La mer, lieu de stockage ou décharge ?

La législation internationale est rassurante :

Conclu le 7 novembre 1996, le protocole à la convention de 1972 sur la prévention de la pollution des mers résultant de l'immersion des déchets impose aux Etats de respecter le principe de précaution et le principe de "pollueur-payeur". Pour la première fois, il interdit l'immersion de déchets ou autres matières, l'incinération en mer, ainsi que toute exportation de déchets vers d'autres pays aux fins d'immersion ou d'incinération en mer.

Malheureusement, ce protocole est encore en attente de ratification !

Et depuis le milieu du XXème siècle, l'environnement profond a été affecté par les activités humaines : rejets en haute mer de déchets chimiques ou radioactifs, détritus de tout type (plastiques et autres macro-déchets), épaves de navires, sous-marins ou avions, munitions, activités minières, ...

Par exemple, des milliers de fûts contenant des déchets nucléaires (enrobés dans du bitume ou du ciment) ont été immergés dans les grands fonds de l'Atlantique, essentiellement par le Royaume-Uni. Mais on en trouve aussi par petits fonds et la Fosse des Casquets au large de la pointe de La Hague a été utilisé jusqu'en 1963.

Des études ont été menées dans le passé pour enfouir profondément les déchets jugés dangereux. Par exemple, en les disposant dans les zones de subduction (de telle sorte qu'avec le temps, ils soient entraînés dans la croûte terrestre) ou dans des puits forés très profonds.

Mais la nouvelle législation internationale a mis fin à ces études. Et à priori, les fonds marins ne devraient pas servir de lieu de stockage, ni être utilisés comme une décharge, tout au moins volontairement.

A noter toutefois que pour faire face à la croissance du gaz carbonique dans l'atmosphère (cause de réchauffement), il y a des travaux de recherche pour enfouir au fond des mers le CO2 rejeté par les usines.

Rares sont les exemples d’effets bénéfiques de l’existence de débris en mer. Mentionnons toutefois l’utilisation par les organismes marins (poulpes, crabes..) de déchets immergés comme niche écologique. D'où la reconversion ou l’utilisation de certains objets (pneus, blocs de béton, épaves, ...) pour protéger les peuplements ou leur permettre de se réinstaller.

Les macros-déchets

On pensait il y a peu que c'était un phénomène surtout côtier. Mais les grandes profondeurs ne sont pas épargnées. Les déchets sont en effet transportés par les courants océaniques et terminent leurs parcours dans des zones où ils s'accumulent et constituent de véritables décharges sous-marines.

Les déchets de plastique constituent l'essentiel de ces macro-déchets. De 60 à 95% selon les sites. Ils sont constitués principalement d’emballages (sacs de sortie de caisse, bouteilles, emballages divers). Les objets en verre (bouteilles, flacons), en métal (canettes de boissons...), les tissus, les objets en cuir ou en caoutchouc viennent ensuite.

Voici quelques observations faites par l'Ifremer : 15 débris à l'hectare par 1800 mètres de fond dans le golfe de Gascogne, plus de 100 en Méditerranée à 1000 mètres de profondeur. Les densités maximales se rencontrent près des grandes villes méditerranéennes où elles peuvent être supérieures à 1500 débris à l'hectare (Marseille et Cap Ferrat), mais également plus au large puisqu'elles peuvent atteindre 500 déchets par hectare dans le lit profond du Rhône, à 2000 mètres de profondeur.

La campagne Victor Première (août 1998) a permis de visualiser des débris à des profondeurs supérieures à 2000 m, très au large. Avec un tel outil, il est possible d'étudier les zones d’accumulation potentielle à de très grandes profondeurs dans les zones centrales des bassins océaniques. Mais pour l'instant, on est loin de disposer d’un bilan complet sur l’abondance et la distribution des déchets.