La pêche profonde

Des nouveaux venus dans votre poissonnerie ?

L'essentiel des débarquements de la pêche mondiale est capturé sur les plateaux continentaux (entre 0 et 200 m de profondeur). Quelques pêcheries s'étendent au-delà, sur la pente continentale ; elles y recherchent des espèces que l'on trouve aussi par fonds moindres, par exemple le merlu (Merluccius merluccius) et la lingue franche ou julienne (Molva molva). D'autres espèces ne se rencontrent qu'au delà des accores (rupture entre le plateau et la pente) ; c'est le cas, par exemple, de la langouste rose (Palinurus mauritanicus) présente par 200 à 600 m. Cependant, l’appellation pêche profonde ne s’applique que lorsque l’activité se développe au-delà de 400 m (définition du Conseil International pour l'Exploration de la Mer).

Petit squale (Centrophorus squamosus) 

Dans les eaux européennes les principales espèces exploitées sur la pente continentale supérieure, par 400 m et plus, sont la lingue franche et sa cousine la lingue bleue (Molva dypterygia), le phycis de fond (Phycis blennoides), des sébastes (Sebastes spp. et Helicolenus dactylopterus dactylopterus), les baudroies et les cardines. Au-delà, sur la pente moyenne (750 à 1500 m), les principales espèces recherchées sont le grenadier de roche (Coryphaenoides rupestris), l'empereur (Hoplostethus atlanticus), le sabre noir (Aphanopus carbo) et des petits squales (Centrophorus squamosus, Centroscymnus coelolepis) parfois commercialisés sous l'appellation "siki" et présentés sur les marchés sous forme de saumonnettes. Au-delà de 1500 m l'activité de pêche décroît parce qu'elle devient de plus en plus coûteuse (en particulier à cause du temps nécessaire pour que le chalut atteigne et remonte du fond) tandis que l'abondance des ressources décline. Il n'y a pas de pêche commerciale au-delà de 2000 m ni, a fortiori, sur les plaines abyssales. Les poissons profonds commerciaux sont donc ceux de la pente continentale.

Ils présentent une grande diversité de taille, de forme, de couleur et de mode de vie. L'empereur est une espèce grégaire qui forme des bancs denses, par exemple au voisinage de monts sous-marins, alors que le grenadier semble vivre dispersé sur le fond. Le premier se nourrit de proies de grande taille (grandes crevettes nageuses, céphalopodes, poissons) alors que le second mange de petites proies (crustacés et petits poissons). Certaines espèces réalisent des migrations verticales jusqu'à plusieurs centaines de mètres au dessus du fond alors que d'autres restent à son voisinage. Plusieurs espèces profondes atteignent des âges très élevés (empereur 120 ans ou plus, grenadier 60 ans ou plus) et, à l’exception du sabre noir, la grande longévité semble un caractère fréquent chez les poissons profonds

Grenadier (Coryphaenoides rupestris)

Empereur (Hoplostethus atlanticus)

Les espèces profondes commerciales sont de taille relativement grande. Le grenadier atteint 2kg, l'empereur 6kg et les petits squales sont des requins de 5 à 15 kg pour une longueur maximale d'environ 1,20m. Ces grands poissons sont les principaux prédateurs dans l'écosystème de la pente continentale où de nombreuses autres espèces sont de trop petite taille pour pouvoir être commercialisées. Dans les eaux européennes, les espèces d'intérêt commercial sont surtout abondantes à l'ouest des îles britanniques mais certaines sont présentes et exploitées dans plusieurs océans mondiaux. Ainsi, l'empereur est exploité autour de la Nouvelle-Zélande, au sud et à l'est de l'Australie, au sud de Madagascar, au large de la Namibie et du Chili.

En France, ces espèces sont exploitées par de grands chalutiers hauturiers (dit chalutiers de pêche industrielle) basés surtout dans les ports de Boulogne-sur-mer, Concarneau et Lorient. Leurs zones principales de pêche sont à l'ouest de l'Ecosse et autour des îles Féroé. Les poissons sont capturés dans de grands chaluts de fond, puis conservés à bord sous glace. Au débarquement, ces produits sont dirigés vers des ateliers de mareyage afin de les présenter à l'étal sous forme de filet de poisson frais. Dans les eaux européennes, les navires français ont été les premiers à exploiter l'empereur, le grenadier, le sabre noir, la lingue bleue et les squales profonds au cours des années 90s. Ces dernières années, d'autres pays (Espagne, Irlande, Grande-Bretagne) ont développé leur activité dans ce domaine, mais la France garde une place de premier rang.

Rascasse de profondeur
(Trachyscorpia critulata echinata)

En 2000, les chalutiers français ont capturé environ 25 000 tonnes d'espèces profondes. Ces captures seront moindre à l'avenir avec la mise en place de quotas de pêche européens depuis le 1er janvier 2003. Une gestion des captures de la pêche profonde est en effet nécessaire car ces populations qui appartiennent à un écosystème peu productif, se renouvellent lentement. A l'échelle mondiale de nombreux stocks de poissons profonds ont déjà été surexploités. Les espèces profondes ne peuvent, en effet, supporter que des taux d'exploitation très limités. Leur gestion dans le cadre de la Politique Commune des Pêches (PCP ou "Europe Bleue") est destinée à ne pas dépasser ces taux en fixant des quotas de pêche et en limitant les flottilles autorisées à pêcher.