A la découverte du Titanic

Le naufrage

A son lancement en 1911, le Titanic est le plus grand des navires du monde (269 mètres de long). Surnommé "l’insubmersible", il représente alors le symbole du luxe flottant et une merveille technologique. Néanmoins, il n'ira pas au bout de son voyage inaugural. Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, vers minuit, au sud de Terre-Neuve, il percute un iceberg à toute vapeur. C'est le drame : il coule rapidement par 4000 m de fond, et sur 2201 personnes à bord, 1490 trouvent la mort.

Commence alors la légende du Titanic !

Localiser l'épave et l'explorer devient pour beaucoup une obsession (ne parle-t-on pas de coffres-forts et de marchandises précieuses ?). Et il y a quelques mystères à élucider autour de ce naufrage.

La découverte

Après bien des tentatives infructueuses, une campagne de recherche franco-américaine est organisée en 1985. Elle a été précédée d'une minutieuse préparation (recherches historiques et océanographiques).

L'Ifremer met en oeuvre la technologie du sonar latéral à partir de son robot SAR et les américains procèdent à une recherche visuelle à partir de caméras sous-marines. Et le 1er septembre 1985, c'est la découverte de l'épave ...

La deuxième campagne pour l'Ifremer

Une nouvelle équipe franco-américaine appareille à bord du Nadir en août 1987 pour deux mois de recherche et de reconnaissance. Le submersible habité Nautile est mis à contribution, ainsi que son robot d'inspection Robin (photo ci-dessous) développé pour la circonstance.

Cette campagne est financée par la société RMS Titanic Inc. dirigée par George Tulloch.

Le Nautile français a été préféré à l'Alvin américain (premier submersible habité à plonger sur l'épave en 1986), car ses capacités de prélèvement ont été jugées meilleures.

Le Nautile effectue 32 plongées, totalisant plus de 156 heures sur le fond, permettant ainsi la réalisation de 12 000 photos, de milliers de mètres de bande vidéo et la collecte d'environ 800 objets.

Quelles sont les premières impressions de l'équipe qui voit le Titanic en direct ?

Il y a plusieurs types de réaction ! Pour le pilote du Nautile, une épave est une zone dangereuse. Il doit faire attention où il met ses hélices. Pour moi, comme j'ai été associé aux études destinées à retrouver l'épave dès 1984, je n'ai pas trouvé une épave morte, mais bien vivante grâce aux témoignages laissés par les survivants.

Durant cette mission, 800 objets ont été collectés. Que trouve-t-on sur ce genre de paquebot ?!

Nous nous étions engagés à ne prélever aucun objet personnel. Nous avons juste ramassé ce qui était autour de l'épave : de la vaisselle, de l'argenterie, des peignes, des brosses en ivoire, des miroirs... Nous avons trouvé également des objets liés à la navigation du bateau : des transmetteurs d'ordre, un porte-voix de l'officier de bord... Ce sont des objets qui peuvent paraître dérisoires, mais qui à cette profondeur et dans ce contexte, prennent une importance tout à fait particulière. Le Titanic est grand par sa multitude de petites choses.

A quoi ces objets ont-ils servi par la suite ?

D'abord, ils étaient particulièrement fragiles puisqu'ils sont quand même restés 75 ans dans l'eau ! Ils ne pouvaient pas être exposés à l'air libre. Une fois remontés, ils ont été mis dans de grands bacs d'eau, où ils sont restés jusqu'à la fin de la mission. Ils ont été récupérés ensuite par EDF à leur arrivée en France qui les a remis dans leur état d'origine. L'électrolyse a été retenue pour tout ce qui était métallique et l'électrophorèse pour tout le reste, notamment le cuir. Ces objets sont stockés aux Etats-Unis et font l'objet d'expositions ponctuelles. Le rêve continue... !

Interview de Patrice Lardeau réalisé en février 2004

Les équipes de l'Ifremer et de Genavir replongeront de nouveau sur l'épave du Titanic en 1993, 1994, 1996 et 1998.

Pourquoi a-t-on fait appel à l'Ifremer ? :

Pour réaliser les opérations souhaitées par les commanditaires (faire un film comme James Cameron ou remonter des objets comme George Tulloch), le choix des intervenants est limité. En fait, jusqu'en 1987, seuls deux engins au monde (l'Alvin et le Nautile) avaient la capacité de telles interventions.

Pourquoi l'Ifremer y a répondu ?

  • Ces campagnes ont permis d'améliorer l'expérience de l'Ifremer pour les interventions sur épaves (utilisée encore récemment dans le cas du Prestige),
  • Depuis, de nombreuses missions scientifiques ont tiré profit de cette expérience, tant sur un plan technique qu'opérationnel,
  • Ces prestations ont permis la réalisation de missions scientifiques qui n'auraient pu avoir lieu sans ce financement,
  • La notoriété de l'Ifremer dans le public a augmentée à la suite de l'intervention sur une épave aussi mythique que le Titanic,
  • Ces opérations ont été l'occasion de développements technologiques spécifiques et de réaliser des "premières" à grande profondeur : intrusion au sein d'une épave, remontée de lourdes charges, télévision en direct,...
Deux "premières" en 1998 :

La remontée d'une "big piece" 

Il s'agissait d'une partie de la coque (un "bordé") avec 4 hublots, d'une masse d'environ 18 tonnes. La technique utilisée a été de fixer à l'aide du Nautile des ballons remplis de gas-oil sur cette pièce. Chaque ballon fournissait une force ascendante d'environ 3 tonnes. A noter qu'il est prévu de remonter le fioul du Prestige sur la base de ce principe.

Une émission de TV en direct

Pour cette transmission, le Nautile - équipé de son Robin - déroulait une fibre optique depuis une station posée sur le fond à quelque distance de l'épave. Un câble remontait de cette station (en fait le lest d'un ROV, Abyssub 5000) jusqu'au navire support Abeille Supporter. Celui-ci était en liaison hertzienne avec un autre navire, l'Ocean Voyager. De là, les images étaient transmises par satellite vers les Etats-Unis.

Un second ROV profond transmettait des images de la même façon. Pour ne pas se gêner, l'un plongeait sur la partie avant du Titanic, l'autre (le Nautile) sur l'arrière.

L'émission a duré deux heures pendant lesquelles des millions d'américains ont vu les images en direct de l'exploration de l'épave.