La pré-campagne

La campagne Famous est un projet scientifique et un exploit technique collectif, associant chercheurs, ingénieurs et techniciens français et américains.
C’est le géophysicien Xavier Le Pichon, l’un des pères de la théorie de la tectonique des plaques qui dirige le programme scientifique du côté français et rassemble autour de lui une solide équipe de chercheurs. En particulier, les géophysiciens Jean Francheteau, David Needham, le pétrographe Roger Hékinian (CNEXO), le sédimentologue Gilbert Bellaiche et le volcanologue Jean-Louis Cheminée du CNRS, l’universitaire Pierre Choukroune.
Au plan opérationnel c’est Claude Riffaud, directeur du Centre Océanologique de Bretagne (CNEXO), qui est le "patron" de l’expédition.
Du côté américain, c’est la Woods-Hole Oceanographic Institution qui se mobilise pour assurer la maîtrise d’œuvre de l’opération, sous la direction du géophysicien Jim Heirtzler.
La WHOI apporte des moyens lourds, le navire océanographique KNORR, le submersible Alvin et son navire support, le catamaran Lulu.
De nombreux scientifiques américains se joignent à Heirtzler, Jim Moore, volcanologue, Bill Bryan, pétrographe, Bob Ballard, Océanographe (qui découvrira quelques années plus tard l’épave du Titanic), Jim Van Andel géophysicien.
L’objectif simple dans sa formulation était hérissé de difficultés dans sa réalisation : explorer par submersible, à 2600 m de profondeur, le plancher interne du rift axial de la dorsale médio-atlantique, cette profonde vallée qui marque l’endroit où se séparent les immenses plaques Afrique et Amérique.

Il faut rompre avec le passé :
Plus question de plonger en aveugle sur un terrain inconnu.
Jamais une campagne n’aura été préparée avec autant de minutie.

Certes il y a longtemps que les géologues et géophysiciens ont plongé avec le Trieste, le FNRS 3 ou l'Archimède.

Ce qui est nouveau, c’est de le faire non plus un peu au hasard, mais au cours d’une campagne cojointe, en disposant de trois submersibles et d’un potentiel de 45 plongées à accomplir dans une zone limitée de 100 km2.

L’intense préparation de cette expédition est une autre nouveauté. Pour tirer le meilleur parti de ses coûteuses plongées ; il convient de choisir le lieu de chacune, que l’observateur connaisse le paysage qui l’attend au fond et n’en soit pas à sa première plongée.

Les cartes étaient trop imprécises, il faut les refaire pour distinguer cuvettes, escarpements, collines et vallées.

Il faut aussi draguer des premiers échantillons de roche du sol depuis la surface, connaître la structure du sous sol et évaluer les courants de fond.

De 1971 à 1973, treize campagnes de navires américains, français et allemands ont lieu sur la zone d’étude. Plus de 20 navires océanographiques, américains et français, mais aussi anglais et même soviétiques ont fait de la zone Famous le secteur le mieux connu de l’océan mondial à l’époque.

A l’issue de ces campagnes, une maquette à échelle réduite du site est dressée qui servira à préparer le trajet des plongées.

Enfin le Glomar Challenger vient carotter la croûte océanique dans le voisinage de la zone Famous. Il fore 4 puits dont le plus profond, à 30 km de l’axe du rift pénètre de 500 m dans la couche basaltique.

Le D’Entrecastreaux, navire océanographique de la Marine nationale, effectue, avec des navires américains, des relevés bathymétriques fins, pour dresser une carte précise du fond, de nouveaux sondeurs à faisceau étroit sont mis en œuvre offrant une précision jamais atteinte jusque là, l’angle du faisceau passant de 30°, à seulement 2°, indispensable pour cartographier les petits volcans individuels du plancher du rift de la taille du mont de Vénus. Le navire anglais Discovery met en œuvre son énorme sonar latéral remorqué, le Gloria, donnant une image acoustique du relief sous-marin équivalente à cette d’un radar en surface.

Les pilotes des submersibles et les scientifiques partent pour l’Islande, en Afar et en Ethiopie pour se familiariser avec les formes volcaniques et tectoniques d’un rift océanique émergé.

Le navire français Jean Charcot, les américains Atlantis 2, Hayes, Knorr ,effectuent des enregistrements du magnétisme terrestre dont les anomalies renseignent sur la structure géologique, du champ de gravité qui indique l’épaisseur du manteau, des dragages de roche et de sédiment pour connaître la nature du fond ; on exécute des relevés sismiques qui précisent la nature des couches de roches sous-jacentes. Enfin on procède à une couverture photographique du fond à l’aide de caméras remorquées permettant de monter de vastes photo-mosaïques des zones de plongée.

Des sismographes sont posés sur le fond pour enregistrer la sismicité naturelle.

Le problème de la précision de la navigation au fond est crucial en raison de l’extrême précision demandée. Il faut être capable de se situer à 10 m près. En surface, on se positionne par navigation satellite à 200 m près. Sur le fond on développe, avec Thomson CSF et la Marine Nationale, un système de navigation utilisant des balises acoustiques maintenues à 100 m au dessus du fond. Le navire de surface interroge les balises et assure la calibration du champ, se localisant ainsi à quelques mètres près. Le submersible porte une balise sur la coque émettant sur une fréquence spécifique constamment suivie en plongée. Depuis la surface, on communique la position au submersible par l’intermédiaire du téléphone sous marin, le Tuux.