans le milieu littoral. Seules exceptions, les abondantes populations de carnivores et nécrophages qui vivent à proximité du fond et qui sont capables de se concentrer très rapidement sur un cadavre (cétacé, tortue, grand poisson) tombant de la surface.
Pourtant certains indices commençaient à la fin des années 1970, à mettre à mal ces théories ; en particulier la mise en évidence, par voie expérimentale, d'un peuplement abondant de petits invertébrés opportunistes capables de se développer très rapidement sur des milieux de culture enrichis placés à l'interface eau-sédiment.

Pourquoi les poissons ne sont-ils pas écrasés par la pression ?

A 5000 m par exemple, la pression est supérieure à 500 fois celle existante en surface. Mais contrairement aux poissons de surface, ceux des abysses n'ont pas de vessie natatoire remplie de gaz. Leurs tissus sont essentiellement liquides ou gélatineux, donc pratiquement insensibles à la pression.

Comment voient-ils leurs proies ?

L'obscurité et la rareté de la nourriture ont favorisé l'évolution et l'adaptation des poissons des grands fonds. Certains ont des yeux très réduits et sont parfois aveugles, mais la plupart ont des yeux qui fonctionnent. Ils mettent alors à profit la bioluminescence qui permet à certains organismes d'émettre de la lumière (comme le ver luisant sur terre). Les poissons savent aussi tirer profit d'odeurs, de vibrations, ... pour se déplacer et avaler leurs proies.