Pourquoi Famous ?

« Voir à travers les hublots, à la lumière des projecteurs, le lieu « même de formation des pillow-lavas, remonter les cascades « figées de basalte noir et brillant jusqu’au sommet des volcans « sous-marins, observer les failles et les innombrables fissures « béantes trahissant les forces d’extension colossales s’exerçant « sur la jeune croûte océanique, étudier la manière dont la « couche basaltique vieillit et s’altère avec l’âge, en s’éloignant « de l’axe de la dorsale… !! » ( T. Juteau, la naissance des océans).

Dans les années 1960-1970, une nouvelle théorie révolutionne les connaissances en géologie. C’est la tectonique des plaques qui explique que les continents sont autant d’immenses radeaux qui flottent sur un ensemble de plaques océaniques se déplaçant constamment les uns par rapport aux autres sous l’influence des mouvements du manteau terrestre.

Depuis l’avènement de la théorie de l’expansion des fonds océaniques et de la tectonique des plaques (à la fin des années 1960), la communauté scientifique internationale se focalise sur les limites entre les grandes plaques : dorsales océaniques, fosses de subduction et reliefs associés (arcs insulaires, chaînes de montagnes de collision…), et les failles transformantes.

C’est là, aux frontières entre les plaques que se concentre l’essentiel de l’activité magmatique et tectonique de la surface du globe terrestre.

La théorie de l’expansion des fonds océaniques avait bien fait la synthèse des données géologiques et géophysiques à l’échelle du globe (magnétisme, flux de chaleur, bathymétrie, activité sismique …) mais il devient nécessaire de revenir à l’analyse des faits au niveau des limites entre plaques, à l’échelle de la géologie de terrain.

En ce qui concerne la dorsale, la zone frontière entre les deux plaques qui s’écartent se situe quelque part au fond du rift axial, ce fossé large de 30 km, qui entaille les reliefs de la dorsale sur des milliers de km de longueur.

En 1972 les chercheurs américains et français décident de s’unir pour lancer un grand programme d’exploration au centre de l’Atlantique, à l’aide des trois engins d’exploration existant, Archimède et Cyana français et le sous-marin américain Alvin.

Ce sera Famous : French American Mid Ocean Undersea Survey.

Le site de plongée se situe à 700 km au sud des Açores , à un endroit où le rift a une profondeur inférieure à 3000 m, accessible aux trois engins.

Sur un secteur réduit, 20 km sur 4 km de large, on trouve rassemblés tous les phénomènes géologiques que l’on souhaite étudier, en particulier l’intersection du rift , large de moins de 3 km, avec une faille perpendiculaire à la dorsale, appelée faille transformante.

L’objet de Famous est d’étudier une portion du rift, et de vérifier, sur un secteur limité, les phénomènes qui se produisent entre deux plaques en voie de formation.

Les études en aveugle à partir des navires n’en donnent qu’une image floue, déformée, chaotique. Il est indispensable d’aller voir, avec les méthodes de la géologie de terrain, et le seul outil réellement efficace alors est le submersible habité.

Le projet remonte à 1970 date de l’accord de coopération entre la NOAA américaine ( National Oceanographic and Atmospheric Agency, la NASA de la mer) et le CNEXO français (Centre national pour l’exploitation des océans, devenu, en 1984, l’Ifremer).

Certes on peut tracter des caméras photographiques sur le fond, et Cousteau l’ a fait dès 1959, quinze ans avant Famous, à l’occasion du passage de la Calypso au dessus du rift lors d’un transit vers New York. Des centaines de photographies ont montré pour la première fois les empilements de pillow-lavas (des laves en coussin) sur les flancs volcaniques très raides de volcans sous-marins du rift, et ces photos projetées au premier congrès mondial de l’océanographie à New York font sensation.

Le principal objectif est d’identifier les phénomènes qui se produisent sur la marge d’une plaque en voie de formation, dans le rift médio-atlantique, aux environs de 3000 m de profondeur. Les informations nécessaires pour mettre en évidence ces processus sont impossibles à obtenir de la surface sur la base des connaissances technologiques actuelles, ceci en raison de la profondeur d’eau.

Mais on ne remplace pas une étude géologique de terrain par une série de photographies.

Si l’on veut connaître la géométrie des volcans, suivre les failles et fissures ouvertes, lever des coupes géologiques, prélever des échantillons de roche et pouvoir réagir devant toute découverte imprévue, rien ne remplace le géologue au contact du terrain. Il faut un submersible.

Il faut donc aller voir …